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leurs mandats et plantent fièrement l'étendard de leur usurpation. Cette usurpation, transmise de main en main , d'assemblée en assemblée , comme le talisman de la révolution , ne s'arrêtera plus que par l'épuisement de ses propres excès. Louis XVI, fidèle représentant de vœux authentiquement recueillis , est vaincu par Mirabeau , fougueux organe de toutes les violences. Arrêtonsnous à ce personnage : en lui , nous pouvons étudier la révolution tout entière; en lui se concentrent, comme dans sa plus puissante image , les traits épars sur tant de héros subalternes.
Gabriel-Honoré de Mirabeau était né le 7 mars 17 19 ; l'origine de sa famille remontait aux temps les plus orageux des factions florentines. Sa mère fut mise dans le plus grand danger à la suite d'une grossesse pénible, par la dimension prodigieuse de la tête de l'enfant. Le marquis de Mirabeau raconta souvent qu'avant même de connaître le sexe du nouveau-né, les premiers mots qu'il entendit furent ceux ci : Ne vous effrayez pas.
La correspondance du marquis et du bailly de Mirabeau initient graduellement à son caractère. Un an après la naissance, le marquis écrit à son frère :
« Je n'ai rien à te dire de mon énorme fils , sinon qu'il « bat sa nourrice , qui le lui rend bien , et ils se gour-
h ment à qui mieux mieux ; ce sont deux bonnes trtea « ensemble. »
Plus tard il écrivait :
« Cest un cœur haut sous la jaquette d'un bambin. « Cela a un étrange instinct d'orgueil , noble pourtant ; « c'est un embryon de matamore ébouriffé qui veut ava- « 1er tout le monde avant d'avoir douze ans. »
Après plusieurs changements de gouverneurs , il écrivait encore :
« Mon rude fils est enfin en résidence bien appropriée « 5 ses mérites. J'ai voulu lui donner la dernière façon « par l'éducation publique , et je l'ai mis chez l'abbé « Chopard. Cet homme est roide et force les punitions « dans le besoin. Je lui ai dit de ne pas les épargner, et « j'ai mes raisons. Ce dernier essai fait et rempli , s'il n'y « a pas d'amendement, comme je n'en espère point, je le « dépayserai à forfait. Je n'ai pas voulu qu'un nom ha- « bille de quelque lustre fût traîné sur les bancs d'une « maison de correction. J'ai fait inscrire sous le nom de « Pierre Buffière ce monsieur, qui a récalcitré, pleuré, « ratiociné en pure perte , et je lui ai dit de gagner mon « nom , que je ne lui rendrai qu'à bon escient. >»
Le 49 juillet 4757, il fut place au régiment, et, d'aven-
LOtlS XVI.
ture en aventure, «e fit condamnera la prison; on le confina dans l'île de Rbé.
« C'est un drôle qui a toute l'intrigue du diable , et de « l'esprit comme un démon , continue son père. Le mar- « quis de Lambert (son colonel ) me disait l'autre jour « qu'il avait partagé la ville et la province entre la raison « et lui , et que , malgré son caractère odieux , il aurait « trouvé dans la ville vingt mille livres, qui n'y sont « pas. »
Rendu à la liberté, il passa en Corse dans la légion de M. de Viosmenil, et s'y distingua. Après la campagne, son père lui permit de revenir en France, et le confia aux soins de son oncle le bailli , qui écrivait à son tour au marquis :
« Je t'assure que je le trouvai très-repentant de ses « fautes passées. Il me paraît avoir le cœur sensible. Pour « de l'esprit , je t'en ai parlé , et le diable n'en a pas tant. « Je te le répète , ou c'est le plus habile persifleur de l'u- « nivers , ou ce sera le plus grand sujet de l'Europe pour « être général de terre ou de mer, ou ministre , ou chan- « celier, ou pape , tout ce qu'il voudra. Tu étais quel- « qu'un à vingt et un ans , mais pas la moitié ; et moi « qui cependant, sans être grand'chose, étais quelque « chosette alors , je t'avoue sans modestie ni fausse va- « nité qu'à trente -cinq ans... je n'étais pas digne de
LOIIS XVI.
« jouer près de lui le rôle de Strabon auprès de Démo- •« crite. »
Le marquis n'en recommandait pas moins au bailli « de garder longtemps à la longe son neveu l'ouragan. » Il finit cependant par recevoir son fils , et lui rendit son nom : il le conduisit même à Paris et à Versailles , le fit nommer capitaine de dragons, et rendit compte ainsi au bailli du succès de ce voyage :
IS Wvrier 1771.
