‹ Louis XVIChapitre 34 sur 53 · S XVI · texte numérisé non relu

S XVI

pellent hasard , que le» chrétiens nomment providence , et qui accorde quelquefois son secours, quand notre courte sagesse est épuisée. Le comte de Maistre a dit en parlant de Louis XVI captif : « Qu'est-ce donc qui se passait dans ce c vuv si pur, si soumis, si préparé?.... Quelle acceptation! et que n'a ura-t-elle pas mérité! » Ces belles paroles lui sont applicables bien avant sa captivité.

L'anniversaire du 20 juin, jour de la fuite du roi, approchait ; ce souvenir parut propre à réveiller les colères populaires , et ce jour fut choisi.

Dès le matin du 20 juin, plusieurs bandes de sans-culottes des faubourgs Saint-Marceau et Saint-Antoine se mettent en marche. Elles se grossissent en route d'une multitude de gens armés de fusils et de piques. Santerre, commensal du duc d'Orléans, s'élance à leur tête; la déclaration des droits de l'homme est arborée au bout d'une perche , en guise de drapeau. Ces furieux pénètrent dans . la salle de l'assemblée législative, ils la font retentir de leurs imprécations et lisent la pétition qu'ils veulent porter aux Tuileries. Quelques députés s'opposent à cette visite inconstitutionnelle. Vergniaux prétend que si Ton conçoit quelque inquiétude, il suffit d'envoyer une députation au château ; mais cette proposition même est

' K< laircUsemcnt sur les sacrifice-.

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combattue , et on lame sortir l'armée pétitionnaire sans difficulté.

Elle envahit la place du Carrousel et la cour des Tuileries, en roulant un canon dans ses rangs. Des détachements de garde nationale veulent lui fermer le passage; mais des officiers municipaux déclarent qu'on ne doit pas empêcher le peuple de présenter une pétition au souverain, et les plus forcenés de ces bandits entrent aux Tuileries , comme ils étaient entrés à Versailles. Le même accueil les attendait.

Louis XVI avait compté sur la résistance de la garde du château. Aussitôt qu'il aperçoit la défection des uns et l'impuissance des autres, il oblige la reine à emmener ses enfants. Madame Elisabeth feint d'obéir au même ordre et revient précipitamment prendre place aux côtés de son frère; il est entouré de MM. Aubier, de Marcilly, de Mouchy, d'Hervilly et Acloque, commandant d'une des sections du faubourg Saint-Marceau. « Que l'on ouvre la porte! s'écrie Louis XVI : le roi de France ne craint pas les Français. »

\jà foule se précipite en hurlant : « A mort! A mort! — Non , conduisons-le à l'assemblée ! — Non : qu'il nous livre les prêtres cachés aux Tuileries, et nous lui ferons gràre! >»

Les amis du roi profitent de cet instant d'hésitation pour former un rempart autour de lui , et parviennent à l'isoler, en le plaçant sur une espèce d'estrade, dans l'embrasure d'une croisée. Madame Elisabeth, qui occupe le premier rang dans ce groupe, frappe les regards des brigands. « Ah ! voilà l'Autrichienne! A nous la tête de l'Autrichienne! » Un garde national, voyant les piques se dresser aussitôt, s'écrie : « Malheureux! ce n'est pas elle. » Madame Elisabeth lui saisit le bras vivement. <« Taisez- vous, dit-elle, leur erreur va sauver la reine! » Détournant de la main une baïonnette qui touchait presque sa poitrine, elle dit : « Monsieur, prenez garde, vous pourriez blesser quelqu'un , et vous en seriez certainement fâché. » Le fer s'abaissa devant cette parole ineffable. Les mutins veulent alors lire leur pétition : « Ce n'est la ni le temps ni la forme de présenter votre demande, dit le roi. » Un bandit lève son bâton ferré, un Parisien nommé Cannolle le saisit, et le force à crier : « Vive le roi ! » Plusieurs s'avancent alors, tenant des bouteilles de vin, et les présentent au roi , en lui demaudant s'il boirait bien à la santé de la nation. « La nation doit savoir que je l'aime , après tout ce que j'ai fait pour elle, répond Louis XVI en acceptant le verre qu'on lui présente.— C'est empoisonné! lui disent tout bas les amis qui l'approchent de plus près, et il réplique: —Qu'importe! je mourrai du moins sans donner ma sanction! -— ^S'ayez pas peur! s'écrient d'autres forcenés. — Louis XVI prend

