‹ Louis XV [microform]: ses maitresses, le Parc aux Cerfs, d'après le Journal-Mémoires de d'Argenson, les chansons du temps et les mémoires du Duc de RichelieuChapitre 80 sur 145 · RÉCONCILIATION DE LA REINE AVEC LE ROI · texte numérisé non relu

RÉCONCILIATION DE LA REINE AVEC LE ROI

« ...La reine qui avait appris la nouvelle que le roi était malade, recevait chaque jour un bulletin de La Peyronnie et une lettre de d'Argenson. Elle n'osait ni partir, ni rester et, dans sa désolation extrême, elle se renversait par terre et se prosternait devant Dieu, lui demandant de la faire mourir elle-même et de donner la vie à son époux. Au lieu de se réjouir du renvoi de la favorite, un saisissement la prit lorsqu'elle en connut la nouvelle et, sur-le-champ, elle alla pleurer devant le Saint-Sacrement, environnée du Dauphin et de ses enfants. On n'ouvrait aucune porte qu'un tremblement universel ne la prît. Ayant reçu le courrier qui lui permettait de s'avancer jusqu'à Lunéville, et au Dauphin et à Madame jusqu'à Châlons, elle voulut partir à l'instant même et courir de poste en poste. Mme de Flavacourt, qui était à Paris, vint supplier la reine de la mener ; on lui donnait une voiture sans avoir égard à la disgrâce de sa

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sœur, à cause de sa conduite irréprochable. Arrivée à Soissons, sans s'arrêter, et d'Argenson lui témoignant dans ses dépêches que le roi la désirait, elle accélérait encore sa marche et volait chez le roi qui dormait et qui lui dit, en s'éveillant, ces propres paroles : Madame je vous demande pardon du scandale que je vous ai donné, des peines et des chagrins dont f ai été cause. Me pardonnez-vous, madame? La reine, fondant en larmes, ne pouvait lui répondre ; mais, attachée à son cou, ellerembrassa pendant une heure. Le roi fit approcher son confesseur pour qu'il fût témoin de cette réconciliation, et ce prince, le lendemain, envoya chercher Mme de Villars, pour savoir d'elle si la reine lui avait pardonné ses infidélités passées ; tant la méchanceté des courtisans avait su persuader au monarque que son épouse le haïssait, tandis qu'elle était pénétrée des sentiments qu'elle devait à son époux et à son roi. Mme de Flavacourt ne se trouva en présence du roi que le 7 du mois de septembre. La reine craignait qu'en parlant d'elle son nom ne fît impression sur l'esprit du roi et ne renouvelât des souvenirs amers ; mais après la maladie, Mme de Flavacourt fit avec le roi comme les autres. On savait qu'elle n était pas très aimée de ses sœurs et que le roi qui l'avait recherchée n'avait pas été fort bien reçu... Mémoires du duc de Bichelieu. »

« Cependant la maladie du roi empirait. Il tombait en défaillance. Pendant quelques minutes il fut sans connaissance. Sa pAleur et son insensibilité alarmèrent les assistants. Peu à peu le roi reprit l'usage de ses sens; mais, en recouvrant la parole, il s'écria trois fois, à haute voix, et de toutes ses forces : Mon bouillon ! Mon bouillon ! Et le Père Pérusseau ! Vile le Père Pérusseau I Adieu, je me meurs, je ne vousreverrai plus ! Le roi se confessa au jésuite, et appelant auprèsdelui le duc de Bouillon: J'ai sacrifié mes favoris et mes favorites à la religion et à ce que veut V Église d'un roi très chrétien et d'un fils aîné de r Église. L'évêque de Soissons Fitz- James était victorieux. Pour jouir de son triomphe, sans perdre de temps, il s'empressa d aller prononcer aux deux sœurs Tordre de Louis XV. Retirées dans un cabinet voisin avec le duc de Richelieu, elles y attendaient l'événement avec des palpitations affreuses. Elles entendi-

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rent la poiie à deux battants s'entrouvrir et virent Fitz-James, la main appuyée sur le bouton, avançant une tête mal peignée, avec des yeux étincelants et une figure animée, qui leur dit : Le roi vous ordonne Mesdames, de vous retirer de chez lui sur-le-champ. Puis il faisait abattre les galeries de bois qui communiquaient aux appartements de la duchesse pour apprendre au peuple cette séparation.

« Frappées des foudres de l'Église, les deux favorites immobiles et comme inanimées ne répondirent pas un mot ; mais le duc de Richelieu qui connaissait l'énergie de la passion du roi pour Mme de Ghâteauroux et la facilité naturelle de ce prince à suivre les impressions de ses ministres et des courtisans, leur déclara qu'il s'opposait, au nom du roi, à leur retraite ; et que, si elles voulaient rester et braver des ordres extorqués dans un moment de transport fébrile, il prenait sur lui tous les événements. C'est alors que l'impétueux prélat envoya des ordres à la paroisse : Qu'on ferme nos saints tabernacles afin que la disgrâce soit plus éclatante et que le roi soil obéi sur des ordres nouveaux ! Fitz-James, non encore satisfait, déclara que le roi ne serait administré qu'après leur départ de la ville. Les lois de VÉglise et nos saints canons, disait-il au roi, nous défendent d'apporter le viatique lorsque la concubin e est encore dans la ville. Je prie Votre Majesté de donner de nouveaux ordres pour leur départ^ il ny a pas de temps à perdre, Votre Majesté mourra bientôt. Le roi frappé de terreur, car Fitz-James élevait la