« Ton neveu a fait toutes ses présentations à Versailles « favorablement. Il va aujourd'hui chez le duc d'Orléans, « le prince de Condé , de là leurs dîners , leurs soupers , « les autres princes, etc., etc. On l'a prévenu pour la « chasse, les carrosses, etc. Il est trois jours par semaine « à Versailles. D n'usurpe rien et atteint tout , attrape les « entrées partout. Au fond , puisque c'est un homme à « qui l'action est nécessaire , il vaut mieux qu'il se démène « là qu'ici. Tout le monde est son parent : les Guemené , « lesCarignan, les Noailles et je ne sais combien d'autres, « le portent. Il étonne ceux-là même qui ont rôti le balai « à Versailles. Je n'ai pas du tout l'intention qu'il y vive « et qu'il y fasse , comme les autres , métier d'arracher ou << dérober sa subsistance au roi, de patouiller dans les « fanges de l'intrigue , de patiner sur les glaces de la fa- « veur; mais il faut , pour mon but, qu'il voie ce dont il
itu; i.oiis \yi.
« s'agit. Et, du reste, quand on me dit pourquoi moi, « qui n'ai jamais voulu m'enversailler, je l'y laisse aller si « jeune, je réponds qu'il est d'une autre argile que moi . « oiseau hagard , dont le nid fut entre quatre tourelles ; <« que là , il n'extra vaguera qu'en bonne compagnie, soi- « disant; que tant que je l'ai vu gauche, je l'ai caché; « sitôt que je le trouve à droite , il a son droit ; qu'au « reste , comme depuis cinq cents ans on a toujours souf- « fert des Mirabeau qui n'ont jamais été faits comme « d'autres, on souffrira encore celui-ci, qui, je le pro- « mets , ne descendra pas le nom. »
Mirabeau revint bientôt auprès de son père , et épousa mademoiselle de Marignane, héritière d'une des plus belles fortunes de la Provence. Mais de nouvelles dettes , de nouvelles prodigalités refroidirent promptement la bienveillance de sa nouvelle famille , et réveillèrent la rigueur de son père, qui le fit interdire juridiquement. On l'exile à Minorque ; il brise son ban pour un exploit romanesque, se bat en duel avec le baron de Villeneuve, et attire sur sa tête de nouvelles haines. Écroué au château d'If, puis transféré à Pontarlier où on lui assigne la ville pour prison , Mirabeau fut reçu avec curiosité , et bientôt avec intérêt, chez le marquis de Monnier, président de la cour des comptes , marié dans un âge avancé avec une femme de dix-huit ans. Ce ne fut plus alors auprès de ses geôliers que Mirabeau déploya le prestige de son esprit et de ses malheurs. Le cœur de la jeune marquise de Mon-
nier se laissa subjuguer; et leur passion rencontrant des obstacles qu'ils ne voulaient pas respecter, ils s'enfuirent en Suisse, puis en Hollande. Les familles des deux fugitifs se réunirent pour les poursuivre. Mirabeau fut arrêlé à La Haye et amené à Vincennes; madame de Monnier se retira dans un couvent.
Mirabeau trouva, à Vincennes, égards et commisération. Le lieutenant de police lui-même reçut les confidences du captif, et toléra la correspondance publiée depuis sous le titre de Lettres à Sophie. Cependant le marquis de Mirabeau sentait amèrement l'isolement de sa vieillesse; il se détermina à solliciter la liberté de son fils, et l'obtint. Mirabeau quitta sa prison. Les jouissances d'une liberté presque inconnue, des complications inouïes dans son intérieur, le séparèrent encore de Sophie. Néanmoins, la correspondance continuait et s'entretenait toujours de projets passionnés ; mais l'inconstance naturelle de Mirabeau amena bientôt un relâchement dans ces liens coupables qui achevèrent de se rompre de part et d'autre après une seule entrevue pleine de reproches. Sophie mena une vie retirée ; et , après avoir aimé un prisonnier, s'attacha à un mourant. Elle se vit enlever, malgré «es soins , l'objet de ce fatal amour, et acheva par uu suicide sa déplorable carrière.
Mirabeau, cédant aux instances de sa famille, voulut se rapprocher de sa femme. I^e marquis de Marignane el
madame Mirabeau elle-même témoignèrent une grande répugnance pour ce rapprochement. Mirabeau entra alors , avec une hardiesse toujours la même , dans une voie de scandales nouveaux, Y ne condamnation par contumace avait suivi l'enlèvement de madame de Monnier. La position des deux familles rendait désirable et facile l'anéantissement des procédures. Mais Mirabeau ne veut pas être amnistié dans l'ombre. Il reparaît à Pontarlicr, somme la justice de revenir sur ses arrêts, publie des mémoires, plaide lui-même sa cause, et la gagne. Cette éloquence qui vient de se révéler avec éclat ne souffre plus de repos. Il attaque la famille de sa femme et demande la séparation juridique. Le marquis de Marignane publie des correspondances intimes ; Mirabeau réplique. Le procès est porté à Aix , et toute la ville se partage avec emportement entre le» deux époux.
