‹ Louis XVIChapitre 26 sur 53 · EST CONDUIT A PARIS · texte numérisé non relu

EST CONDUIT A PARIS

Le château des Tuileries , inhabité presque sans interruption depuis 1655 , était dépourvu des objets les plus nécessaires à ses hôtes; mais aucune privation ne portait atteinte à leur sérénité, et ils se consolaient de mille peines par le bonheur d'être ensemble. La réunion dans le péril leur semblait préférable a tout moyen dr salul isolé. La reine avait refusé de quitter le roi un seul instant,

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et madame Elisabeth ne pouvait supporter l'idée d'abandonner son livre. Ces deux femmes fortes et tendres , comme les pieuses femmes de l'Évangile , se partageaient les soins et les devoirs.

Des le lendemain de son arrivée, Louis XVI mande près de lui le comité des subsistances; il interroge, il écoute , il fait part à son tour de ses vues , et le commissaire, M. de La vigne , chargé de présenter à la commune un rapport sur cette conférence, s'exprime en ces termes : « C'est avec la plus grande satisfaction et le plus grand étonnement que nous avons vu le roi entrer dans tous les détails des causes de la disette et des moyens d'y subvenir: de bonne foi , il en savait plus que nous * . » Louis XVI s'efforçait sans relâche de regagner le cœur du peuple , et croyait n'avoir à combattre qu'un égarement passager. Il fit annoncer à la classe indigente la remise gratuite de tous les habillements et de tout le linge envoyés au montde-piété, visita lui-même divers établissements de charité, et ne craignit pas de parcourir à pied les faubourgs , où sa présence excita encore des acclamations. Un jour, le 4 9 octobre , il rencontra dans la rue un enfant qui balayait en demandant l'aumône , et lui donna un écu de six livres ; l'enfant, surpris, s'écria : « Merci , monsieur le chevalier. — Ce monsieur-là n'est pas chevalier , il est l'aîné de la famille, «répondit une personne qui accompagnait le roi.

' L'abbé l'royard.

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La reine «e montra plusieurs foi» au spectacle, et le public fit répéter le chœur d'Iphigénie en Aulide, qui commence par ces mots : «< Chantons , célébrons notre reine. »L académie française , taisant sa rentrée annuelle , voulut apporter aussi son tribut de consolation , et confia la parole ii M. de Boufflers, qui s'exprima ainsi ;

«« Madame ,

« Si j'osais tracer à votre majesté l'image d'une personne vraiment digne des hommages de l'univers, sur qui le Ciel semblerait avoir d'avance répandu l'éclat du diadème, qui joindrait une dignité plus qu'humaine à une {{race presque divine, dont l'affabilité conserverait je ne sais quoi d'imposant; qui obligerait à la vénération en permettant la confiance , et chez qui enfin la délicatesse de son sexe, en offrant les qualités les plus aimables, semblerait servir de voile au courage d'un héros, j'ose croire que je n'aurais pas besoin d'en nommer le modèle. »

Quel langage! Les cœurs sont donc émus et réconciliés? La révolution est finie? — Non : il faut retourner à l'assemblée, et se préparer à de nouveaux malheurs.

Les représentants de la nation avaient continué leur» séances à Versailles , faute d'un emplacement convenable à Paris. On choisit le vaste manège situé près de la ter-

rasse septentrionale des Tuileries, mais les travaux indispensables exigeaient du temps , et rassemblée vint s'établir provisoirement dans une salle de l'Archevêché , le 20 octobre 89.

De nombreuses démissions avaient suivi les attentats des 5 et 6 octobre. L evéque de Langres , MM. de Lally-Tollendal et Mounier ' motivèrent leur départ en adressant leurs adieux à leurs collègues. L'émigration, au \ 4 juillet, commença la désorganisation des forces de la noblesse ; 1 émigration , au 6 octobre , commença la désorganisation des forces royalistes de l'assemblée : l'ancienne monarchie était à Coblentz, la monarchie représentative s'exilait à son tour, et Louis XVI se trouvait face à face avec la souveraineté du peuple. Il restait sans autre appui que La Fayette à la téte des bataillons civiques, et Bailly* à la tète du pouvoir municipal. Qu'on

