‹ Louis XVIChapitre 38 sur 53 · LIVRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE XI

Quant vint le jour qu'il trespassa fCharles-le hfi reqwst la couronne d'espines de Notre-Seigneur, par l'évesque de Pans lui fut apportée; et aussi par l'abbé de Saint-Denis, la couronne du sacre des ras; celle d'espines receupt à grand dévotion, larmes et révérence, et hautement la fit mettre devant sa face, celle du sacre fît mettre sous ses pieds, adrat commença oraison à la sainte couronne.

Après tourna ses parolles à la couronne du sacre et dist : 0 couronne de France, que tu es précieuse, et prédeusement trèsville] précieuse, considéré le mistère de justice lequel en toy tu contiens et portes vigoureusement; mais ville et plus ville de toutes choses considérez le faiz, labeur, angoisses, tourments et peines de cœur, de corps, de conscience et périlz d'âme, que tu donnes à ceux qui te portent sur leurs épaules; et qui bien à ces choses viserait, plus tôt te laisserait en la boue gésir qu'il ne le relèverait pour meitre sus son chief.

Christine de Viean

Louis XVI descendit de voiture dans la cour des Feuillants. Santerre le précédait et l'introduisit dans la salle de la convention. Barrère occupait le fauteuil de président. Le roi s'assit à la barre de l'assemblée, le président lui adressa ces mots : « Louis, la nation française vous accuse. La convention nationale a décrété, le 3 décembre, que vous seriez jugé par elle , et le 6 , que vous seriez

traduit a sa l»;mv. On va vous lire l'acte énonciatif des délits <|iii vous sont imputés. »

Apres la lecture de l'acte d'accusation , le président interpella Louis XVI sur chaque article. Aucune des questions n'avait été communiquée au roi. Il y répondit, surle-champ, avec la plus grande précision. Cet interrogatoire , très-long et très-diffus, ne présente que quelques lissages remarquables.

Demande. - Vous êtes accusé d'avoir attenté à la souveraineté du peuple, le 20 juin 1789.

Le roi. — Aucune loi ne me défendait alors de faire ce que je fis à cette époque.

Dkmandk. — Le 14 juillet 4789, la veille de la prise de la Bastille , vous avez fait marcher des troupes contre Paris; vous avez fait répandre le sang des citoyens.

Le roi. — J'étais le maître de faire marcher des troupes où je voulais. Jamais mon intention n'a été de faire couler le sang.

Dbmandr. — Vous avez longtemps éludé de faire exécuter les décrets du 4 août. Vous avez permis que , dans des orgies faites sous vos yeux , la cocarde tricolore ail été foulée aux pieds.

'-OUÏS XVI. r,s,

Le boi. — J'ai fiait les observations que j'ai crues justes et nécessaires sur les décrets qui m'ont été présentés. Le fait est faux pour la cocarde; jamais il ne s'est passe devant moi.

Demande. — Vous avez répandu de l'argent parmi les ouvriers du faubourg Saint-Antoine , pour les mettre dans votre parti.

Le roi . — Je n'avais pas de plus grand plaisir que celui de donner à ceux qui avaient besoin ; il n'y avait rien en cela qui tint à quelque projet.

Demande. — Vous avez feint une indisposition pour aller à Saim-Cloud ou à Rambouillet, sou* le prétexte de rétablir votre santé.

Lb roi. — Cette accusation est absurde.

Demande. — Le 17 juillet, vous avez fiait verser le sang des citoyens au Champ-de-Mars.

Le roi — Ce qui s'est passé le 4 7 juillet ne peut m ètre imputé.

Demande. — Vous avez payé vos gardes du corps à Coblentz ; les registres de Septeuilen font foi.

Le roi. — Dès que j'ai su que les gardes du corps se formaient de l'autre coté du Rhin , j'ai défendu qu'ils reçussent aucun paiement.

Demande. — Vous vous êtes tu sur le traité de Pilnitz , par lequel des rois étrangers s'étaient engagé» à rétablir en France la monarchie absolue.

