PREMIÈRE RENCON.RE AVEC M"'» DE POMPADOUR
la tête est une merveille de beauté coquette, svelte et spirituelle ; le front e:=t élevé et sévère ; les lèvres légèrement pincées expriment la volonté, la raillerie. Il y a dans tous les traits un air de noblesse, et môme de dignité, que tempère le souvenir des galantes orgies de Versailles. La couleur de cette figure est fraîche, délicate « comme celles qu'ont pâlis, les joies de l'amour ». En voyant ce chef-d'œuvre d'un attrait féerique, on commence à comprendre Louis XV... après souper. Mme de Pompadour offrit le modèle d'une femme belle et jolie à la fois : les lignes de sa figure avaient l'harmopie et la pureté ; m^ais au lieu du beau sentiment dont les maîtres animent leurs figures, c'était l'esprit souriant d'une parisienne. Elle avait au plus heureux degré tout ce qui donne à la physionomie l'éclat, le charme, le jeu. Aucune femme de la cour n'avait un maintien si noble, si coquet, des traits si fiers et si fins, une taille si élégante et si souple. Sa mère peu familière aux périphrases disait sans cesse ; c'est m morceau de roi. Jeanne eut de bonne heure le pressentiment du trône ; d'abord par les aspirations de sa mère et ensuite parce qu'elle croyait aimer le roi. « Elle m'avouait, dit Voltaire dans ses Mémoire$, qu'elle avait un secret pressentiment qu'elle serait aimée du roi et qu'elle avait une violente inclination pour lui. » N'est-il pas certain jour dans la vie où sa destinée se laisse deviner? C/. H. Houssaye, Galeries du
XVIII'' siècle, Paris, Charpentier, 1910.
Plussévère, M. DB Nolhac, dans Lou/s AT etxVmede
Pompadour. — C. Lévy, Paris, 1904. '< La beauté de Mme de Pompadour, celle beaulé dont elle est vaiD*^ et qu'elle veul entendre louer n'a, en vérité, rien d'exceptionnel, rien qui Tassure d'un triomphe constant . Ses insomnies, ses nerfs aisément troublés et les efforts qu'elle fait pour les dominer, les indispositions qui allèrent souvent son teint, rendent l'attrait toujours fragile du plaisir plus fragile encore et plus incertain. Pour livrer sa bataille journalière, pour vaincre, au moins par la surprise, et tenir en éveil une imagination blasée, elle doit parer ses grâces d'attifements rares et imprévus ; de même que son logis o'encombre des curiosités les plus singulières, des futilités charmantes que multiplie l'art de l'époque et qu'elle ne manque jamais d'acquérir en leur nouveauté. »
Voici maintenant, Soulavie, et le portrait est curieux : « Ce n'est pas tant de la charpente de son visage dont je veux parler, que de l'usage qu'elle savait en faire et de la mobilité de ses traits. Elle se composait, à volonté, telle ou telle figure. Mme de Pompadour était ainsi une belle femme tout simplement et à volonté; ou belle et vive tout ensemble, ou alternativement : ce qui provenait des leçons que sa mère lui a fait donner par les comédiens, par des courtisanes célèbres, par des prédicateurs, par des avocats. Cette femme diabolique élaitallée chercher dans tous les arts qui exigent une grande physionomie et une physionomie variée, des leçons particulières pour faire de sa fille, véritablement, un morceau de roi.
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Elle avait le don des larmes, mais comme les c-médiens. Elle était, à volonté, superbe, impérieuse, calme, friponne, lutine, sensée, curieuse, attentive; suivant quelle imprimait à ses regards, sur ses lèvres, sur son front, telle inflexion ou tel mouvement, OLi tel degré d'ouverture ; si bien que, sans déranger l'altitude du corps, son pernicieux visage était un parfait Protée. Par malheur, Mme de Pompadour avait les lèvres pâles et flétries, défaut qui provenait de l'abus qu'elle avait fait de les mordre si souvent, qu'elle en avait rompu les veines imperceptibles, d'où résultait la couleur pisseuse et sale qui s'y plaçait, quand elle ne les mordait pas. ou lorsque depuis Ion-temps elle ne les avait point mordues. Quant à w.a Taille, elle est fine, bien coupée, de moyenne grandeur et sans aucun défaut. Elle sait si bien tout cela, qu'elle a grand soin de Taider de tous les secours de l'art. Elle a inventé des négligés que la mode adopta et qu'on appelle des robes à la Pompadour ; dont les formes sont telles qu elles ressemblent aux vestes à la turque, pressent le col et sont boutonnées au-dessous du poignet; elles sont adaptées à l'élévation de la gorge, collent jusque sur les hanches, rendent sensibles toutes les beautés de la taille, en les voulant cacher. » Et Soulavie ajoute, mais ne s'en explique pas autrement, que l'on a su ,lu roi et de M. Le Normand « qu'elle avait des au- 4aces d'un caractère spécial (?) ». D^où certainement cette épitaphe à double entenle : le latin en ses mots brave rhonnèLeté.
