ACCEPTE LA CONSTITUTION
A la nouvelle du départ de la famille royale, les impressions avaient été diverses comme les courages. Robespierre s'était rendu avec inquiétude chez Pétion. H prétendit que le roi n'avait pas pris ce parti sans s'être assuré d'une Saint-Barthélemy de patriotes , et que , pour lui, il s'attendait à ne plus vivre dans vingt-quatre heures, Pétion et Brissot , au contraire , affirmaient que
le départ du roi était sa perte , si l'on savait en profiter. En conséquence, on ne manqua pas de représenter cette fuite comme une abdication, et de réclamer la déchéance.
Mais l'assemblée recula devant cette audace, et se contenta d'ordonner, de concert avec La Fayette , toutes les mesures qui pouvaient prévenir une nouvelle évasion. On poussa la rigueur des précautions jusqu'à bannir la messe de la chapelle du château , trop éloignée , disait-on , de l'appartement du roi ; et la famille royale , ne voulant pas se priver de cette consolation , fut obligée de faire dresser un autel dans une galerie. La reine, qui logeait au rez-de-chaussée , montait chez son fils par un escalier intérieur, et trouvait la porte toujours fermée. Un des quatre officiers de la garde nationale qui raccompagnaient frappait en disant : « La reine ! » Le garde qui veillait jour et nuit dans l'appartement de madame de Tourzel ouvrait alors à la reine , qui prenait son fils et le menait chez le roi.
On entendait cependant répéter encore quelquefois, aux Tuileries , le vieux proverbe : Heureuse comme une reine. « Que dites-vous? reprit un jour le jeune dauphin ; moi , j'en connais une qui pleure tous les jours. »
Néanmoins, les mauvais traitements étaient constamment supportés avec le calme de la dignité. Et quant aux intimes impressions de ces âmes royales, quel meilleur
interprète que madame Elisabeth , amie, soutien et consolation de son frère. Séparée des compagnes quelle avait cru fixer près d'elle pour toujours , elle les associait du moins à toutes ses pensées dans une fidèle correspondance , et ces inappréciables épanchements appartiennent désormais à la vénération de l'histoire. Est-il un plus imposant spectacle que de si terribles événements contemplés à travers ce prisme angélique î