la main du plus voisin et la pose sur son cœur : — Voyei comme il est calme. •>

Cependant la reine , après avoir essayé de mettre ses enfants à l'abri dans les appartements les plus reculés du château , apprend les dangers du roi , et veut courir en réclamer sa part. On se jette à ses pieds , on la supplie de se résoudre à la prudence. « Il n'y a que mes plus cruels ennemis, s'écrie-t-elle , qui puissent me donner un pareil conseil! Voulez- vous m'em pécher d'aller à ma place? Je passerai malgré vous; personne ne m'arrêtera!» Et elle se rendit , à travers la lutte des larmes et du désespoir, jusque dans la salie du conseil; elle touchait la chambre envahie. On lui représente encore que le roi, en la voyant entrer, va (aire un mouvement pour venir au-devant d'elle , et qu'ils sont perdus tous les deux. Cette réflexion suspend un instant la résolution de la reine, et donne le temps d'appeler une section du bataillon des Filles-Saint-Thomas qui , dans toutes les circonstances , avait donné des preuves de dévouement. Les coups de hache retentissent déjà sur la porte , et Ton n'a que le temps de placer la reine dans le Fond de la salle , en l'entourant de quelques gardes , et roulant devant elle la table du conseil. Les personnes qui eurent l'honneur de partager avec la reine cette périlleuse situation étaient mesdames de Lamballe, deTarente, de Tourzel. de Duras, deLuynes, de Maillé, de la Roche- Aymon. de Mackau. de Soucy.de Ginestou*; MM. d'Haussonville, de Mont-

morin , de Saint-Priest, de Chainpcenetz et de Choiseul '.

Les hordes . méconnaissables depuis qu'elles se sont trouvées en présence du roi , se contentent de défiler devant la reine , en lui adressant quelques injures.

Plusieurs bandes portaient des bannières avec des inscriptions et des emblèmes : Sanction ou la mort! Tremble, tyran! ton heure est venue. — Un homme portait au bout d'une pique un cnmr ensanglanté avec ces mots : Cœur des tyrans et des aristocrates. Santerre , frappant avec violence sur la table qui le séparait de la reine, s'écria : « Princesse , n'ayez "pas peur : le peuple ne veut pas attenter à vos jours. Je vous le dis en son nom. — G' n'est pas d'après vous que je veux juger le peuple français; c'est d'après les braves que voilà, » répliqua-t-elle d'une voix ferme, en montrant les gardes nationaux. (> témoignage d'une confiance courageuse fit une vive impression sur ceux qui en étaient l'objet. L'un d'eux saisit la main de la reine et la baisa respectueusement. Peu s'en fallut que la multitude n'applaudit.

Plusieurs membres de l'assemblée parviennent jusque dans les appartements et essaient de mettre fin au désordre. Le maire lui-même, Pétion , finit par se présenter au roi, en disant : « Sire, je viens d'appreudre à l'instant

' Mémoires de Hue, page -J!) t.

ce qui se passe. — Cela m'étonne, répond le roi; car voilà plus de trois heures que cela dure. « Pétion monte sur une banquette et harangue les assistants : « Citoyens, retirez-vous! dit-il : ne donnez pas occasion aux ennemis du bien de calomnier votre patriotisme. »

Enfin madame Elisabeth put accourir dans la salle où se tenait la reine, et se jeter dans ses bras : « Tout va bien! tout va bien! dit-elle : le roi est sauvé. » Effectivement le château était délivré; les assassins venaient de reculer pour la dernière fois devant la sainteté de leur victime ' .