' Voir les pièces justificatives.

a II est important de connaître BaHIy , et d'étudier ses Mémoires: nous en extrairons seulement quelques lignes. Parlant de Foulon , il dit :

« La position des juges nommés était infiniment critique : on attendait d'eux un arrêt de mort ; s'ils ne le rendaient pas, devenus suspects, ils pouvaient être égorgés; s'ils le rendaient, ils trahissaient leur conscience , et sacrifiaient le prisonnier à leur conservation. Ainsi ils avaient à opiner entre leur conscience et leur vie. Il était naturel de désirer éloigner cette charge délicate et périlleuse. Les deux curés observaient que par les lois de l'église , ils ne pouvaient juger à mort ; leur excuse fut admise ; le peuple nomma à leur place M. de La Fayette

se demande impartialement aujourd'hui quels services et quels conseils efficaces ces deux noms et ces deux caractères pouvaient offrir au monarque désarmé. Trop souvent on a confondu avec la faiblesse native de Louis XVI, la faiblesse non moins fatale des agents choisis ou imposés : Maurepas, Necker, Galonné, Bailly, La Fayette , quelle différence de principes , d'origine, de tendance ! quelle similitude de légèreté et d'aveuglcmentl quel fatal enchaînement de volontés contraires et d'illusions semblables !

Dans liouis lui-même , on n'a pas assez distingué la

et moi. Heureuiemcnt que j'étais absent , heureusement qu'on ne donna pas le temps de m'envoyer chercher. » Tome II, page 110.

Il rend compte ainsi de la mort de II. Berthier, tome H, page 122: « J'ai consulté l'assemblée si , conformément à son arrêté du matin , M. Berthier serait conduit à l'Abbaye, et l'assemblée l'ayant décidé, j'ai donné l'ordre ; j'ai ajouté que la garde répondait du prisonnier à la nation et à la ville de Paris. Il a traversé la salle sans résistance et sans accident; mais aussitôt sorti de l'HôteWe-Ville , il a été arraché aux soldats et massacré par la multitude; aussitôt un dragon est entré portant un morceau de chair ensanglantée , et a dit: Voilà le cœur de Berthier. Nous avons détourné la vue, et on l'a fait retirer. Ensuite la nouvelle nous est venue , qu'on apportait sa téte et qu'elle était déjà sur l'escalier; nous avons envoyé dire qu'on n'entrât point, parce que l'assemblée était occupée d'une délibération; et ce triomphe atroce, et cette joie barbare se sont retirés. Alors et dans ces moments terribles, il fallait prendre des prétextes pour se reruser à ces atrocités : il y avait un danger réel , et qu'il était inutile de braver , à faire parler le langage de la justice et de l'humanité. »

faiblesse du plan , de la persévérance de l'exécution. Préférer toujours la condescendance à la rigueur, l'ajournement à la solution; croire toujours à l'empire du raisonnement, de la démonstration, de la justice; attendre le retour du sang-froid , du désintéressement : voilà le manque de coup d'cnil royal, le vice de conception; mais cette méprise paternelle une fois admise, que de longanimité dans la patience , que d'abnégation. On s'écrie : quelle contradiction! quelle faiblesse! On peut s'écrier aussi : quel courage, quelle obstination dans le dévouement, à travers tous les mécomptes, tous les reproches, tous les dégoûts et tous les périls! Les partis se sont amplement glorifiés aux dépens de Louis XVI, il est temps aujourd'hui de faire justice à Louis XVI aux dépens des partis.

Quoiqu'on connût bien les moteurs de la journée du G octobre, et qu'on en prévît l'impunité, le Châtelet voulut instruire cette horrible affaire. Le duc d'Orléans et Mirabeau étaient accusés de s'être mêlés aux factieux, après les avoir gorgés d'or et de vin. M. de La Fayette, dans une entrevue avec le prince, chez M. de Coigny , lui démontra, en l'effrayant, la nécessité de quitter Paris. Le prince demanda et obtint aussitôt la permission de se .rendre à Londres. Mirabeau attendit de pied ferme l'accusation et la combattit avec assurance. L'assemblée, qui s'était attribué la juridiction du Châtelet , décréta, contrairement

aux conclusions de ce tribunal, qu'il n'y avait pas lieu à suivre contre le duc d'Orléans et contre Mirabeau.

