‹ Louis XVIChapitre 39 sur 53 · VJ · texte numérisé non relu

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Youdrais-je aujourd'hui faire couler pour moi le sang français ! J'ai médité, presque toute ma vie, la fatale histoire de Charles I, r , et je ne metsuis jamais accoutumé à l'idée d'un roi qui prend les armes contre ses sujets. »

M . de Malesherbes apportait régulièrement les journaux au Temple; un municipal lui dit un jour: «Comment vous, l'ami de Louis, osez- vous lui communiquer des écrits dans lesquels il est si habituellement maltraité? — Louis XVI n'est pas un homme comme les autres, >» répondit M. de Malesherbes.

Louis XVI se plaignait à ses défenseurs, de l'injustice des Français envers la reine, comme de son plus cruel sujet de peine. « S'ils savaient ce qu'elle vaut, disait-il; s'ils savaient à quel degré de perfection elle s'est élevée depuis nos infortunes , ils l'aimeraient , ils la vénéreraient. Pauvre femme, ajoutait-il douloureusement, mon mariage lui promit un trône , aujourd'hui quelle perspective lui offre-t-il?» Louis XVI, qui conservait toujours le plus grand calme en parlant de sa position, laissa plusieurs fois couler des larmes en faisant l'éloge de la reine.

S iuquiétaut aussi pour ses défenseurs de l'étendue et de la rapidité de leur travail , il leur disait souvent : « Me» amis, pourquoi vous exténuer de la sorte? ces fatigues,

fussent-elles utiles à ma cause, je vous les interdirais; mais je vous assure qu'elles seront infructueuses. »»

Quand M. de Sèze lui lut son plaidoyer, Louis XVI exigea qu'on supprimât la péroraison. « J'espère peu les persuader, dit-il; mais je ne veux pas les attendrir. » Malgré les plus vives instances, M. de Sèze fut obligé de consentir à ce sacrifice , et il ne prononça que ce qui est arrivé jusqu'à nous.

Cependant le roi devait paraître pour la seconde fois devant la convention ; il n'avait pu couper sa barbe depuis qu'on lui avait enlevé ses rasoirs , et il demanda à Cléry de se procurer des ciseaux, ne voulant pas en parler luimême à l'officier municipal. Cléry lui fit observer que s'il paraissait ainsi devant l'assemblée , le peuple verrait au moins avec quelle barbarie on agissait à son égard. « Non, non, dit Louis XVI, je ne veux pas chercher à intéresser sur mon sort. » Cléry fut donc obligé de s'adresser aux commissaires, et la commune décida que le lendemain le roi pourrait se servir de rasoirs en présence de deux municipaux.

Jetons encore un dernier regard sur ce caractère de Louis XVI, toujours fidèle à sa double nature de longanimité et de persévérance. On lui avait proposé d'abord de décliner le tribunal de la convention , et de sauver du moins, par une protestation ou par le silence, la majesté

«les rois; il s'y refusa; il voulut réfuter encore une fois les calomnies, et accepta l'humiliation de se justifier devant ceux qui lavaient condamné d'avance. Mais quand on lui propose d'attendrir ses ennemis par le spectacle de la souffrance , son âme se révolte , sa fierté s'indigne , parce qu'il ne s'agit que de sa vie. Planant déjà au-dessus des plus illustres préjugés, il mettait son humilité où l'on mettait sa gloire, et son orgueil où l'on espérait son salut.

Le 25 décembre , jour de Noël , Louis XVI écrivit son testament. Quel roi chrétien , jamais , aura , plus que lui . le droit de dire : Mon Dieu ! votre serviteur a trouvé son cœur pour vous adresser ces paroles ' .

Au nom de la très-sainte Trinité , du Père, du Fils, du Saint-Esprit, aujourd'hui, vingt-cinquième jour de décembre 4792 , moi , Louis XVI du nom , roi de France , étant , depuis plus de quatre mois, enfermé avec ma famille dans la tour du Temple à Paris , par ceux qui étaient mes sujets, et privé de toutes communications quelconques , même depuis le 4 0 du courant, avec ma famille ; de plus, implique dans un procès dont il est impossible

David.

