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CONVOQUE L'ASSEMBLÉE DES NOTABLES

Depuis l'apparition du compte rendu , le public n'avait pas perdu l'habitude de surveiller l'usage que l'on faisait de ses deniers ; et son attention ne se détournait plus des ruineuses tentatives sans cesse renouvelées pour restaurer le crédit. M. Joly de Fleury, successeur de M. Necker, convaincu lui-même de son incapacité, donna sa démission après deux ans de fautes accumulées. M. d'Or-

messon , conseiller d'État , homme de l'intégrité la plus irréprochable, fut présenté au roi. Il n'avait que trente ans , et s'excusait sur sa jeunesse. Louis XVI lui répondit : « Je suis plus jeune que vous , et ma place est plus difficile que celle que je vous confie 1 ». — Au bout de sept mois d'efforts aussi stériles qu'opiniâtres, M. d'Ormesson abandonna son poste à M. de Calonne , intendant de Lille , renommé par l'activité et les "qualités brillantes de son esprit.

M. de Calonne, en «'installant au contrôle général, voulut d'abord recourir aux mêmes expédients que ses prédécesseurs, et endormir la sollicitude du roi dans d'ingénieuses illusions , mais sa pénétration rapide reconnut qu'il glissait sur le bord d'un abîme : il s'arrêta. Dix ans de règne venaient d'être gaspillés en essais contradictoires. M. de Calonne rencontrait l'épuisement dans toutes les ressources de l'État , la méfiance et le mécontentement dans toutes les classes du royaume. Depuis dix ans toutes les réclamations étaient encouragées , peu avaient été satisfaites , et l'impatience succédait aux déceptions. Les blessures mises à nu , loin de se guérir, s'étaient envenimées au grand jour.' Calonne gagna promptement la faveur du roi en parlant de la destruction définitive des abus et du remède universel. En quelques mois il obtint le titre de ministre et le cordon bleu. Il

• Mars 1783. Droz, tomel.

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présenta des rapports pleins de vues générales et de considérations élevées. «< Sire, disait-il , on ne peut rétablir solidement les finances que par la réforma Lion de ce qu'il y a de vicieux dans la constitution actuelle. Ce qui est nécessaire pour le salut de l'Etat serait impossible par les opérations partielles , et il est indispensable de reprendre en sous-œuvre l'édifice entier, pour en prévenir la ruine. Sire , le succès élèvera votre nom au-dessus des plus grands noms de cette monarchie dont vous méritez d'être appelé le législateur. >»

Cependant il comprenait qu'en mettant la cognée au vieux tronc des privilèges , il devait redouter une opposition puissante à laquelle les parlements menaçaient de se joindre. Un appel direct à la générosité des corps intéressés lui parut le seul moyen d'entraîner les suffrages , et il proposa une assemblée des notables. C'était une manière solennelle d'interroger, d'écouter, de s'éclairer. Louis XVI adopta cette proposition , et hâta de toutes ses forces cette première entrevue avec ses sujets.

Sûr du concours du monarque , M. de Calonne lui demanda de ne pas livrer ses projets à la malveillance des intéressés , à la critique des oisifs, et aux intrigues de la cour, avant qu'il n'eût mûri et disposé son plan. Le roi approuva cette précaution, lui promit et lui garda, même vis-à-vis de la reine, un secref absolu.

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L'état de nos relations étrangères laissait une libre carrière aux délibérations intérieures, et le gouvernement du roi avait de notables succès à faire valoir de ce côté. La lutte qui depuis cinq ans armait la France, l'Angleterre et l'Amérique, était terminée par une honorable paix. Fortifiés au Sénégal, nous recouvrions Pondichéri. Notre marine avait soutenu de glorieux combats, et les noms de SufFren, Duchaffaut, d'Estaing, Guichen , Lamotte-Piquet , Hector, se plaçaient à côté des noms de Rodney, Hood, Keppel et Parker. Beaucoup de gens aussi se félicitaient de ce qu'une monarchie avait enfanté une république. I n traité de commerce entre la France et l'Angleterre, longtemps jugé impossible, devint le fruit de l'attitude imposante de nos forces maritimes M. de Vergennes, mourant au ministère, le 13 février 1787, laissait encore derrière lui un traité avantageux avec la Russie, et avait fait accepter la médiation de la France à l'Autriche et aux Pays-Bas,

Il fut remplacé par le comte de Montmorin , qui , sans étendre les succès de notre diplomatie, n'en compromit du moins aucun.

La restauration des finances devait être l'œuvre de la paix. L'idée fondamentale de M. de Galonné consistait à remplacer une partie des impôts indirects par un impôt

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tcrritorial auquel le» trois ordres seraient assujettis, et l'impôt sur le sel par une augmentation de la taxe du timbre. L'assemblée des notables fut convoquée pour le 22 février i 787 ; la liste était composée au choix du roi dans tous les corps de l'État. Les cent quarante-quatre membres qui la formaient étaient ainsi répartis : princes du sang , sept ; prélats, quatorze ; gentilshommes, trentesix ; conseillers d'État et maîtres des requêtes , douze ; premiers présidents et magistrats des cours souveraines , trente-huit; députés des pays d'états, douze; officiers municipaux , vingt-cinq. Le lendemain du jour où le roi annonça au conseil les dépêches de convocation , il écrivit à M. de Calonne : « Je n'ai pas dormi de la nuit, mais c'était de plaisir. » Il présida lui-même la séance d'ouverture , et prononça ce discours :

« Messieurs,

m Je vous ai choisis dans les différents ordres de l'État, et je vous ai rassemblés autour de moi , pour vous faire part de mes projets; c'est ainsi qu'en ont usé mes prédécesseurs, et notamment le chef de ma branche dont le nom est resté cher à tous les Français, et dont je me ferai gloire de suivre toujours les exemples. Les projets qui vous seront communiqués de ma part sont grands et importants.