Le contre-coup de tous ces événements se faisait violemment ressentir jusqu'au fond des provinces. Le comité des rapports, effrayé , n'osa pas dissimuler le mal , et son rapporteur, du haut de la tribune, laissa échapper ces plaintes : « Les propriétés sont la proie du plus coupable brigandage : de tous côtés les châteaux sont brûlés , les couvents détruits , les fermes abandonnées au pillage ; les lois sont sans force , les magistrats sans autorité , la justice n'est plus qu'un fantôme qu'on cherche inutilement dans les tribunaux. »>

A Paris , les exécutions populaires se multipliaient : un boulanger nommé François avait encouru la haine des agitateurs en se refusant a leurs manœuvres, et venait d'être flétri , dans son quartier, du titre d'aristocrate. Le 21 octobre, on se précipite dans sa boutique et on la pille; la garde nationale intervient, s'empare de François, on le lui arrache, on le pend à un réverbère , on le mutile, et on promène sa tète dans les rues jusque sous les yeux de sa malheureuse femme. Bientôt après, la même multitude exige la condamnation et le supplice du marquis de Favras , accusé de connivence» contre-révolutionnaires avec le comte de Provence.

Quelle rapidité dans l'anarchie! Il y a peu d'années,

Figaro disait , aux applaudissements du public : « Qu'estce qu'un noble? Un homme qui s'est donné la peine de naître. » Aujourd'hui un noble, c'est un homme condamné à mort en naissant , qui ne vit plus que par commutation de peine , entre la spoliation et l'injure.

L'assemblée n'interrompt pas un instant le travail de la constitution. Le mois de décembre vit naître les assignats; un décret du 15 janvier distribue la France en quatre-vingt-trois départements. L'assemblée, sachant qu'on ne peut changer efficacement les lois sans changer les habitudes , substitua aux anciennes affinités de mœurs et de langage, des considérations statistiques et géographiques.

M. Necker, toujours persuadé qu'il ne s'agissait que de regagner en popularité ce qu'on avait sacrifié en puissance et en principes , conseilla au roi une nouvelle déinarche auprès de l'assemblée.

Dans la matinée du 4 février 00, un message annonça au président que Sa Majesté comptait se rendre à l'assemblée vers midi et désirait y être reçue sans apparat. Des cris de vive le roi éclatèrent dans la salle aussitôt qu'on l'y vit paraître. Un fauteuil recouvert d'un tapis de velours violet avait été préparé à la place qu'occupait le bureau du président. Louis XVI assis prononça le

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discours suivant , qu on ne doit pas lire aujourd'hui sans le méditer avec une scrupuleuse attention :

«< Messieurs ,

« La gravité des circonstances où se trouve la France m'attire au milieu de vous. Le relâchement progressif de tous les liens de l'ordre et de la subordination, la suspension ou l'inactivité de la justice, les mécontentements qui naissent des privations particuliî'res, les oppositions , les haines malheureuses qui sont la suite inévitable de longues diêsensions, la situation critique des finances , et les incertitudes sur la fortune publique , enfin l'agitation générale des esprits, tout semble se réunir pour entretenir l'inquiétude des véritables amis de la prospérité et du bonheur de la France.

« Un grand but se présente à vos regards , mais il faut y atteindre , sans accroissement de troubles et sans nouvelles convulsions. C'était, je dois le dire, d'une manière plus douce et plus tranquille que j'espérais vous y conduire , lorsque je formai le dessein de vous rassembler et de réunir, pour la félicité publique, les lumières et les volontés des représentants de la nation ; mais mon bonheur et ma gloire ne sont pas moins étroitement liés au succès de vos travaux.