Le roi. — Je l'ai fait connaître sitôt qu'il est venu a ma connaissance. Au reste , c'est une affaire qui, d'après la constitution , regarde les ministres.

Demande — Vous avez fait couler le sang au 40 août.

Le roi. — Non, monsieur; ce n'est pas moi!

Le roi prononça ces mots avec une si véhémente indignation, que l'accusation retomba tout entière sur lesaccusateurs; plusieurs donnèrent des signes visibles d'émotion, presque tous baissèrent les yeux encore une fois devant Louis XVI.

A la fin de cette séance , le roi déclara à la convention qu'il désirait défendre sa mémoire devant la postérité , et qu'il demandait des défenseurs . A six heures et demie , il fut reconduit au Temple.

Le lendemain 12 décembre , en apercevant les municipaux , Louis XVï s'informa s'il lui était permis de voir

sa Famille. On lui répondit qu'on attendait les ordres de la commune.

Le même jour, une députation , composée de quatre membres de la convention , Thuriot , Cambacérès , Dubois Crancé et Dupont de Bigorre , apporta le décret qui autorisait le roi à prendre un conseil. Le roi déclara qu'il choisissait M. Target, avocat, l'un des principaux rédacteurs delà constitution , et à son défaut, M. Tronchet. Le 43, la même députation revint au Temple, et apprit au roi le refus de M. Target. On avait envoyé chercher M. Tronchet à la campagne, et on l'attendait dans la journée. On lui donna ensuite lecture de plusieurs lettres adressées à la convention et qui toutes sollicitaient l'honneur de se charger de sa défense. A MM. Sourdat, H net, Guillaume, membres de l'ancienne magistrature, se joignirent MM. Necker, Cazalès' et Lally-Tollendal. La lettre de M. Lamoignon de Malesherbes était ainsi conçue :

Pari». «I décembre 1792.

« Citoyen président ,

« J'ignore si la convention donnera à Louis XVI un conseil pour le défendre, et si elle lui en laisse le choix; dans ce cas-là , je désire que Louis XVI sache que , s'il me

Voir les pièces justificatives, h° IV.

choisit pour cette fonction , je suis prêt à m'y dévouer Je ne vous demande pas de faire part à la convention de mon offre , car je suis bien éloigné de me croire un personnage assez important pour qu'elle s'occupe de moi; mais j'ai été appelé deux fois au conseil de celui qui fut mon maître , dans le temps que cette fonction était ambitionnée par tout le monde. Je lui dois le même service, lorsque c'est une fonction que bien des gens trouvent dangereuse. Si je connaissais un moyen possible pour lui faire connaître mes dispositions, je ne prendrais pas la liberté de m'adresser à vous. J'ai pensé que, dans la place que vous occupez, vous aurez plus de moyens que personne pour lui faire passer cet avis.

« Lamoignon de Malesherbes. >»

Louis XVI répondit à la députât ion : «Je suis sensible aux offres que me font les personnes qui demandent à me servir de conseil , et je vous prie de leur en témoigner ma reconnaissance. J'accepte M. de Malesherbes pour mon conseil. Si M. Tronchet ne peut me prêter ses services, je me concerterai avec M. de Malesherbes pour en choisir un autre. »

Le 44 décembre, M. Tronchet conféra avec le roi, et le même jour M. de Malesherbes fut introduit au Temple. Louis XVI courut au devant du vieillard , et le serra dans ses bras : «Ahîc'est vous, mon ami, dit-il, baigné de larmes; vous venez m'aider. vous ne craignez pas d'ex-

LOIIS XVI. 38*

poser votre vie pour sauver la mienne. — Non, sire, je n'expose pas ma vie , et j'ose même croire que celle de Votre Majesté ne court aucun danger.— Si, si ! mon ami, ils me feront périr, mais n'importe , ce sera gagner ma cause que de laisser une mémoire sans tache. »»

L'âge de M. de Malesherbes lui laissait peu de forces pour porter lui-même la parole, il songea à s'adjoindre M. de Sèze, jeune avocat, alors dans tout l'éclat d'une brillante réputation.

