‹ Louis XV [microform]: ses maitresses, le Parc aux Cerfs, d'après le Journal-Mémoires de d'Argenson, les chansons du temps et les mémoires du Duc de RichelieuChapitre 79 sur 145 · LA MALADIE DU ROI · texte numérisé non relu

LA MALADIE DU ROI

Il a dissipé nos alarmes ; Disons maintenant sans effroi :

Grand Dieu ! Sauvez notre bon roi !

— « La mesure de la douleur qu'on avait ressentie du danger du monarque fut celle de lallégresse publique. Paris n'était qu'uneenceinte immense pleine de fous. Le premier courrier qui apporta la nouvelle de la crise heureuse qui lavait sauvé, fut entouré, carressé et presque étouffé par le peuple. On baisait son cheval, et jusqu'à ses bottes ; on le menait en triomphe. Les inconnus se criaient, du plus loin qu'il se voyaient : Le roi est guéri ! Ils se félicitaient, s'embrassaient. Tous les ordres de l'État firent à Tenvi éclater leur reconnaissance envers le ciel. Il n'y eut pas une société d'artisans qui ne fît chanter un Te Deum, et la France ne fut occupée pendant plus de deux mois que de réjouissances et de fêtes qui causèrent une dépense excessive. Il fallut mettre des bornes à ces prodigalités. La Bretagne fut de toutes les provinces celle qui fit éclater sa satisfaction d'une manière sensée plus digne du sujet et plus durable. Les États arrêtèrent qu'il serait érigé dans leur capitale un monument de bronze représentant l'événement. Il fut en conséquence exécuté par le le fameux Moine et posé à Rennes en 1754.

« Les poètes, les orateurs, par une louable émulation, s'eiTorcèrent de célébrer ce plus beau moment de la vie de Louis XV, ce triomphe d'une espèce nouvelle, digne de Trajan et d'Antonin, d'en transmettre

la mémoire à la postérité la plus reculée. On ne saurait s'imaginer à quelle extravagance se porta chez les gens de lettres le délire de la composition, mêlé au délire patriotique. L un d'eux comptant sur les ressources de son génie et sur le sujet dont tout était intéressant, poussa la hardiesse et la licence jusqu'à remettre sous les yeux du lecteur la crise salutaire qui avait sauvé le roi. jusqu'à en peindre les détails les plus physiques, jusqu'à en apostropher les premières déjections ; et, qui le croirait ! l'on s'arrachait avec avidité cette production, dont le titre dégoûtant l'eût fait rejeter en toute autre circonstance, mais que le poète accoutumé à traiter toutes sortes de matières, à en vaincre les difficultés et les bizarreries, avait eu Tart d'ennoblir et de rendre sublime en plusieurs endroits. On sera moins étonné cependant,, en apprenant que ce poète était Piron.

« L'exclamation du roi, en apprenant pour la première fois l'excès des transports de la nation, l'en fil paraître encore plus digne : ah ! dit-il, qu'il est doux d'être aimé ainsi ! Et qu'ai-je fait pour le mériter ? VIE PRIVÉE DE Louis XV » .

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