‹ Louis XV [microform]: ses maitresses, le Parc aux Cerfs, d'après le Journal-Mémoires de d'Argenson, les chansons du temps et les mémoires du Duc de RichelieuChapitre 82 sur 145 · CONVALESCENCE ET GUERISON DU ROI · texte numérisé non relu

CONVALESCENCE ET GUERISON DU ROI

Manon essuyons nos pleurs, Recouvrons toute notre joie ; Car le roi se porte mieux, C'est le ciel qui nous le renvoie.

S'il était mort, quel chagrin !

Ma foi ! j'étions tous orphelins !

Francœur, ce que tu me dis Chasse ma frayeur mortelle ; Au grand Dieu du Paradis, J 'devons une belle chandelle ; Je ne pouvais plus parler.

Tout cela me faisait trembler.

Grand roi, que tu nous es cher !

Que tu nous as cause d'alarmes !

Mon homme a le cœur de fer, Mais cette fois, j'ons vu ses larmes.

Et pendant que Louis souffrait ; Jusqu'à nos enfants, tout pleurait.

Changeons nos cris en chansons Et notre douleur en noce, Pour que ce soit tout de bon.

Ce soir je veux devenir grosse ; Et le fruit de mon amour, A Louis seul devra le jour.

« On a chanté à Notre-Dame un Te Deum, il y eut un feu d'artifice, toutes les rues de Paris ont été illu-

mmées avec magnificence.... Sur le Pont-neuf, sur les places publiques et plusieurs endroits, il y avait deux pièces de vin que l'on distribuait avec des cervelas et du pain ; et, devant chaque distribution de vin il y avait une charpente de gradins pour cinq ou six musiciens qui jouaient des instruments : Journal DE Barbier^),

« Louis entièrement guéri, au commencement de septembre, retomba dans son ancienne mélancolie. On s'aperçut qu'il devenait plus sombre chaque jour et qu'il repassait dans son esprit les scènes de sa maladie. Le duc de Richelieu profita de ces moments de rêveries pour s'introduire de nouveau dans l'intérieur de sa cour : sonda les avenues par des lettres qu'il écrivit au Cardinal de Tencin et au maréchal de Noailles qui lui répondirent qu'il ne pouvait être mieux dans Tesprit de Louis XV. Cette réponse enhardit le duc ; il essaya de revenir à ses anciennes habitudes avec le roi qui, avait déjà résolu de se rendre auprès de son armée. Richelieu, pour l'animer contre ses ennemis, lui adressa l'histoire détaillée de sa maladie, où Fitz-James, Bouillon, les princes et tout le parti qui avait intrigué contre Mme de Châteauroux, jouaient au naturel leur personnage. Chacun d'eux y fut dépeint avec de si vives couleurs que le roi regrettait tout ce qu'il avait ordonné, mourant, dans son lit. Richelieu lui lit entendre qu'il fallait rappeler auprès de lui ceux qu'il avait disgraciés, puis éloigner les acteurs de la comédie. Dès ce moment le roi en prenait la résolution. La reine

ne fut plus accueillie avec la même bonté ; le roi ne lui parla qu'avec froideur et, la veille du départ pour Strasbourg, la reine lui ayant demandé, avec son embarras accoutumé, quel serait son sort, ajoutant fort affectueusement qu elle espérait que Sa Majesté voudrait bien lui permettre de le suivre à Strasbourg : ce n'est pas la peine, lui répondit le roi, très froidement, refusant toute explication ultérieure. En attendant, arrivaient peu à peu près du roi quelques uns des favoris que l'appareil des Sacrements, les foudres de Fitz-James, et les canons de l'Église, soutenus par les lettres de cachet de d'Argenson, avaient alarméset dispersés pendant Tagonie du roi. Leur apparition près du monarque convalescent était l'accomplissement des prophéties de Richelieu, et annonçait déjà que le prince reviendrait bientôt à son premier genre de vie, qu'il abandonnerait son épouse comme auparavant et qu'il rappellerait peutêtre Mme de Châteauroux. La reine délaissée et toute éplorée alla donc à Luné ville... Les plus jolies dames voyant la duchesse de Châteauroux encore dans la disgrâce, et la vacance d'une place que presque tout le beau sexe ambitionnait, s'étudièrent vainement à plaire au roi qui ne sourit pour aucune gentillesse. Son cœur restait secrètemenl attaché à Mme de Châteauroux ; il voyait perpétuellement cette amante devant ses yeux : Mémoires du duc de Richelieu.., »

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