Mirabeau reparait à Paris, et prend l'attitude d'un homme politique. Il fait un voyage en Prusse, se présente au grand Frédéric expirant , revient en France, s'empare de la presse, et publie d'ardentes brochures. On le menace du mécontentement de la cour et de nouvelles proscriptions. H répond par ce confiant hommage au caractère personnel de Louis XVI :
« Quoi ! le roi qui n'a pas dédaigné de lire mes ouvrages, et même d'y applaudir comme aux efforts d'un bon citoyen; qui m'a, je ne dis point pardonné, mais loué
d'avoir démontré que l'usage des lettres de cachet est la destruction de tout droit; le roi, zélateur de la justice, aurait fait gronder les foudres de l'arbitraire sur la tête du même homme aux écrits duquel il accorde de l'estime! Non , monsieur, cela ne peut être ! ' »»
Il avait raison de compter sur l'indulgence du roi, et bien peu de temps après, il fut employé à Berlin , par M. de Vergennes. Sa commission était secrète, mais ses dépenses ne l'étaient pas , et l'attention publique , qu'il avait éveillée tant de fois, s'occupa de cette position équivoque. Les bruits les plus injurieux circulaient ; Mirabeau ne l'ignorait pas , et voici en quels termes il s'en explique avec son père :
* octobre I7M.
« On me mande à Paris. On m'y demande
des notions sur la Prusse, et je les donne en homme libre, non en courtisan. On me remet instructions, chiffres, etc., et je repars pour Berlin, n'ayant d'autre frein sur l'argent que de compter de clerc à maître. Quand on m'avait demandé quel traitement je voulais, j'avais répondu ces propres mots : Je ne dépenserai que pour vous, ainsi vous paierez ce que je dépenserai. Quant à l'avenir, puisque vous me mettez dans les affaires , c'est à moi de m'y conduire assez bien pour que vous ne soyez pas tenté de
' Tome IV, page 22* , Mémoires de Mirabeau.
2(»0 LOLIS XVI.
m'en ôter J'ai dépensé 42,000 livre» en huit mois
et demi, y compris plusieurs dépenses secrètes, les frais de voyage et de deux secrétaires , le luxe des vêtements nécessaires dans une cour du Nord, les chevaux de tout genre indispensables à Berlin , et l'acquisition des matériaux de la monarchie prussienne , primitifs éléments de mémoires pour eux. De ces 42,000 livres, le roi m'en doit douze, que je ne toucherai probablement jamais. Si vous ajoutez que je n'ai pas prédit un événement qui ne soit arrivé, et qu'il n'est pas arrivé un événement prussien que je n'aie prédit , si vous y ajoutez cinquante-quatre dépêches chiffrées, dont la moindre de seize pages et quelques-unes de cinquante , je doute que vous trouviez que j'ai coûté plus que je n'ai valu.»»
Au moment des élections, Mirabeau se rendit à Aix , théâtre des triomphes de sa parole. Le collège de la noblesse l'exclut comme non possesseur de fiefs. Il se présente au peuple, il est accueilli avec transports, et revient à Paris député du tiers état.
Sans l'histoire de ses premières années , il serait impossible de se former une idée exacte de ce Coriolan parlementaire.
En prison à Vinccnnes, il écrit contre les lettres de cachet ; exclu par la noblesse , il provoque la confusion des classes; impatient du joug domestique, il brise dans
la loi les liens de la famille; étranger à toute notion religieuse, il mutile et dépouille l'Église.
Le mouvement qui prenait cet homme pour chef, cessait d'être la révision équitable, la combinaison nécessaire de vieilles lois et de nouvelles mœurs. Ce mouvement devenait une révolution, et cette révolution, modelée sur un pareil type, devait recéler, comme cet homme, un ressentiment derrière chaque idée, une passion derrière chaque parole. Ennemi de toutes les faiblesses de la cour, mais ami de tous les vices de l'humanité, Mirabeau devait remplacer d'incontestables abus par d'incalculables désordres.
Nous allons maintenant le voir à l'œuvre, imprimant à l'ère de 89 sa première déviation, et lorsqu'on aura cru renouveler seulement les rouages d'un gouvernement, la société se trouvera dissoute.
Depuis l'apostrophe factieuse qui avait servi de réponse à la déclaration royale du 23 juin, on ne savait plus , en France , à qui obéir ; on attendait du ministère un parti décisif; mais M. Necker ne s'en doutait pas. Le serment du Jeu de Paume n'avait troublé aucune de ses illusions anglomanes, et il continuait à combattre toutes les prévisions du parti opposé. M. Necker avait la crédulité de l'orgueil ; Louis XVI , la crédulité de la confiance : ils s'entendirent donc bientôt pour une nouvelle concession.