« Je favoriserai , je seconderai de tous les moyens qui

sont en mon pouvoir le succès de cette vaste organisation d'où dépend à mes veux le salut de la France ; et je crois nécessaire de le dire , je suis trop occupé de la situation intérieure du royaume, j'ai les yeux trop ouverts sur les dangers de tout genre dont nous sommes environnés, pour ne pas sentir fortement que, dans la disposition présente des esprits et en considérant l'état où se trouvent les affaires publiques, il faut qu'un nouvel ordre de choses s'établisse avec calme et avec tranquillité, ou que le royaume soit exposé à toutes les calamités de l'anarchie. Que les vrais citoyens réfléchissent , ainsi que je l'ai fait , en fixant uniquement leur attention sur le bien de l'Etat, et ils verront que, même avec des opinions différentes , un intérêt éminent doit les réunir tous aujourd'hui. Le temps réformera ce qui pourra rester de défectueux dans la collection des lois qui auront été l'ouvrage de cette assemblée. Mais toute entreprise qui tendrait à ébranler les principes de la constitution même , tout concert qui aurait pour but de les renverser ou d'en affaiblir l'heureuse influence , ne serviraient qu'à introduire au milieu de nous les maux effrayants de la discorde—

« Nous ne devons pas nous le dissimuler : il y a beaucoup à faire pour arriver au but. Une volonté suivie , un effort général et commun sont absolument nécessaires pour obtenir un succès véritable. Continuez donc vos travaux, sans autre passion que celle du bien; fixez tou-

jours votre première attention sur Je sort du peuple et sur la liberté publique; mais occupez-vous aussi d'adoucir, de calmer toute défiance , et mettez fin le plus tôt possible aux différentes inquiétudes qui éloignent de la France un si grand nombre de ses citoyens, et dont l'effet contraste avec les lois de sûreté et de liberté que vous voulez établir. La prospérité ne reviendra qu'avec le contentement général. Nous apercevons partout des espérances ; soyons impatients de voir aussi partout le bonheur.

« Un jour, j'aime à le croire, tous les Français indistinctement reconnaîtront l'avantage de l'entière suppression des différences d'ordre et d'état, lorsqu'il est question de travailler en commun au bien public, à cette prospérité de la patrie qui intéresse également tous le* citoyens, et chacun doit voir sans peine que , pour être appelé dorénavant à servir l'État de quelque manière, il suffira de s'être rendu remarquable par ses talents ou par ses vertus.

» En même temps , néanmoins , tout ce qui rappelle à une nation l'ancienneté et la continuité des services d'une race honorée, est une distinction que rien ne peut détruire, et comme elle s'unit aux devoirs de la reconnaissance, ceux qui dans toutes les classes de la société aspirent à servir efficacement leur patrie, et ceux qui ont eu déjà l'honneur de réussir, ont un intérêt à respecter cette transmission de titres et de souvenirs , le plus beau de tous les

héritages qu'on puisse foire passer à ses enfants. Le respect dû aux ministres de la religion ne pourra non plus s'effacer, et lorsque leur considération sera principalement unie aux saintes vérités qui sont la sauvegarde de l'ordre et de la morale , tous les citoyens honnêtes , éclairés , auront un égal intérêt à la maintenir et à la défendre.

« J'aurais bien aussi des pertes à compter si , au milieu des plus grands intérêts de l'État , je m'arrêtais à des calculs personnels; mais je trouve une compensation qui me suffit , une compensation pleine et entière , dans l'accroissement du bonheur de la nation , et c'est du fond démon cœur que j'exprime ce sentiment.

« Je défendrai donc , je maintiendrai la liberté constitutionnelle dont le vœu général , d'accord avec le mien, a consacré les principes. Je ferai davantage ; et, de concert avec la reine qui partage tous mes sentiments , je préparerai de bonne heure l'esprit et le cœur de mon fils au nouvel ordre de choses que les circonstances ont amené, je l'habituerai dès ses premiers ans à être heureux du bonheur des Français, et à reconnaître toujours, malgré le langage des flatteurs , qu'une sage constitution le préservera des dangers de l'inexpérience , et qu'une juste , liberté ajoute un nouveau prix aux sentiments d'amour et de fidélité dont la nation , depuis tant de siècles, donne à ses rois des preuves si touchantes.