H. D. Joannis Poisson epitaphîum
Hic piscis regina jacet^ qiiœ lilia succii
Per nimis: an mirum si floribiis occubat albis,
Obiit die i5 Aprilis anno 1764.
Ses « fleurs blanches » lui furent souvent repro^ chées.
La marquise a bien des appas ; Ses traits sont vifs, ses grâces franches, Et les fleurs naissent sous ses pas, Mais hélas ! ce sont des fleurs blanches !
Et Maurepas ayant dit « ce n'est qu'une griseite ëlevéeà la grivoise», tout le monde comprit cetle allusion peu discrète de Voltaire au chant II de sa Pucelle, mais pas dans toutes les éditions.
Telle plutôt cette heureuse grisette, Que la nature ainsi que l'art forma Pour le bordel ou bien pour l'opéra ; Qu'une maman avisée et discrète Au noble lit d'un fermier éleva, Et que l'amour, d'une main fort adroite, Sous un monarque entre deux draps plaça. Sa vive allure est un vrai port de Reine, Ses yeux fripons s'arment de majesté; Sa voix a pris le ton de Souveraine, Et sur son rang son esprit s'est monté.
CÉRÉMONIAL EXIGÉ. - Ik PRÉSENTATION
u Louis XIV avait eu pour Mme de Mainlenon les égards les plus distingués, parce qu'il voulait prouver sans le dire, qu'elle étaitga femme. Mme de Potppadour exigea comme maîtresse, ce que Mme de Mainlenon avait obtenu comme épouse non déclarée. La première, qui s'était immiscée dans toutes les afTaires du gouvernement, avait voulu gouverner la France. Mme de Pompadour voulut avoir la inènie influence et asservir toute la cour au même cérémonial. Elle lut dans les manuscrits de Saint-Simon que la favorite de Louis XIV, assise sur un fauteuil distingué, se levait à peine quand Monseigneur ou Monsieur entraient chez elle ; elle ne se dérangeait point pour les princes et les princesses et ne les admettait que par audiences demandées, on lorsqu'elle les mandait pour des réprimandes. Mme de Pompadour l'imita le plus que possible daps toutes ces étiquettes et se permit toutes les impertinences
n\ rouis XV, SES M.VÎTRESSKS, LE PARC AUX CEHFS
possibles avec les princes du sang. Ils s'y soumi? p-» i^resque tous avec bassesse, excepté le prince de Conti, qui lui parlait avec froideur, et le Dauphin qui la méprisait ouvertement. Pour jouir du cérémonial et du ton de favorite, elle avait commencé à se faire présenter à la cour, malgré le ressentiment des dames de la reine qui éclatèrent contre elle un moment, lorsque le roi était encore à larmée ; mais ce prince qui en était instruit la dédommageait de ce qu'elle avait à souffrir de la jalousie de la cour en lui écrivant chaque jour des lettres amoureuses ou galanleu. Le 20 juillet 1745 elle en avait déjà reçu quatre-vingts avec un sceau où étaient écrites ces paroles : Discret et Fidèle. Elle en fut môme bien dédommagée, lorsqu après celte campagne, Mme la princesse de Conti, désira l'honneur de la présenter elle-même, et le déclarait à la reine, assurant cette princesse que le roi l'avait ainsi voulu. Cette scandaleuse cérémonie se fit le i5 septembre 1745, à six heures du soir. Des courtisans vils et rampants, dévoués à la reine, remplirent ce jour-là tous les appartements et jusqu'au cabinet. Le roi en rougit. La grisette — ainsi l'appelait Maurepas — en soutint avec effronterie le scandale.
ft La curiosité attira de même beaucoup de monde chez la reine ; et il était, en effet, très intéressant de vo^.r cette aimable et vertueuse princesse obligée de recevoir de bonne grâce la concubine publique de son époux. Toute la ville de Paris, instruite d'avance de cette présentation, était dans une grande attente