Le roi écrivit de sa main aux président» de* deux premier» ordre* la lettre suivante :
« Mon cousin ,
« Uniquement occupé de faire le bien général de mou royaumeetdésirant par-dessus tout que l'assemblée des états généraux s'occupe des objets qui intéressent toute la nation; d'après l'acceptation volontaire que votre ordre a faite de ma déclaration du 23 de ce mois, j'engage mon fidèle clergé (ou ma fidèle noblesse) à se réunir sans délai chacun avec les deux autres ordres, pour bâter l'accomplissement de mes vues paternelles. Ceux qui *ont liés par leurs pouvoirs peuvent y aller sans donner de voix , jusqu'à ce qu'ils en aient de nouveaux. Ce sera une nouvelle marque de l'attachement que le clergé et la noblesse me donneront.
« Sur ce , mon cousin, je prie Dieu qu'il vous ait en sa sainte garde.
« Signé Louis. »
Cependant le roi n'était pas complètement aveuglé sur l'effervescence des esprits; entendant gronder de toute» part» le» orage» populaire» , il appela quelque» régiments à Versailles, et en donna le commandement au maréchal de Broglie. La tourbe des malfaiteurs qu'on remarquai! en téte de toutes le* émeute» : à l'incendie
de la place Dauphine, au pillage de la fabrique Réveillon, venait encore de se porter à l'Abbaye, et y avait délivré de vive force quelque» soldats des gardes françaises détenus pour infraction à la discipline. Le maréchal de Broplie fit approcher ses troupes de Paris, et les caserna à la Muette, à Passy, à Sèvres et à Saint- Denis.
Aussitôt Mirabeau rédige une adresse où rassemblée demande formellement le renvoi des troupes.
« Toujours prêts à vous obéir, sire, parce que vous commandez au nom des lois, notre fidélité est sans borne comme sans atteinte, disait le président au roi.
« Prêts à résister à tous les commandements arbitraires de ceux qui abusent de votre nom, parce qu'ils sont ennemis des lois , notre fidélité même nous ordonne cette résistance, et nous nous honorerons toujours de mériter des reproches que notre fermeté nous attire. »
Louis XVI répondit :
» Personne n'ignore les discordes et les scènes scandaleuses qui se sont passées et renouvelées à Paris et à Versailles, sous mes yeux et sous ceux des états généraux. Il est nécessaire que je fesse usage des moyens qui sont en ma puissance pour remettre et maintenir Tordre dans la capitale et dans les environs. (Test un de mes devoirs
LOtlS XVI.
principaux de veiller à la sûreté publique. Ce sont ces motifs qui m'ont engagé à foire un rassemblement de troupes autour de Paris. Vous pouvez assurer l'assemblée des états généraux qu'elles ne sont destinées qu'à réprimer, ou plutôt qu'à prévenir, de nouveaux troubles, à maintenir le bon ordre et l'exercice des lois, à assurer et à protéger même la liberté qui doit régner dans vos délibérations. Toute espèce de contrainte doit en être bannie, de même que toute appréhension de tumulte et de violence doit en être écartée. Ce ne pourrait être que des gens malintentionnés qui pourraient égarer mes peuples sur les vrais motifs des mesures de précaution que je prends. J'ai constamment cherché à foire tout ce qui pouvait tendre à leur bonheur, et j'ai toujours eu lieu d'être assuré de leur amour et de leur fidélité.
« Si pourtant la présence nécessaire des troupes dans les environs de Paris causait encore de l'ombrage, je me porterais , sur la demande de l'assemblée , à transférer les états généraux à Noyon ou à Soissons , et alors je me rendrais à Compiègne, pour maintenir la communication entre l'assemblée et moi. »
Cette réponse indiquait le plan arrêté de donner à h déclaration du 23 juin ses développements nécessaires , sans se laisser entraîner ni en deçà ni au delà. M. Necker [KHivait être difficilement regardé comme l'homme de cette situation. Il avait déserté la cause monarchique
au 23 juin , et l'on ne pouvait compter qu'il la soutiendrait plus courageusement en face de nouveaux périls ; il refusait de dépenser au service du roi un peu de la popularité acquise aux dépens de la royauté. M. de Montmorin se rendit chez lui et lui demanda , au nom de Louis XVI , de donner sa démission , et de se retirer sans bruit. M. Nccker obéit, et dans la soirée du même jour (H juillet) il partit pour la Belgique. MM. de Montmorin , de Saint-Priest , de Puységur et de la Luzerne donnèrent leur démission après son départ. M. Foulon fut appelé au contrôle général , le maréchal de Broglie à la guerre , et M. de Breteuil aux affaires étrangères avec la présidence du conseil.
On s'étonne , au premier coup d'œil , de voir des hommes complètement étrangers au mouvement général des esprits , appelés à suppléer une des plus bruyantes renommées du jour ; on se demande s'il n'était pas possible et plus habile de chercher, au sein même de l'assemblée , le successeur populaire et courageux de M. Necker. Mais Louis XVI était habitué à compter sur la valeur des principes , et n'avait pas encore reconnu la puissance d'un seul homme sur les événements. Il ignorait cette identification des partis avec leurs représentants, ces adoptions si obstinées quoique soudaines , si exclusives quoique mobiles. Il se persuadait encore que le choix de tel ou tel instrument importait peu quand on ne changeait pas d'intention. Il n'aurait pas surtout devine cetfe
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tactique , introduite et perfectionnée avec la corruption révolutionnaire , qui consiste à déjouer ses adversaires les uns par les autres et à ne combattre les idée» du peuple qu'avec un homme sorti de ses rangs.