On ne pouvait regarder la journée du 20 juin comme l'effet d'une simple effervescence populaire. Les auteurs de cet attentat ne cessaient de s'agiter ; et voyant toujours leurs poignards s'émousser contre la poitrine

- a Une des circonstances de la journée du 20 juin, qui avait le plus affligé les amis du roi , dit M. de Moleville , étant celle du bonnet rouge resté sur sa téte pendant prés de trois heures , je me permis de lui demander quelques éclaircissements sur ce fait qui contrastait si fort avec l'intrépidité et le courage extraordinaire que sa majesté avait montrés dans cette horrible journée. Voici sa réponse : a Les cris de : rive la nation ! augmentant avec violence autour de moi, et paraissant mètre adressés , je répondis que la nation n'avait pas de meilleur ami que moi. Alors un homme de mauvaise mine, perçant la foule , s'avança jusqu'à moi , et me dit sur un ton assez gros^U r : — Eh bien ! si vous dites vrai , prouvez-le-nous , en mettant un bonnet rouge. — J'y consens , répondis-je. — Aussitôt , un ou deux de ces gens-là s'avancèrent.

découverte de Louis XVI, ils se répandirent dans les clubs, dans les carrefours, dans les bureaux de pétitions, en criant : « A la trahison ! à la déchéance du roi ! m Le dauphin, apercevant encore tant de mouvements tumultueux, disait à la reine : « Ah! maman, est-ce qu'aujourd'hui, c'est encore hier? » Pauvre mère! vous deviez répondre : « Hier ne finira qu'avec ta vie! »

Madame Elisabeth n'oublia pas les alarmes de ses amies ; elle écrivait à madame de Raigecour.

3 juillet I7W.

« Le département avait donné ordre de repousser la force par la force; mais la municipalité n'en a pas tenu compte. Nous étions dans ce moment à la fenêtre du roi ; le peu de personnes qui étaient chez son valet de

et placèrent ce bonnet sur mes cheveux , car il était trop petit pour que ma tête pût y entrer. J'étais convaincu , je ne sais pourquoi , que leur intention était seulement de poser ce bonnet un moment sur ma tête , et de le retirer; et j'étais si préoccupé de ce qui se passait sous mes yeux, que je ne sentis pas si ce bonnet était ou n'était pas resté sur mes cheveux. Je le sentais si peu que , rentré dans ma chambre , je ne m'aperçus que je l'avais encore que parce qu'on m'en avertit*. Je (us très-étonné de le trouver sur ma tête, et j'en fus d'autant plus lâché que j'aurais pu l'ôter sur-le-champ sans la moindre difficulté **.

* C'est madame U priuceeae de Tare nie qui avertit le roi. " Mémoires d« MotevUle. tome II. pag* 18.

chambre vinrent nous rejoindre ; on ferma les portes. Un moment après, nous entendons cogner : c'était Àcloque et quelques volontaires qu'il amenait; il demanda au roi de se montrer seul. Le roi passe dans sa première antichambre; là M. d'Hervilly vint le joindre, avec encore trois ou quatre grenadiers qu'il avait engagés à venir avec lui. Au moment où le roi passait dans son antichambre, les gens attachés à la reine la firent passer de force chez son fils. Plus heureuse qu'elle , je ne trouvai personne qui m'arrachât d'auprès du roi. »

Après avoir parlé des périls de tout le monde, excepté des siens , madame Elisabeth ajoute :

« Je sortis environ une heure avant le roi ; je rejoignis la reine , et vous jugez avec quel plaisir je l'embrassai ; j'avais pourtant ignoré les risques qu'elle avait courus. Le roi rentré dans sa chambre , rien ne fut plus touchant que le moment où la reine et ses enfants se jetèrent à son cou; les députés qui étaient là fondaient en larmes. Les députations se renouvelèrent de demi-heure en demiheure , jusqu'à ce que le calme fut rétabli totalement. On leur montra les violences qui avaient été commises. Ils furent très-bien dans l'appartement du roi , lequel fut parfait pour eux. A dix heures, le château était vide, et chacun se retira chez soi. >»

A la même date, elle écrivait à Rome, à M . l'abbé R. . .

->:•« loi is xvi.

