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sence d'un général , fort de la sympathie de ses soldats, annonçait un grave événement. Cette démarche offrait un point de ralliement à tous les partisans de la constitution, aux amis de la monarchie , et à tous ceux que l'aveuglement ou la peur avaient entraînés au delà de leurs projets. L'esprit de réaction se faisait jour de toutes parts, se soulevait et n'attendait qu'un signal; ce signal , M. de La Fayette ne devait pas l'attendre , mais le donner. On le lui demanda en vain : M. de La Fayette craignait le renversement de la constitution , son ouvrage et la garantie de son existence ; il craignait de remettre Louis XVI trop haut sur son trône, dans la secousse qui aurait relevé la monarchie: il voulait repousser les jacobins , et ne voulait pas ramener les émigrés. Il taisait enfin ce que ne Fit pas César quand il confia sa fortune à une barque; il 'hésitait, et, au bout de quarante-huit heures, il regagna l'armée, passa bientôt la frontière, et alla s*» jeter dans les prisons de l'Autriche.
Sous le coup de cette dernière déception , les amis de la constitution et du roi , qui avaient confondu leurs espérances , confondirent leur découragement, et la France retomba plus asservie que jamais. De leur côté , les entrepreneurs de la révolution sentirent qu'il n'y avait pas de temps à perdre. Le manifeste du duc de Brunswick avait paru ; les troupes du roi de Prusse semblaient se mettre en marche , et il fallait réparer promptement les mécomptes du 6 octobre et du 20 juin. Les amis de Louis XVI
n'apercevaient plus d'autre moyen de salut qu'une nouvelle évasion.
MM. Bertrand de Molcville, de Monlmorin et Malouet n'avaient pas cessé de communiquer ou de correspondre avec le roi. Dès le 21 juin , M. de Moleville s'était rendu aux Tuileries, et lorsqu'il félicitaLouisXVId'avoiréchappé aux dangers de la veille , ce prince répondit : « C'est uniquement pour la reine et pour ma sœur que j'ai eu de l'inquiétude. Pour moi , il est assez égal d'être assassiné leux mois plus tôt ou deux mois plus tard. » Comme M. de Molcville insistait pour lui conseiller des mesures de salut , Louis XVI répliqua : « Il y aurait beaucoup de chances contre, je ne suis pas heureux. — Votre Majesté pense-t-elle , dit M. de Moleville, que si elle était assassinée, sa famille serait plus en sûreté? — Oui , je le crois, je l'espère au moins , et s'il en arrivait autrement , je n'aurais pas à me reprocher d'en être la cause. D'ailleurs, que pourrais-je faire ? — Je crois que Votre Majesté pourrait sortir de Paris. La journée d'hier n'a que trop prouvé que ses jours ne sont pas en sûreté dans la capitale. — Oh I je ne veux pas fuir une seconde fois , je m'en suis trop mal trouvé. — Je demande pourtant à Votre Majesté de réfléchir et de lui faire part de mes idées. — A la bonne heure; mais c'est plus difficile que vous ne croyez. »
M. de Moleville se hâta de rédiger un plan.
Le roi le lui renvoya deux jours après lavoir reçu , et écrivit : « J'approuve le plan , mai» l'exécution me parait très-difficile. Vous me proposerez les moyens pour le premier article et pour le quatrième. » Ces deux articles concernaient plus spécialement les moyen» de quitter Paris.
Madame de Staël proposa un plan concerté avec M. de Narbonne. Il offrait [jeu de garanties, et fut à peine examiné.