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de prévoir l'issue , à cause des passion* (les hommes , et dont on ne trouve aucun prétexte ni moyen dans aucune loi existante, n'ayant que Dieu pour témoin de mes pensées, et auquel je puisse m'adresser ,

Je déclare ici , en sa présence , mes dernières volontés et mes sentiments.

Je laisse mon âme à Dieu , mon créateur ; je le prie de la recevoir dans sa miséricorde , de ne pas la juger d'après ses mérites, mais par ceux de Notre-Seigneur Jésus-Christ qui s'est offert en sacrifice à Dieu son père , pour nous autres hommes , quelque endurcis que nous fussions , et moi le premier.

Je meurs dans l'union de notre sainte mère l'Église catholique , apostolique et romaine , qui tient ses pouvoirs par une succession non interrompue de saint Pierre , auquel Jésus-Christ les avait confiés ; je crois fermement , et je confesse tout ce qui est contenu dans le symbole et les commandements de Dieu et de l'Eglise , les sacrements et les mystères , tels que l'Église catholique les enseigne et les a toujours enseignés; je n'ai jamais prétendu me rendre juge dans les différentes manière» d'expliquer les dogme* qui déchirent l'Église de Jésus-Christ, mais je m'en suis rapporté et m'en rapporterai toujours , si Dieu m'accorde la vio. aux décisions que les supérieurs ecclésiastiques , unis ;i In sainte Église catholique, donnent et donneront .

r»9»; LOUIS XVI.

conformément à la discipline de l'Eglise suivie depuis Jésus-Christ.

Je plains de tout mon cœur nos frères qui peuvent être dans Terreur, mais je ne prétends pas les juger, et je ne les aime pas moins tous en Jésus-Christ , suivant ce que la charité chrétienne nous enseigne , et je prie Dien de me pardonner tous mes péchés; j'ai cherché à les connaître scrupuleusement , à les détester et à m'humilier en sa présence; ne pouvant me servir du ministère d'un prêtre catholique , je prie Dieu de recevoir la confession que je lui en ai faite , et surtout le repentir profond que j'ai d'avoir mis mon nom (quoique cela fût contre ma volonté) à desactes qui peuvent être contraires à la discipline et à la croyance de l'Église catholique , à laquelle je suis toujours resté sincèrement uni de cœur. Je prie Dieu de recevoir la ferme résolution où je suis , s'il m'accorde la vie , de me servir , aussitôt que je le pourrai , du ministère d'un prêtre catholique pour m'accuser de tous mes péchés et recevoir le sacrement de pénitence.

Je prie tous ceux que je pourrais avoir offensés par inadvertance ( car je ne me rappelle pas d'avoir fait sciemment aucune offense à personne ) ou ceux à qui j'aurais pu avoir donné de mauvais exemples ou des scandales , de me pardonner le mal qu'ils croient que je peux leur avoir fait.

Je prie tous ceux qui ont de la charité , d'unir leurs prières aux miennes , pour obtenir de Dieu le pardon de mes pèches.

Je pardonne de tout mon cœur à ceux qui se sont faits mes ennemis , sans que je leur en aie donné aucun sujet, et je prie Dieu de leur pardonner , de même qu'à ceux qui , par un faux zèle ou par un zèle mal entendu , m'ont fait beaucoup de mal.

Je recommande à Dieu ma femme et mes enfants, ma sœur, mes tantes , mes frères , et tous ceux qui me sont attachés par les liens du sang ou par quelque autre manière que ce puisse être; je prie Dieu particulièrement de jeter des yeux de miséricorde sur ma femme , mes enfants et ma sœur, qui souffrent depuis longtemps avec moi; de les soutenir par sa grâce , s'ils viennent à me perdre , et tant qu'ils resteront dans ce monde périssable.

Je recommande mes enfants à ma femme ; je n'ai jamais douté de sa tendresse maternelle pour eux; je lui recommande surtout d'en faire de bons chrétiens et d'honnêtes hommes ; de ne leur faire regarder les grandeurs de ce monde-ci (s'ils sont condamnés à les éprouver) que comme des biens dangereux et périssables , et de tourner leurs regards vers la seule gloire solide et durable de l'éternité. Je prie ma sœur de vouloir bien continuer sa

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