<« L'avenir par«iil un gouffre d'où I on ne peut «ortir que par un miracle de la Providence, et le méritons-nous ? A cette demande , on sent tout le courage manquer. Entraînée par le tourbillon du malheur, je ne m'occupais pas de demander à Dieu les grâces dont nous avons besoin. Je in appuyais sur les secours humains, et j'étais plus coupable qu'un autre ; car qui , plus que moi , est l'enfant de la Providence ?

« Vous devez recevoir bientôt une lettre de moi, qui est une vraie jérémiade. Il semblait, à mon style, que je prévoyais ce qui a suivi (le 20 juin). Je ne veux pas, Monsieur, que vous croyiez que c'est là mon état habituel. Non, Dieu me fait la grâce d'être tout autre; mais par moments le cœur a besoin de se laisser aller à parler des affections qui l'occupent ; il semble qu'en donnant un peu de relâche aux nerfs , ils n'en prennent que plu 8 de force. Plus sensible qu'un autre , vous devez connaître ce besoin. Depuis l'affreuse journée du 20, nous sommes tranquilles ; mais nous n'en avons pas moins besoin des prières des saintes âmes. Que ceux qui , à l'abri de l'orage , n'en ressentent , pour ainsi dire , que le contre-coup, élèvent leurs cœurs vers Dieu. Oui , Dieu ne leur a donné la grâce de vivre dans le calme que pour qu'ils fassent cet usage de leur liberté. Ceuxcontrequi l'orage gronde éprouvent parfois de telles secousses , qu'il est difficile de savoir et de pratiquer cette grande ressource, celle de la prière. Heureux le cœur de celui qui peut sentir, dans les plus

grandes agitations de ce monde, que Dieu est encore avec lui ! Heureux les saint* qui , percé* de coups, n'en louent pas moins Dieu, à chaque instant du jour! Demandez cette grâce , Monsieur, pour ceux qui sont faible* et peu fidèles comme moi. Ce sera une vraie œuvre de charité que vous exercerez. »

Infatigable dans sa confiance en la nation , le roi voulut encore une fois en appeler à elle , et lui adressa la proclamation suivante, contre-signée par M. Terrier de Montciel , alors ministre de l'intérieur.

« Les Français n'auront pas appris sans douleur qu'une multitude égarée par quelques factieux est venue , à main armée, dans l'habitation du roi, a traîné du canon jusque dans la salle des gardes , a enfoncé les portes de son appartement à coups de hache , et là, abusant audacieusement du nom de la nation, a tenté d'obtenir par la force la sanction que Sa Majesté a constitutionnel lement refusée à deux décrets. Le roi n'a opposé aux insultes et aux menaces des factieux , que sa conscience et son amour pour le bien public.

« Le roi ignore quel sera le terme où ils voudront s'arrêter; mais il a besoin de dire à la nation française que la violence, à quelque excès qu'on veuille la porter, ne lui arrachera jamais un consentement à tout ce qu'il croira contraire à l'intérêt public.

« Si ceux qui veulent renverser la monarchie ont besoin d'un crime de plus, ils peuvent le commettre. Dans l'état de crise où elle se trouve, le roi donnera , jusqu'au dernier moment, à toutes les autorités constituées, l'exemple du courage et de la fermeté , qui seuls peuvent sauver l'empire. En conséquence, il ordonne à tous les corps administratifs et municipalités de veiller à la sûreté des personnes et des propriétés.

« Fait à Paris, ce 22 juin 1792, l'an IV de la liberté.

« Signe, LOUIS, « Et plus bas : Terrier. »

dette proclamation , répandue dans toute la France , fit éclater les symptômes d'une réaction favorable. Elle interpellait hautement la faction jacobine , et réclamait le concours du peuple. Le peuple s'émut à cet appel; toui ce qui n'était pas jacobin ou orléaniste s'associa pour présenter une dénonciation à l'assemblée contre la municipalité. Cette pétition s'appela la pétition des vingt mille ; une autre adresse , revêtue du même nombre de signatures, fut présentée par la ville de Rouen. Presque tous les départements unirent leur voix à'ce cri énergique de réprobation, et le 28 juin le général La Fayette se présenta lui-même à la barre de l'assemblée.

Quelque insuffisant que fût M. de La Fayette, la pré-

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