On observait la plus stricte surveillance à l'égard de la famille royale, et la reine, partageant l'opinion de Louis XVI, regardait les obstacles comme insurmontables. Elle-même s'exprimait ainsi ' : « Comment peuton songer à notre mite à l'armée? Qui la favorisera? Les gardes nationaux bien pensants sont des chefs de maison qui nous donneront ici des preuves de dévouement , mais qui ne voudront pas faire le métier de soldats. Ceux des Filles-Saint-Thomas . qui montrent ici le plus de résolution , voudraient-ils faire un pareil service ':' Nous ne réunirons pas deux cents personnes aux neuf cents Suisses sur lesquels nous pouvons compter. Une telle force peutelle être suffisante pour nous protéger dans une marche harcelée par cent mille furieux que Paris vomira à notre poursuite? Ne voit-on pas ensuite que les bataillons de
' Ik'aulieu : Hittoirt de Ut Révolution, tome II, pape 93.
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la farcie nationale de Paris nous regardent comme des otages , tant contre l'étranger que contre tout parti royaliste; ils se battront plutôt pour empêcher notre sortie que pour la protéger. Dans tous les cas, quel en serait le résultat? Un décret de déchéance applaudi par l'armée elle-même ; elle a bien applaudi à notre arrestation à Varennes , quoique elle eût alors un bon nombre d'officier» qui nous étaient dévoués , et aujourd'hui il n'y en a plus. Dumouriez dira que nous avons fui Paris parce que nous sommes d'accord avec l'étranger pour faire périr l'armée ainsi que l'assemblée, et elle proclamera le duc d'Orléans lieutenant général du royaume , si la république ne prévaut pas aussitôt. Autant vaut Vaffronter ici, en cherchant à nous rallier ceux qui ont quelque chose à perdre.
« Quant à M. de La Fayette, ajoutait la reine, on aurait pu se jeter dans ses bras ; mais depuis qu'il est venu ici guérir l'assemblée de la peur que lui avait faite l'adresse de son armée , il n'y a plus rien à espérer de lui. »
Cependant le plan de MM. de Moleville et Malouet fixait l'attention du roi , et semblait lui inspirer quelque confiance. « Le roi se refusait formellement à s'éloigner de Paris de. plus de vingt lieues , dit M. de Moleville , parce que c'était la distance fixée par la constitution. Ainsi, dan» un plan d'évasion il ne fallait pas moins consulter ses
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scrupules que sa sûreté \ » Le château de Gaillon en Normandie, situé à la distance constitutionnelle, semblait réunir toutes les conditions. Le roi gardait toujours le souvenir de l'accueil qu'il avait reçu dans cette province; le duc de Liancourt offrait sa fortune, il tenait toute prête une somme de 900,000 francs.
Mais les jacobins et le duc d'Orléans ne se laissèrent pas devancer; ils se réunissaient journellement au Palais- Royal, et tinrent un dernier conseil dans une maison du village de Cbarenton. L'insurrection y fut décidée pour le 40 août. Danton, Marat, Westermann , Camille Desmoulins , se partagent les commandements. Le roi est averti et compte sur quelques moyens de défense. M. de Mandat , ancien officier aux gardes françaises , commandant de la garde nationale , avait obtenu non sans peine du maire Pétion l'ordre signé de repousser la force par la force. Mais Danton, Tallien, Billaud-Varennes et Collot d'Herbois s'emparent de l'autorité municipale , et appellent Mandat à l'Hôtel-de-Ville. A peine entré , il reçoit un coup de pistolet dans la téte ; l'ordre de résistance est anéanti et le cadavre jeté à la Seine. Ce meurtre, qui ne pouvait laisser aucun doute sur la résolution des factieux, déconcerte toutes les mesures prises pour la défense du château , jette l'incertitude et la consternation dans les bataillons fidèles. Des bandes, armées de piques, profitent
' Mémoire» de Bertrand de Moleville, tome H. page 93.