Le renvoi de M. Necker, à peine connu , devint le signal de nouveaux et plus graves désordres. Son buste et celui de M. le duc d'Orléans sont triomphalement promenés dans Paris; les harangueurs de clubs descendent dans la rue et exaltent la multitude. Camille Desmoulins, au Palais-Royal , arrache les feuilles des arbres et les distribue comme des cocardes. « Armez- vous , s'écriet-il , sauvons la France , et proclamons la liberté ! >» Trois à quatre mille furieux obéissent, brûlent les barrières et saccagent les couvents. L'assemblée n'en persiste pas moins dans son inflexible opposition. Au lieu d'employer son autorité à calmer un peuple égaré , elle se tourne vers le roi et réclame, de nouveau le renvoi des troupes.
Ce langage n'était pas fait pour décourager l'insurrection. Aussi, dès le lendemain 14 juillet, on court aux Invalides , on s'empare des armes et l'on marche sur la Bastille. La populace l'envahit , massacre le gouverneur et quelques soldats, désarmés sur le seuil de la formidable citadelle. M. de Flesselles, prévôt des marchands, est égorgé dans la même journée. Deux électeurs de Paris
se rendent à Versailles pour informer l'assemblée de cette victoire.
Pendant ce temps , le duc de Liancourt , un des membres de la noblesse ralliés au tiers, saisit un moment où Louis XVI , livré à lui-même, repassait tristement dans son esprit les différents partis qu'on lui proposait. Lojuis XVI (rapporte un autre membre de l'assemblée , le marquis de Ferrières 1 ) répugnait à toute mesure capable d'occasionner l'effusion du sang français. Le duc de Liancourt lui expose avec chaleur la situation alarmante de Paris, l'influence de la capitale , les progrès de l'esprit public , le peu de fonds qu'on peut foire surl'obéis- / sanceetJa fidélité des troupes , les dangers que courent le roi et la famille royale. « Prince , dit-il au comte d'Artois qui entre avec Monsieur , votre tête est mise à prix , j'ai lu l'affiche de cette terrible proscription. »> Monsieur appuie fortement le duc de Liancourt , et leurs efforts déterminent Louis XVI à se rendre lui-même à l'assemblée. U s'y rendit , accompagné seulement des deux princes ses frères.
« Messieurs, dit-il, je vous ai rassemblés pour vous consulter sur les affaires les plus importantes de l'Etat : il n'en est pas de plus instante et qui affecte plus spécialement mon cœur, que les désordres affreux qui régnent
' Tome I, page 139.
Loris xvi.
dans la capitale. Le chef de la nation vient avec confiance, au milieu de ses représentants, leur témoigner sa peine et les inviter à trouver les moyens de ramener l'ordre et le calme. Je sais qu'on a donné d'injustes préventions , je sais qu'on a osé publier que vos personnes n'étaient pas en sûreté. Serait-il donc nécessaire de vous rassurer sur des récits aussi coupables , démentis d'avance par mon caractère connu? Eh bien! c'est moi qui ne suis qu'un avec ma nation , c'est moi qui me fie à vous ! »
A ces mots , prononcés d'une voix émue , le roi fut interrompu par un mouvement presque unanime de reconnaissance. D en fut visiblement touché et continua :
« Aidez-moi , dans cette circonstance , à assurer le salut de l'État. Je l'attends de l'assemblée nationale ; le zèle des représentants de mon peuple réunis pour le salut commun m'en est un sûr garant , et comptant sur l'amour et la fidélité de mes sujets, j'ai donné ordre aux troupes de s'éloigner de Paris et de Versailles. Je vous autorise et vous invite même à faire connaître mes dispositions à la capitale. »
L'archevêque de Vienne , qui présidait alors l'assemblée, exprime de respectueux remercîments , tout en insistant avec persévérance sur le rappel des ministres éloignés. Lorsque le roi quitta la salle, l'assemblée se précipita sur ses pas ; entouré des démonstrations les plus
douces à son cœur, voyant tous les ordres de l'Etat confondus dans le même sentiment d'affection à sa personne, il refusa de monter en voiture et retourna à pied jusqu'au château, afin de ne pas se séparer de ce cortège. Enivré lui-nféme de l'issue de sa démarche auprès de l'assemblée, il était loin de mettre aucune réserve à son abandon. Non -seulement il consentit au rappel du ministre exilé , mais il informa le président que, pour donner aux représentants de la nation une nouvelle preuve de sa confiance, il lui enverrait sa lettre à M. Necker , et l'invitait à la faire parvenir aussitôt en Belgique.
