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dernière tentative et en appeler à la masse de la nation. Maury monte à la tribune (19 avril). « Messieurs, dit-il, nous touchons à l'époque décisive de la révolution. Entraînés par lamour de la liberté , nous avons sans doute dépassé le but et excédé nos pouvoirs. Il devient donc nécessaire que la nation ratifie la constitution que nous venons de lui donner. Mais ce n'est qu'en nommant de nouveaux députés qu'elle peut foire connaître sa volonté réelle et définitive , et que Ton peut feire cesser le bruit qui se répand que le roi est prisonnier dans sa capitale . et que vous-mêmes n'êtes pas libres dans vos délibérations. En conséquence, je propose d'arrêter : i° que les Français rassemblés dans leurs bailliages ou par département, nommeront tout de suite de nouveaux députés à l'assemblée nationale ; 2° qu'aucun de nous ne pourra être réélu ; 3° que le roi sera supplié de transporter le local de la nouvelle assemblée dans une ville distante de trente lieues de Paris. »
Des vociférations tellement violentes répondirent à cette proposition , que l'ordre du jour fut prononcé sans qu'on eût pu ramener l'assemblée à l'apparence d'une délibération.
Cependant les pouvoirs de beaucoup de députés étaient limités à un an, et ce terme approchait. Le comité de constitution se hâta donc de proposer : 1° que l'assemblée nationale ne pût être renouvelée avant l'achèvement de la
constitution ; 2° que les mandats impératifs fussent annulés quant à la durée de la session actuelle.
Mirabeau soutint avec ardeur cette violation flagrante de la légalité. « Je ne puis, s'écria-t-il , me défendre d'une indignation profonde lorsque j'entends de malveillants rhéteurs opposer sans cesse la nation à l'assemblée nationale , et s'efforcer de susciter entre elles une sorte de rivalité , comme si les regards des deux mondes attachés sur vous, le fanatisme heureux d'une grande révolution, le spectacle de votre gloire, la reconnaissance de tant de milliers d'hommes, l'orgueil même d'une conscience généreuse qui aurait trop à rougir de se démentir, n'étaient pas une caution suffisante de votre fidélité, de votre patriotisme et de vos vertus. Messieurs , vous connaissez tous le trait de ce Romain qui , pour sauver la patrie d'une grande conspiration, avait été contraint d'outre-passer les pouvoirs que lui conféraient les lois. Un tribun captieux exigea de lui le serment de les avoir respectés ; il croyait par cet insidieux interrogat placer le consul dans l'alternative d'un parjure ou d'un aveu embarrassant. « Je jure , dit le grand homme , je jure que j'ai sauvé la république. » Messieurs , je jure que vous avez sauvé la chose publique ! »
Le projet fut aussitôt adopté à une grande majorité ; et cet argument facile , conséquence inévitable du serment du Jeu de Paume, ce» mots corn modes : Nous avons
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sauvé la chose publique, vont servir de passe-port à tous les malheurs de la patrie , et tomber de la bouche éloquente de Mirabeau sur les lèvres sanglantes de Robespierre et de Ma rat.
Pendant ce temps, rassemblée s'occupait de la constitution civile du clergé. Cette question fondamentale fut discutée, avec une intrépide éloquence, par les orateurs du côté droit : l'abbé Maury, l'abbé de Montesquiou, M. de Montlosier. — Camus, Talleyraud et Mirabeau furent les athlètes du côté gauche.
Le clergé fut déclaré simple dépositaire et non possesseur des biens de l'Église, qui furent vendus et mis à la disposition du trésor public,avec stipulation d'une indemnité de quatre-vingts millions de rentes annuelles sur le grand livre. On décréta ensuite la réduction des évéchés, la conformité de la circonscription ecclésiastique avec la circonscription civile; la suppression des chapitres et des ordres religieux. On a soutenu obstinément que la constitution civile du clergé n'entamait nullement le pouvoir spirituel du saint-siége, et que l'Eglise avait armé de pieux prétextes la défense de ses richesses temporelles} il suffit aujourd'hui de lire le texte des articles principaux '.