du désordre pour s'introduire dans les cours et se glisser parmi les rangs qu'ils désorganisent ou ébranlent , tandis que l'insurrection s'avance en colonnes serrées avec son artillerie
Le roi veut passer en revue les différents corps qui s'étaient réunis aux Tuileries. Les clameurs les plus sinistres se mêlent en grand nombre aux cris de vive le roi poussés avec fermeté par les Suisses, quelques gardes nationaux, et quelques gentilhommes accourus pour mourir l'épée à la main. La reine avait parcouru leurs rangs à côté du roi. Mais Louis XVI, qui avait vu s'anéantir une à une toutes ses illusions, ne montrait qu'un visage morne et abattu. Le péril ne le troublait pas, il l'avait bien prouvé; mais il comprenait les nécessités de sa position, sans pouvoir s'y résoudre. Arrivé au terme extrême de la voie qu'il avait suivie par préférence et avec obstinntion, il fléchissait sous l'évidente obligation de prendre une route nouvelle, de combattre la violence par l'énergie, d'accepter enfin l'effusion du sang.
Rentré au château, il assemble un conseil, et délibérait tristement sur les moyens de défense, lorsque le procureur général de la commune, Rœderer, entre précipitamment : « Sire, dit-il avec épouvante, Votre Majesté n'a pas une minute à perdre; il n'y a plus de sûreté pour elle que dans l'assemblée; l'opinion du département est qu'il faut s'y rendre sans délai. Vous n'avez pas dans les
cours un nombre d'hommes suffisant pour la défense du château ; leur volonté n'est pas non plus bien disposée. Les canonnière , à la seule recommandation de la défensive, ont déchargé leurs canons. — Que dites-vous, reprit la reine ; vous nous proposez de chercher un refiige parmi nos plus cruels ennemis? J'aimerais mieux être clouée à ces murailles. — Madame, voulez-vous aussi y faire massacrer le roi, vos enfants et vos serviteurs? — Mais, monsieur, avons-nous perdu toute espérance î — Hélas ! madame, dans l'état présent des choses, toute défense est impossible. »
Pendant ce fatal et solennel dialogue, Louis XVI tenait l'œil constamment fixé sur Rœdcrer, puis se levant tout à coup, il dit : « Marchons 1 donnons encore à mon peuple cette dernière marque de dévouement. » La reine frémit, madame Elisabeth dit : « Monsieur Rœderer, vous répondez de la vie du roi. »
Il était un peu plus de six heures du matin, lorsque Louis XVI quitta les Tuileries ; il tenait madame Elisabeth par le bras; la reine donnait la main à ses deux enfants, mais un grenadier s'empara brusquement du dauphin et le porta, en disant : « N'ayez pas peur. » Les membres de l'Assemblée venus au-devant du roi avaient peine à lui frayer un passage ; on n'entendait sortir de la foule que des injures et des menaces. Louis XVI ne put
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retenir quelques larmes. «Qu'ai -je donc fait à mon peuple ! » dit-il.
Arrivé dans rassemblée, il dit : « Messieurs, je viens pour éviter un grand crime, et je pense que je ne puis être plus en sûreté qu'au milieu des représentants de la nation. »
— Sire, répondit le président Vergniaux , rassemblée connaît ses devoirs; elle a juré de mourir à son poste, en maintenant les droits du peuple et ceux des autorités constituées. »
La présence du roi, la dignité de son maintien, la simplicité de son langage et l'accent de sa voix, ne manquèrent jamais de produire une sensation favorable en quelque circonstance qu'il se soit montré, et, en ce moment même où la royauté vaincue semble demander grâce à ses plus implacables ennemis, un mouvement de profond respect s'empara des cœurs qui se croyaient les plus endurcis. L'ex-capucin Chabot comprend aussitôt la portée de cet entraînement, et rappelle à l'assemblée que la constitution lui défend de délibérer en présence du roi; il obtient qu'on le fasse sortir de l'enceinte. La famille royale avait pris place sur le banc des ministres; on la relègue dans la loge des rédacteurs du journal le Logogropke.
(lette loge était un réduit de six pieds carrés. Les srr-
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viteurs qui ne s'étaient pas séparés du roi, MM. de Poix, de Choiseul, Du Bouchage, de Sainte-Croix, de Saint- Priest, arrachèrent un petit grillage en bois qui séparait le roi de rassemblée, et se placèrent en sentinelle dans le corridor par lequel les factieux pouvaient pénétrer.