« D'une part , améliorer les revenus de l'Etat et assurer

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leur libération entière par une répartition plus égale îles impositions ; de l'autre, libérer le commerce des différentes entraves qui en gênent la circulation , et soulager autant que les circonstances me le permettent la partie la plus indigente de mes sujets .

«« Telles sont, messieurs, les vues dont je suis occupé, et auxquelles je me suis fixé après le plus mûr examen, domine elles tendent toutes au bien public, et connaissant le zèle pour mon service dont vous êtes animés , je n'ai pas craint de vous consulter sur leur exécution. J'entendrai et j'examinerai successivement les observations dont vous les croirez susceptibles. Je compte que vos avis, conspirant tous au même but, s'accorderont facilement, et qu'aucun intérêt particulier ne s'élèvera contre l'intérêt général. >»

M. de Calonne prit ensuite la parole , et produisit une vive impression. Malheureusement sa réputation personnelle ne venait pas en aide à son entreprise, et sa conduite privée contrastait avec son désintéressement politique. Cependant la grâce de sa diction , ajoutant encore au charme de son style , il captiva la première approbation de ses auditeurs.

Cette harmonie , dont la durée était si nécessaire , ne se soutint pas longtemps.

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M. de Calonne établissait que Louis XVI avait trouvé à son avènement une dette de quarante millions; qu'il l'avait diminuée de trois millions durant les deux premières années de son règne; que la guerre d'Amérique l'avait reportée à quarante-deux millions, et que, depuis lors , le déficit avait toujours été croissant.

Directement impliqué dans f augmentation des charges, M. Necker ne manqua pas de se reconnaître dans le parallèle suivant où l'attaque n'était nullement déguisée :

« L'économie d'un ministre des finances peut exister sous des formes si différentes, qu'on pourrait dire que ce sont deux économies.

« L'une qui frappe tous les yeux par des dehors sévères , qui s'annonce par des refus éclatants et durement prononcés , qui affiche la rigueur sur les moindres objets afin de décourager la foule des demandeurs; c'est une apparence imposante qui ne prouve rien pour la réalité, mais qui fait beaucoup pour l'opinion. Elle a le double avantage d'écarter l'importune cupidité et de tranquilliser l'inquiète ignorance.

« L'autre, qui tient au devoir plus qu'au caractère, peut faire plus en se montrant moins. Stricte et réservée pour tout ce qui est de quelque importance , elle n'affecte pas l'austérité pour ce qui n'en a aucune, elle laisse par-

1er de ce qu'elle accorde , et ne parle pas de ce qu'elle épargne. Parce qu'on la voit accessible aux demandes, on ne veut pas croire qu'elle en rejette la plus grande partie; parce qu'elle tâche d'adoucir l'amertume des refus, on la juge incapable de refuser; parce qu'elle n'a pas l'utile et commode réputation d'inflexibilité, on lui refuse celle d'une sage retenue ; et souvent , tandis que, par une application assidue à tous les détails d'une même gestion, elle préserve les finances des abus les plus funestes et des im périties les plus ruineuses , elle semble se calomnier ellemême par un extérieur de facilité, que l'envie de nuire a bientôt transformé en profusion.»

M. Necker publia aussitôt une brochure pour se discul- )>er , et ses amis attaquèrent violemment M. de Galonné.

Les classes privilégiées du royaume ne manquèrent pas non plus d'organes pour se défendre , et cherchèrent à démontrer qu'on voulait leur faire payer les fautes des différents ministres qui s'étaient succédé, et la confusion qu'on avait laissée s'introduire dans tous les principes ; que supprimer les contributions indirectes et y substituer un large impôt territorial, c'était attaquer l'agriculture à sa source. La noblesse alléguait en outre de glorieuses raisons pour justifier ses privilèges : Nous ne recevons, murmurait-on dans ses rangs , que le prix légitime de notre sang versé à flots pour l'agrandissement et l'unité du royaume ; nous avons abandonné , sans partage,

les carrière» et le» professions lucrative» à la cla«»e qui se plaint aujourd'hui , n'est-il pas naturel que le» besoins j>écuniaires de l'Etat pèsent sur les fortunes acquise» à l'abri de nos arme»? et ne pouvons-nous pas dire de notre prérogative ce que Jeanne d'Arc disait de sa bannière : m Elle a été au péril , c'est bien raison qu'elle soit à l'honneur. »

Derrière ces récriminations diverses, se grossissait l'op- |K>sition déjà audacieuse , qui n'espérait le triomphe de ses utopies que d'un bouleversement total.

Toutes ces nuances se reflétèrent dans l'assemblée comme à l'insu de ses membres, pénétrés d'un véritable zèle pour la monarchie, et l'intrigue se mêla aux éléments naturels de discorde.

Le prince de Conti, secondé par M. de Brienne, archevêque de Toulouse, sans se refuser à quelques sacrifices, mettait tout en cruvre pour éluder la volonté royale, et précipiter la chute de M. de Calonne. La reine, qui lavait d'abord appuyé fermement, était ébranlée par l'entremise • occulte et persévérante de l'abbé de Vcrmond , tandis qu'on ne cessait de répéter à Louis XVI que les notables repoussaient la personne du ministre et non ses projets : la noblesse de province souhaitait l'économie , mais aux dépens delà cour. Vainement le duc de Nivernais, le duc du Châtelet conjuraient leurs amis de ne point entraver

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