M. de Malesherbes , préservé par la noblesse de son caractère , n'avait pas suivi , dans tous ses égarements , la secte philosophique à laquelle il appartenait. C'était un homme qui, selon l'expression de temps plus anciens, portait les fleurs de lis gravées bien avant dans le cœur. Louis XVI avait plus d'une fois tenté de le ramener à la vérité religieuse. Aujourd'hui même , oubliant le droit si cruellement acheté de ne penser qu'à lui , il tenta encore un pieux effort auprès de son serviteur; il lui dit dans ce premier entretien : « Ma sœur m'a donné depuis longtemps le nom et la demeure d'un prêtre non assermenté qui pourrait m'assister dans mes derniers moments ; allez le voir de ma part ; disposez-le à m'accorde r ses secours. C'est une étrange commission pour un philosophe, n'est-ce pas? Ah! mon ami, comhicn je vous souhaiterais de penser comme moi! je vous le répète, la religion instruit et console tout autrement que la philo-

r,9» LOUIS XVI.

sophie. — Cette commission n a encore rien de pressant , répondit M. de Malesherbes. — Rien ne Test davantage pour moi, « reprit Louis XVI.

Le 15, le roi reçut une réponse relative à sa réunion avec sa famille. Le décret portait que la reine et madame Elisabeth ne communiqueraient pas avec le roi ; que ses .enfants viendraient près de lui , s'il le désirait, mais à condition qu'ils ne pourraient plus voir leur mère ni leur tante durant le procès.

« Vous voyez, dit Louis XVI à Cléry, l'alternative où ils me placent; je ne pourrai me résoudre à garder mes enfants avec moi. Je sens tout le chagrin que la reine en éprouverait, il faut consentir à ce nouveau sacrifice. »

Le 46, on vint lui présenter les pièces relatives à son procès, pièces pour la plupart trouvées aux Tuileries, dans une armoire nommée alors armoire de fer. Après la lecture de chacune , le conventionnel Valazé demandait au roi : « Reconnaissez-vous cela? » Il répondait oui ou non, sans autre explication.

De ce jour jusqu'au 26 décembre , le roi vit régulièrement ses conseils ; ils venaient à cinq heures du soir, et se reliraientà neuf. « Depuis deux jours, dit Louis XVI, je suis occupé à chercher si j'ai , dans le cours de mon règne, pu mériter de mes sujets le plus léger reproche. Eh

bien ! monsieur de Malesherbes, je vous le jure dans toute la sincérité de mon coeur, comme un homme qui va paraître devant Dieu , j'ai constamment voulu le bonheur de mon peuple , et n'ai pas formé un seul vœu qui lui fut contraire.»

Dans l'un de ces entretiens, M. de Malesherbes, conservant toujours l'espoir d'un simple bannissement , demanda à Louis XVI dans quel pays il se retirerait. — En Suisse, répondit-il sans hésiter. — Si, rendu à lui-même, le peuple français vous rappelait, poursuivit M. de Malesherbes, Votre Majesté voudrait-elle revenir ? — « Par goût, non; par devoir, oui. Mais dans ce dernier cas, je mettrais à mon retour deux conditions : l'une , que la religion catholique continuerait , sans néanmoins exclure les autres cultes , d'être la religion de l'état; l'autre que la banqueroute, si elle est inévitable, serait déclarée par le pouvoir usurpateur : c'est lui qui l'a rendue nécessaire , c'est à lui d'en subir la honte. »

M. de Malesherbes comptait aussi sur un mouvement favorable , au sein même de Paris , et avoua au roi qu'il avait reçu les confidences de quelques fidèles sujets. — « Tâchez de les revoir , répondit vivement Louis XVI, et déclarez-leur que je les remercie du zèle qu'ils me témoignent ; toute tentative exposerait leurs jours et ne sauverait pas les miens. Quand l'usage de la force pouvait me conserverie trône et la vie, j'ai refusé de m'en servir.

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