Cependant le peuple veut forcer le château, et vers neuf heures l'attaque commence ; on riposte de l'intérieur des appartements, et le Carrousel répond par une décharge d'artillerie.
Au bruit de cette décharge, le roi s'éoria : « Hélas ! j'avais défendu de tirer. » On lui demande de renouveler cet ordre : « Hâtez-vous! hâtez-vous! s'écrie Louis XVI, en l'envoyant par le baron de Durler, officier suisse; soyons du moins les seules victimes de tout ceci. » Le roi croyait encore sauver le petit nombre de ses défenseurs.
Les assaillants, étonnés d'une première résistance, s'étaient repliés derrière les maisons, et après avoir reformé leurs bataillons, revenaient à la charge avec plus de fureur. Le combat n'était plus qu'un immense massacre; la rage des égorgeurs s'assouvissait encore sur les cadavres; enfin ils appelèrent l'incendie à leur aide, et mirent le feu aux bâtiments environnants.
L'assemblée, tranquille spectatrice de tant de crimes, ne sortit de son impassibilité qu<« pour les consacrer.
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Vergniaux, organe de la commission extraordinaire, composée en grande partie de députés de la Gironde, monte à la tribune : « La mesure, dit-il, que je vais vous proposer est bien rigoureuse ; mais je m'en rapporte à la douleur qui vous pénètre, pour juger combien il importe au salut de la patrie que vous l'adoptiez sans délai. »» Aussitôt il proposa et fit décréter, rous les yeux du roi. qu'une convention nationale serait convoquée ; qu'en attendant, le chef du pouvoir exécutif serait provisoirement suspendu.
Cette motion adoptée, rassemblée ordonna qu'une analyse de son décret serait publiée et affichée dans tous les carrefours de la capitale. Ces affiches portaient : « Le roi est suspendu ; sa famille et lui restent en otages. Le ministère actuel n'a plus la confiance delà nation ; l'assemblée va procéder à le remplacer. La liste civile est supprimée. »
En même temps , le roi et la famille royale furent détenus dans l'ancien couvent des Feuillants , en attendant qu'on eût fixé le lieu définitif de leur captivité. On leur assigna le logement de l'architecte de la salle des séances, qui consistait en quatre cellules communiquant les unes aux autres.
Une garde nombreuse veillait à toutes les issues du corridor; personne ne pouvait, même pour le service, passer sans être arrêté et questionné . La première nuit.
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MM. de Tourzel et d'Aubier veillèrent auprès du roi. Le lendemain, M. d'Aubier parcourut Pari», afin de lui rendre compte de l'état des habitants, lui apprendre le nombre et le nom des victimes. Mais les services de la fidélité importunaient l'assemblée. Elle ordonna qu'on isolât le roi , alléguant que la présence de plusieurs personnes suspectes pouvait servir de prétexte à de nouveaux malheurs. En recevant signification de cet arrêté, Louis XVI dit : « Charles Fr ne fut pas aussi malheureux que nous. »
Linge , vêtement , tout manquait à la famille royale. Il fallut que l'ambassadrice d'Angleterre, la comtesse Sutherland, fût informée de ce dénûment , et que le cour d'une étrangère fiât ému de compassion pour que la reine de France pût changer d'habit. La comtesse Sutherland avait un fils du même âge que M. le dauphin, et elle envoya aussi tout ce qu'elle crut nécessaire à l'usage du jeune prince.
Une commission avait été nommée pour préparer la décision de l'assemblée sur la demeure qu'on devait assigner au roi. On proposait de l'enfermer dans le Luxembourg ou à l'hôtel de la Chancellerie; mais on trouvait ces deux résidences trop somptueuses. La commune de Paris, qui prenait la famille royale sous sa responsabilité, indiqua le Temple, et son avis prévalut. Depuis qu'il faisait des prisonniers, le peuple regrettait la Bastille.