« Je ne dois pas le mettre en doute : en achevant votre ouvrage, vous vous occuperez sûrement avec sagesse et avec candeur de raffermissement du pouvoir exécutif, cette condition sans laquelle il ne saurait exister aucun ordre durable au dedans , ni aucune considération au de hors. Nulle défiance ne peut raisonnablement vous rester ; ainsi , il est de votre devoir, comme citoyens et comme Fidèles représentants de la nation , d'assurer au bien de l'État et à la liberté publique cette stabilité qui ne peut dériver que d'une autorité active et tutélaire. Vous aurez sûrement présent à l'esprit que , sans une telle autorité , toutes les parties de votre système de constitution resteraient à la fois sans liens et sans correspondance, et , en vous occupant de la liberté que vous aimez et que j'aime aussi, vous ne perdrez pas de vue que le désordre en administration , en amenant la confusion des pouvoirs , dégénère souvent, par d'aveugles violences , dans la plus dangereuse et la plus alarmante de toutes les tyrannies.

« Vous ne négligerez pas non plus de fixer votre attention sur ce qu'exigent encore , des législateurs, les mœurs, le caractère et les habitudes d'une nation devenue trop célèbre en Europe par la nature de son esprit et de son génie, pour qu'il puisse paraître indifFérent d'entretenir ou d'altérer en elle les sentiments de douceur, de confiance et de bonté qui lui ont valu tant de renommée.

« Donnez-lui l' exemple aussi de cet esprit de justice qui

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sert de sauvegarde à la propriété, à ce droit respecté de toutes les nations, qui n'est pas l'ouvrage du hagard, qui ne dérive pas des privilèges d'opinion , mais qui se lie étroitement aux rapports les plus essentiels de l'ordre public , et aux premières conditions de l'harmonie sociale.

« Par quelle fatalité, lorsque le calme commençait à renaître, de nouvelles inquiétudes se sont-elles répandues flans les provinces? Par quelle fatalité s'y livrc-t-on à de nouveaux excès? Joignez- vous à moi pour les arrêter, et empêchons de tous nos efforts que des violences criminelles ne viennent souiller ces jours où le bonheur de la nation se prépare. Vous qui pouvez influer par tant de moyens sur la puissance publique , éclairez , sur ses véritables intérêts, le peuple qu'on égare, ce bon peuple qui m'est si cher, et dont on m'assure que je suis aimé , quand on veut me consoler de mes peines. »

La vive émotion de l'assemblée interrompit le roi.

« Ah ! s'il savait à quel point je suis malheureux d'un injuste attentat contre les fortunes, ou d'un acte de violence contre les personnes, peut-être il m'épargnerait cette douloureuse amertume !. . .

« Puisse cette journée, où votre monarque vient de s'unir à vous de la manière la plus franche et la plu*

intime, être une époque mémorable dans l'histoire de cet empire. Elle le sera, je l'espère, si mes vœux ardents , si mes instantes exhortations peuvent être un signe de paix et de rapprochement entre vous. Que ceux qui s'é- . loigneraient encore de l'esprit de concorde, devenu si nécessaire , me fassent le sacrifice de tous les souvenirs qui les affligent. Je les paierai par ma reconnaissance et mon affection. Ne professons tous, je vous en donne l'exemple, qu'une seule opinion , qu'un seul intérêt , qu'une seule volonté , l'attachement à la constitution nouvelle et le désir ardent de la paix , du bonheur et de la prospérité de la France. »»

Louis XVI produisit une inexprimable impression : son langage, son attitude , son acceut, si profondément paternels , remuaient les cœurs ; mais au sortir de l'assemblée, chacun retrouvait ses passions, ses rancunes et ses appréhensions. Louis XVI avait obtenu une heure fugitive de trêve; sa destinée lui permettait de temps en temps l'espérance comme une halte indispensable ; mais le fardeau , un instant soulevé , retombait plus lourd et plus accablant. « Je ne cesserai d'admirer en gémissant, dit M. de Lally Tollendal , la vigilance et le génie qu'il a fallu aux méchants pour empêcher cette réunion qui était toujours au moment de s'opérer. »

Les royalistes , dans l'impuissance de faire prévaloir leur opinion dans l'assemblée, voulurent essayer une

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