I.OlilS XVI
« sans mon approbation spéciale. Ainsi je suis le garant « naturel de vos droits respectif», et tous les ordres de « l'Etat peuvent se reposer sur mon équitable impartia- « lité. Toute défiance de votre part serait une grande in- « justice. Cest moi jusqu'à présent qui fais tout pour le
peuples, et il est rare peut-être que « Tunique ambition d'un souverain soit d'obtenir de « ses sujets qu'ils s'entendent enfin pour accepter ses « bienfaits.
« Je vous ordonne, Messieurs, de vous séparer tout « de suite et de vous rendre demain matin chacun dans « les chambres affectées à votre ordre, pour y reprendre « vos séances. »
Le roi se lève et sort ; la noblesse le suit ; le tiers état et les membres des deux ordres qui s'y sont ralliés demeurent immobiles. Ces concessions, octroyées avec tant de franchise , déconcertaient toutes les animosités; Mirabeau se hâte de les ranimer. « Messieurs, s'écrie-t-il, j'avoue que ce que vous venez d'entendre pourrait être le salut de la patrie, si les présents du despotisme n'étaient pas toujours dangereux. » Le grand-maître des cérémonies entre et invite le président à faire évacuer la salle'. Bailly rôpond : « Adressez-vous à l'assemblée. » L'assemblée persiste dans son immobilité. Mirabeau s'avance, et d'un ton véhément refuse d'obéir : « Les com-
muncs de France ont résolu de délibérer. Quant à vous, monsieur, vous n'avez ni place ni voix dans cette enceinte -. allez dire à ceux qui vous envoient que nous sommes ici par la puissance du peuple, et qu'on ne nous en arrachera que par la force des baïonnettes. » L'assemblée , confirmant ses précédents arrêtés, se déclare inviolable1.
• La séance du *23 juin forme le point culminant du débat entre la révolution et Louis XVI. Il est donc curieux de constater avec quelle bonne foi les deux causes sont instruites aujourd'hui devant les lecteurs. Voici comment s'exprime M. Mignct :
« Le roi parut environné de l'appareil de la puissance. Il fut reçu , contre l'ordinaire, dans un morne silence. Le discours qu'il prononça mit le comble au mécontentement, par le ton d'autorité avec lequel il dicta des mesures réprouvées par l'opinion et par l'assemblée. Le roi se plaignit d'un désaccord excité par la cour elle-même; il condamna la conduite de l'assemblée qu'il ne reconnaît que comme l'ordre du tiers état ; il cassa tous ses arrêtés , prescrivit le maintien des ordres , imposa les réformes et détermina leurs limites % enjoignit aux états généraux de les accepter , les menaça de les dissoudre , et de faire seul le bien du royaume, s'il rencontrait encore quelque opposition de leur part. Après cette scène d'autorité , qui ne convenait point aux circonstances, et qui n'était point selon son cœur, Louis XVI se retira »
Mignet, tome 1, page 57, 6e édition.
Voici comment s'exprime M. Thiers :
« La séance n'était point, comme celle du 5 mai, majestueuse et touchante à la fois, par une certaine effusion de sentiments et d'espé-
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A partir de ce jour tout équilibre est rompu dans la lutte entre la royauté et la révolution. Cen est fait des modifications modérées , des améliorations progressives. La royauté vient de tenir un langage pacificateur, d'ouvrir ses mains généreuses; la révolution rejette la paix . et Mirabeau montre le poing. Les députés décrètent à la fois leur omnipotence et leur inviolabilité, déchirent
rance. Une milice nombreuse , un silence morne la distinguaient de cette première solennité. Les députés des communes avaient résolu de garder le plus profond silence. Le roi prit la parole, et trahit sa faiblesse en employant des expressions beaucoup trop énergiques pour son caractère. On lui Taisait proférer des reproches* et donner des commandements. 11 enjoignait la séparation par ordre , cassait les précédents arrêtés du tiers état, en promettant de sanctionner l'abdication des privilèges pécuniaires, quand les possesseurs l'auraient donnée. Il maintenait tous les droits féodaux tant utiles qu'honorifiques, comme propriétés inviolables , il n'ordonnait pas la réunion pour les matières d'intérêt général, mais il la faisait espérer de la modération des premiers ordres. Ainsi il forçait l'obéissance des communes, et se contentait de présumer celle de l'aristocratie. Il laissait la noblesse et le clergé juges de ce qui les concernait spécialement , et finissait par dire que s'il rencontrait de nouveaux obstacles, il ferait tout seul le bien de son peuple etse regarderait comme son unique représentant. Ce ton, ce langage irritèrent profondement les esprits, non contre le roi, qui venait de représenter avec faiblesse des passions qui n'étaient pas les siennes, mais contre l'aristocratie dont il était l'instrument. »
Tuikbs , tome I , page 65, 6' édition. Ni l'un ni l'autre historien n'a jugé à propos de joindre , à ces courtes pages , aucune pièce justificative.
' Pour «tiler de faite à aucun de vom de* reproche»! ( /'©»«* le Dhconr» du Roi. )