Le 16, le maréchal de Broglie et le baron de Bretcuil furent congédiés. Les troupes reprirent le chemin des frontières , et le marquis de La Fayette fut chargé par le roi d'organiser la garde nationale, dont il avait été nommé commandant par le peuple.
La garde nationale pouvait devenir encore le bouclier de la monarchie épuisée, si son chef eût déployé l'intelligence et le dévouement d'une pareille mission. Mais La Fayette ne comprit et n'accomplit jamais que la moitié delà sienne. Il avait le tempérament paisible, le cœur îaible et l'esprit faux. Ses premières campagnes d'Amérique , aventure de jeunesse , avaient grandi aux yeux de la France par l'éloignement , par la nouveauté du théâtre et par d'heureux exploits. Revenu à Versailles, La Fayette avait trouvé l'art de marier avec son assiduité de courti-
«an et la bienveillance particulière de la reine, le patronage de Washington et l'ordre de Gncinnatus. Lancé presque à la tête d'une révolution , il la suivait tout ébahi en ayant l'air de la guider. Il tenait moins du cardinal de Retz que du bonhomme Broussel, acceptait naïvement le fait du jour, séparé de la veille et surtout du lendemain t prenait dans les événements le côté le plus matériel , et dans les délibérations le côté le plus théorique , sans s'apercevoir de cette contradiction , sans se mettre en peine de la portée de ses actions ou de la pratique de ses idées. Il contemplait l'émeute ou l'escortait en uniforme , sans avoir trempé dans aucun complot , pleurait sur les victimes , et croyait à sa générosité comme s'il les eût sauvées. Incapable précisément de sauver rien ni personne, La Fayette eut encore le malheur d'être complété par Bailly, en même temps nommé maire de Paris.
A ce moment déjà si critique, Louis XVI vit s'éloigner ceux de ses sujets qui semblaient le plus intimement attachés à sa personne. Le comte d'Artois, le prince de Condé , une grande partie de la noblesse , sentaient leur impuissance à secourir le roi qui se renfermait dans le cercle étroitement tracé par l'assemblée. Conservant intact le dévouement au monarque , et prêts à répondre à son premier appel , ils crurent devoir se rallier sur la frontière et y former, au milieu de tous les sacrifices , un noyau de forces loyales et fidèles. Les inconvénients de ce plan étaient immédiats, et les avantages lointains. Cette
'oi is xvi. 2H
émigration s'appelle une faute politique • mais les émigrés n'en furent pas moins les derniers débris d'un ordre d'idées généreuses qui achevait de disparaître avec eux.
Le roi et la reine poussèrent l'abnégation jusqu'à engager beaucoup de leurs serviteurs à les quitter. La duchesse de Polignac avait été en butte à de cruelles calomnies; la reine craignait pour les jours de son amie, et la supplia de se retirer. La marquise de Tourzel Fut nommée à sa place gouvernante des enfants de France.
Cependant le peuple ne croyait pas sa victoire assez consacrée et voulait imposer au roi lui-même les couleurs qui venaient de présider à ces dernières journées. Plusieurs députations furent envoyées pour réclamer sa présence à Paris. La reine employa tous ses efforts pour le détourner de cette visite. A de touchantes supplications, Louis XVI opposa constamment l'intérêt de la pacification de son royaume. Il venait de céder comme roi, il résista comme homme, dès qu'on lui parla de dangers personnels.
Il remit confidemment à Monsieur un acte par lequel il le nommait lieutenant général du royaume , dans le cas où l'on attenterait à sa vie ou à sa liberté; il entendit la messe, communia, et, le vendredi 17 juillet, partit a neuf heures du matin, escorté par la garde nationale de Versailles. Il fut reçu à la barrière par Baillv, remplissant
scs nouvelles fondions, et qui commença son discours par ces mots :
c« Sire, j'apporte à votre majesté les clefs de sa bonne ville de Paris ; ce sont les mêmes qui ont été présentée* à Henri IV. Il avait reconquis son peuple, ici c'est le peuple qui a reconquis son roi. »
Louis XVI continua sa marche entre deux haies d'une population improvisée en armée. Le cri de vive la nation remplaçait l'ancien cri de vive le roi. Le visage du monarque portait l'empreinte évidente d'une douloureuse surprise.
Aux Champs-Elysées, un coup de fusil fut tiré, et une femme tomba frappée d'une balle , dans la direction de la voiture du roi. Les versions les plus opposées circulèrent sur cet accident. Bailly dit dans ses Mémoires : « Nous avons lieu de croire que ce malheur fut un coup du hasard , mais il parut extraordinaire. » Auprès du Pont-Neuf, Louis XVI remarqua plusieurs canons fermés par de gros bouquets de fleurs ; on lisait sur un écriteau : «c Votre présence nous a désarmés. » Arrivé à l'Hôtel-de- Ville, il fut reçu par une députation des électeurs qui étaient demeurés organisés par districts. M. Moreau de Saint-Méry, l'un de leurs présidents, lui adressa un discours. En entendant cette phrase : «Voilà, sire, ce peuple qu'on a osé calomnier, » Louis XVI l'inter-
rompit d'un signe de tête et d'un geste qui signifiaient : Je ne crois pas à la calomnie. M. de Lally-Tollcndal, à son tour, adressa à tous les assistants plutôt qu'au roi , une pathétique harangue.