voix en parlant de la concubine, accorda tout ce qu'on voulut, et les ordres furent si bien exécutés que le parti des princes ameuta même le peuple de Metz contre les favorites. Elles ne trouvèrent pas même dans les écuries du roi un officier qui voulût donner une voiture pour qu'il leur fût possible de se soustraire à l'indignation du peuple, elles qui avaient régné en souveraines. Tout le monde dans ce moment de détresse les renia. Le seul maréchal de Belle-Isle, craignant qu'elles ne fussent lapidées, se rappelant les services que ces sœurs lui avaient rendus, leur donna un carrosse. Elles s'y jetèrent à la hâte, en baissant les stores, pour éviter les déchaînements de la foule. Les deux dames parties, Fitz-James permit que le roi fût administré. Après avoir reçu le viatique on entendit qu'il disait: Ah I que j'ai été bien indigne jusqu'à ce jour de la royauté ! Louis XIV, son prédécesseur, Louis XIII, tous les rois de France, sont morts frappés d'une vaine terreur d'avoir régné despotiquement sur les Français î On recueillit encore ces autres paroles : Quun roi, qui va paraître devant Dieu, a des comptes à rendre ! Une autre fois il s'écriait : Ah! que ce passage est terrible... »

Le viatique fut administré au roi qui entre la vie et la mort fut abandonné des médecins. Un empirique lui faisait avaler une forte dose d'émétique. Elle lui procurait une évacuation tellement heureuse qu'à partir de ce moment Louis XV fut sauvé.

«... Pendant ce temps les deux favorites continuaient leur fuite. La femme d'un conseiller, qu'on

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rent la poiie à deux battants s'entrouvrir et virent Fitz-James, la main appuyée sur le bouton, avançant une tête mal peignée, avec des yeux étincelants et une figure animée, qui leur dit : Le roi vous ordonne Mesdames, de vous retirer de chez lui sur-le-champ. Puis il faisait abattre les galeries de bois qui communiquaient aux appartements de la duchesse pour apprendre au peuple cette séparation.

« Frappées des foudres de TÉglise, les deux favorites immobiles et comme inanimées ne répondirent pas un mot ; mais le duc de Richelieu qui connaissait l'énergie de la passion du roi pour Mme de Châleaurouxet la facilité naturelle de ce prince à suivre les impressions de ses ministres et des courtisans, leur déclara qu'il s'opposait, au nom du roi, à leur retraite ; et que, si elles voulaient rester et braver des ordres extorqués dans un moment de transport fébrile, il prenait sur lui tous les événements. C'est alors que l'impétueux prélat envoya des ordres à la paroisse : Qu'on ferme nos saints tabernacles afin que la disgrâce soit plus éclatante et que le roi soit obéi sur des ordres nouveaux ! Filz-James, non encore satisfait, déclara que le roi ne serait administré qu'après leur départ de la ville. Les lois de r Église et nos saints canons, disait-il au roi, nous défendent d'apporter te viatique lorsque la concubine est encore dans la ville. Je prie Votre Majesté de donner de nouveaux ordres pour leur départ, il ntj a pas de temps à perdre, Votre Majesté mourra bientôt. Le roi frappé de terreur, car Fitz-James élevait la

voixenparlant de la concu6zVie, accorda tout ce qu'on voulut, et les ordres furent si bien exécutés que le parti des princes ameuta même le peuple de Metz contre les favorites. Elles ne trouvèrent pas même dans les écuries du roi un officier qui voulût donner une voiture pour qu'il leur fût possible de se soustraire à l'indignation du peuple, elles qui avaient régné en souveraines. Tout le monde dans ce moment de détresse les renia. Le seul maréchal de Belle-Isle, craignant qu'elles ne fussent lapidées, se rappelant les services que ces sœurs lui avaient rendus, leur donna un carrosse. Elles s'y jetèrent à la hâte, en baissant les stores, pour éviter les déchaînements de la foule. Les deux dames parties, Fitz-James permit que le roi fût administré. Après avoir reçu le viatique on entendit qu'il disait: Ah! que j'ai été bien indigne jusqu'à ce jour de la royauté ! Louis XIV, son prédécesseur, Louis XIII, tous les rois de France, sont morts frappés d'une vaine terreur d'avoir régné despotiquement sur les Français î On recueillit encore ces autres paroles : Quun roi^ qui va paraître devant Dieu, a des comptes à rendre! Une autre fois il s'écriait : Ah ! que ce passage est terrible... »

Le viatique fut administré au roi qui entre la vie et la mort fut abandonné des médecins. Un empirique lui faisait avaler une forte dose d'émétique. Elle lui procurait une évacuation tellement heureuse qu'à partir de ce moment Louis XV fut sauvé.

«... Pendant ce temps les deux favorites continuaient leur fuite. La femme d'un conseiller, qu'on

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prit pour Tune d'elles fut insultée publiquement; elles furent elles-mêmes vilipendées et bafouées pendant la route, et surtout à la Ferté-sous-Jouarre où elles furent reconnues. On voulut briser leur voiture et les mettre en pièces, sans un notable du pays qui sut en imposer à la populace. Il semblait au peuple, ennemi déclaré desfavorites avouées, qu'elles fussent seules coupables du danger que le roi avait couru pendant sa maladie, et que l'on imputait à des excès de libertinage auxquels, dit-on, elles l'avaient exposé. Après ces avanies elles arrivèrent à Paris, où elles s'arrêtèrent pour y attendre les événements. — Mémoires du duc de Richelieu. »

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