Louis XVI répondit d'une voix basse et pleine d'émotion; puis il fut entraîne sur le balcon, par les instances de ceux qui l'entouraient et par les cris de la foule innombrable qui couvrait la place. Le roi portait à son chapeau la cocarde de l'insurrection ; elle fut saluée avec un inexprimable enthousiasme. Alors &a permit au malheureux prince de reprendre la route de Versailles. Les gardes du corps l'attendaient sur les hauteurs de Sèvres. Aussitôt qu'ils l'aperçurent, ils accoururent réclamer leur service accoutumé. Plusieurs d'entre eux prirent les devants, pour annoncer un heureux retour à la reine ci à madame Elisabeth.
M. ISecker rappelé, se fit précéder d'une lettre à l'assemblée \
♦ «Messieurs,
«Sensiblement ému par de longues agitations, et considérant de près le moment où il est temps de songer à la retraite du monde et des affaires, je me préparais à ne suivre plus que de mes vccux'ardents le destin de la France et le bonheur d'une nation à laquelle je suis attaché par tant de liens, lorsque j'ai reçu la lettre dont vous m'avez honoré. Il est hors de mon pouvoir , il est au-dessus de mes faibles moyens de
2\\ LOtlS XVI.
Dans cette lettre f toute personnelle, M. Necker, dictateur, ardemment rappelé, n'indique aucunement quelle impression il reçut des événements qui accompagnèrent sa retraite , ni quelle direction il essaiera de donner aux esprits. Etait-ce préoccupation de popularité, ou pressentiment d'impuissance? L'un et l'autre probablement.
En effet, à peine eut-il reparu à Versailles, qu'il voulut se montrer à Paris Il harangue les électeurs, il leur demande l'élargissement de son compatriote M. de Bezenval. On le lui promet par acclamation. Biais à peine avait-il quitté l'Hôtel-de-Ville, que les districts de Paris , mus par un agent invisible, se prononcent contre cette faveur, et arrachent à l'assemblée nationale la mise en jugement du prisonnier. Foulon et Berthier sont massacrés.
Un terrible antagoniste attendait aussi M. Necker à la tribune, et se disposait à lui foire expier ses triomphes à jamais passés : Mirabeau règne dans l'assemblée , et
répondre dignement à cette marque de votre estime et de votre bienveillance. Mais je dois au moins, Messieurs, vous porter l'hommage de ma respectueuse reconnaissance. Mon dévouement ne vous est pas nécessaire ; mais il importe à mon bonheur de prouver au roi et à la nation française que rien ne peut ralentir un zèle qui fait depuis si longtemps l'intérêt de ma vie. »
* 30 juillet
M. Necker balbutie au banc des ministres. Il est obligé d'avouer l'avortement de deux emprunts et l'épuisement de ses expédients financiers. L'assemblée ordonne des dons patriotiques; le roi sacrifie une grande partie de sa vaisselle j tous les députés , beaucoup de citoyens envoient leurs offrandes. On avait estimé d'abord cette contribution extraordinaire à un milliard ; elle produisit quatre millions.
En même temps qu'elle pourvoyait ainsi aux besoins de l'État , l'assemblée annonçait à la France qu'elle allait s'occuper de la constitution du royaume.
Une première question s'éleva : Devait-on faire précéder la constitution d'une déclaration des droits de l'homme , ou ne s'occuper de ces droits que lorsque la constitution aurait préalablement défini ses devoirs? Mirabeau opinait, mais timidement, pour qu'on rédigeât d'abord la constitution. D disait : « Le philosophe qui travaille pour le temps et qui, dans son époque , ne s'adresse pas à la multitude, doit venger l'humanité sans ménagement. Mais l'homme d'état , qui agit sur tous et dans un moment donné , s'assujettit à une marche mesurée : il ne doit livrer des armes au peuple, qu'en lui apprenant à s'en servir, »
M. de La Fayette opina dans le sens contraire, en invoquant l'exemple de l' Amérique. Il fit prévaloir son opi-
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nion avec l aide de Syrie* et des membres les plus exaltés du côté gauche.
Le A août, dans une séance nocturne, qui se prolongea jusqu'au jour , tous les privilèges honorifiques furent abolis, ainsi que les droits de chasse et de justices seigneuriales. On décerna solennellement à Louis XVI le titre de restaurateur de la liberté française , et l'on chanta un Te Deum. La question du veto suspensif, ou du veto absolu, partagea longtemps rassemblée. Elle repoussa le projet de deux chambres, qui avait séduit plusieurs membres de l'aristocratie; et ces législateurs désappointés virent adopter, à une très-grande majorité, l'unité du pouvoir législatif.
Tous ces décrets forent présentés à la sanction du roi qui l'accorda , l'accompagnant des réflexions suivantes :
« De nouvelles lois constitutives ne peuvent être bien jugées que dans leur ensemble; tout se tient dans un si grand et si important ouvrage. Cependant je trouve naturel que , dans un moment où nous invitons la nation à faire tous les eFforts de patriotisme , nous la rassurions sur le principal objet de son intérêt. Ainsi , dans la confiance que les premiers articles constitutionnels que vous m'avez fait présenter, mis à la suite de votre travail , rempliront le vœu de mon peuple et assureront la tranquillité du royaume , j'accorde , selon votre désir, mon
accession à ces articles, mais aux conditions positives dont je ne me départirai jamais, que, par le résultat général de vos délibérations , le pouvoir exécutif ait son entier effet entre les mains du monarque.
« Une suite de faits et d'observations , qui sera mise de ma part sous vos yeux , vous fera connaître que , dans l'état actuel des choses , je ne puis protéger ni la perception des impots, ni la circulation des grains, ni la liberté individuelle. Je veux cependant remplir ces devoirs essentiels de la royauté : le bonheur de mes sujets et le maintien de l'ordre social en dépendent. Ainsi , je demande que nous levions en commun tous les différents obstacles qui pourraient contrarier une fin aussi désirable et aussi nécessaire.
« Vous avez sans doute pensé que les anciennes institutions et que les formes judiciaires ne pouvaient être changées que quand un nouvel ordre de choses leur aurait été substitué. Ainsi , je n'ai pas besoin de vous donner mes observations sur ce point.
« Il me reste à vous témoigner, avec franchise , que , si je donne mon accession aux différents articles que vous m'avez fait présenter, ce n'est pas qu'ils me présentent tous indistinctement l'idée de la perfection, mais je crois qu'il est louable en moi de ne pas différer d'avoir égard au vœu présent des représentants de la nation , et aux cir-
constances alarmantes qui nous invitent à vouloir, pardessus tout , le rétablissement de la paix et de Tordre.
« Je ne m'explique pas sur la déclaration des droits de l'homme ; elle contient de très-bonnes maximes , propres à guider vos travaux ; mais elle renferme des principes susceptibles d'applications t et même d'interprétations différentes, qui ne peuvent être justement appréciées qu'au moment où leur véritable sens sera fixé par les lois auxquelles la déclaration servira de base.
« Signé : Louis. »
On fut d'autant plus frappé de la sagesse mesurée de ces réflexions , qu'on ne pouvait y méconnaître le style même du roi.
Louis XVI acceptait de ses ministres les discours qu'ils lui présentaient; mais il les corrigeait toujours de sa main. Il effaçait, il ajoutait , et communiquait quelquefois ce travail à la reine. Le mot qui lui appartenait était toujours le mot naturel autant que juste. Le style figuré de M. Necker ne lui convenait pas ; le style léger de M. de Maurepas lui avait souvent déplu ; et Louis XVI du moins fut toujours roi dans la noblesse calme de son expression. Il portait jusque dans sa manière d'écrire son esprit d'ordre et de méthode , coupait une feuille de papier en deux ou en quatre morceaux , selon l'étendue de son travail, le,s remplissait sans alinéa et sans marge.
Quant à la déclaration des droit» de l'homme, elle contenait , en dix-sept articles , ces principes généraux : Tous les hommes naissent libres et égaux en droits. — La résistance à l'oppression est le plus saint des devoirs! — Le peuple est souverain. — Toutes les religions sont adoptées par la loi.
Rien n'est moins fondé en principes, et ne fut plus désastreux en conséquences , que ce prétendu palladium de la liberté. L'égalité absolue de tous , ou le privilège absolu d'un seul , conduisent également , par deux voies différentes , à l'absurde et à l'impossible. Le duc de Villeroy, prenant le jeune Louis XV dans ses bras , et lui montrant la foule réunie sous les fenêtres du château , lui disait : « Yoyez , sire , tout cela est à vous ! » Il avait tort. M. de La Fayette, ramassant toutes les prétentions idéales d'une philanthropie imaginaire, et disant au peuple : « Voyez , sire, tout cela est à vous, » avait-il raison?
Ne détournons pas les yeux de l'imperfection de notre nature. A quoi sert d'aventurer des illusions théoriques, que la mise en œuvre ensanglante aussitôt ? Décapiter une société est-il le meilleur moyen d'y entretenir l'émulation ? Partant de ce point incontestable que l'homme doit obéir, convenons plutôt qu'on ennoblit l'obéissance de toute la noblesse qu'on prête au commandement. La subordination volontaire est l'acte le plus sublime de l'esprit humain. L'indépendance susceptible , jalouse ,