‹ Louis XVIChapitre 40 sur 53 · L 1S Wl · texte numérisé non relu

L 1S Wl

tendresse à mes enfants, et de leur tenir lieu de mère, s'ils avaient le malheur de perdre la leur.

Je prie ma femme de me |>ardonner tous les maux qu'elle souffre pour moi, et le» chagrins que je pourrais lui avoir donnés dans le cours de notre union; comme ell»» peut être sur»' que je ne garde rien contre elle, si elle croyait avoir quelque chose à se reprocher.

Je recommande bien vivement à mes enfants, après ce qu'ils doivent a Dieu, qui doit marcher avant tout, de rester toujours unis entre eux , soumis et obéissants à leur mère , et reconnaissants de tous les soins et des peines qu'elle se donne pour eux , et en mémoire de moi. Je les prie de regarder ma sœur comme une seconde mère.

Je recommande à mon BU, s'il avait le malheur de devenir roi , de songer qu'il se doit tout entier au bonheur de ses concitoyens; qu'il doit oublier toutes les haines et tous les ressentiments , et nommément tout ce quia rapport aux malheurs et aux chagrins que j'éprouve; qu'il ne peut faire le bonheur des peuples qu'en régnant suivant les lois; mais en même temps qu'un roi ne peut se faire respecter et faire le bien qui est dans son cœur, qu'autant qu'il a l'autorité nécessaire, et qu'autrement étant lié dans ses opérations, et n'inspirant point de respect , il est plus nuisible qu'utile.

Je recommande à mon fils d'avoir soin de toutes les personnes qui m'étaient attachées , autant que les circonstances où il se trouvera lui en donneront les facultés ; de songer que c'est une dette sacrée que j'ai contractée envers les enfants ou les parents de ceux qui ont péri pour moi, et ensuite de ceux qui sont malheureux pour moi. Je sais qu'il y a plusieurs personnes de celles qui m'étaient attachées , qui ne se sont pas conduites envers moi comme elles le devaient, et qui ont même montré de l'ingratitude ; mais je leur pardonne (sou vent dans les moments de trouble et d'effervescence on n'est pas le maître de soi), et je prie mon fils , s'il en trouve l'occasion , de ne songer qu'à leur malheur.

Je voudrais pouvoir témoigner ici ma reconnaissance à ceux qui m'ont montré un attachement véritable et désintéressé; d'un côté, si j'étais sensiblement touché de l'ingratitude et de la déloyauté de ceux à qui je n'avais jamais témoigné que des bontés , à eux , à leurs parents ou amis; de l'autre, j'ai eu de la consolation à voir l'attachement et l'intérêt gratuit que beaucoup de personnes m'ont montré. Je les prie de recevoir mes remercîments.

Dans la situation où sont encore les choses , je craindrais de les compromettre si je parlais plus explicitement ; mais je recommande spécialement à mon fils de chercher les occasions de pouvoir les reconnaître.

Je croirais calomnier cependant les sentiments de la nation , si je ne recommandais ouvertement à mon fil* MM. de Chamilly et Hue , que leur véritable attachement pour moi avait portés à s'enfermer avec moi dans ce triste séjour, et qui ont pensé en être les malheureuses victimes. Je lui recommande aussi Cléry, des soins duquel j'ai eu tout lieu de me louer depuis qu'il est avec moi ; comme c'est lui qui est resté avec moi jusqu'à la fin, je prie MM. de la commune de lui remettre mes hardes, mes livres , ma montre , ma bourse , et les autres petits effets qui ont été déposés au conseil de la commune.

Je pardonne encore très- volontiers à ceux qui me gardaient, les mauvais traitements et les gênes dont ils ont cru devoir user envers moi. J'ai trouvé quelques âmes sensibles et compatissantes ; que celles-là jouissent dans leur cœur de la tranquillité que doit leur donner leur façon de penser.

Je prie MM. de Malesherbes, Tronchet et de Sèze, de recevoir ici tous mes remerciments et l'expression de ma sensibilité, pour tous les soins et les peines qu'ils se sont donnés pour moi.

Je finis en déclarant devant Dieu , et prêt à paraître devant lui , que je ne me reproche aucun des crimes qui sont avancés contre moi.

«< Kflit double à la Tour du Temple, le 25 décembre 1792.

« Signé : Louis •»

Le 26 décembre le roi fut conduit pour la seconde l'ois à la convention. Cléry en avait fait prévenir la reine, afin que le bruit des tambours et le mouvement des troupes ne l'effrayassent pas. Le roi partit à dix heures du matin, sous la surveillance de Chainbon et de Santcrre. On le fit attendre vingt-trois minutes dans une salle qui précédait la salle de l'assemblée. Louis XVI se promenait patiemment ; MM. de Malesherbes , Tronchet et de Sèze , le suivaient en causant avec lui ; ils employaient encore les mots de Sire et de Majesté. Treilhard, l'un des conventionnels, entra tout à coup, et s'écria : « Qui vous rend si hardis de prononcer ici des noms que la convention a proscrits ? — Mépris pour vous et mépris pour la vie! » répondit M. de Malesherbes.

Louis XVI , enfin introduit , s'assit entouré de ses trois défenseurs. M. de Sèze lut avec une entraînante énergie le discours qu'il avait à peine eu le temps de préparer Lorsqu'il eut fini de parler, Louis XVI se leva et prononça ces mots d'une voix pleine de fermeté :

« Pita» justificatives, n° V.

« Messieurs , on vient de vous exjwser mes moyens de défense; je ne les renouvellerai point. En vous priant peut-être pour la dernière fois , je vous déclare que ma conscience ne me reproche rien , et que mes défenseurs ne vous ont dit que la véiité. Je n'ai jamais craint que ma conduite fût examinée publiquement; mais mon cour est déchiré de trouver, dans l'acte d'accusation , l'imputation d'avoir voulu faire répandre le sang du peuple , et surtout que les malheurs du 40 août me soient attribués. J'avoue que les preuves multipliées que j'avais données , dans tous les temps , de mon amour pour le peuple , et la manière dont je m'étais toujours conduit , me paraissaient devoir prouver que je craignais peu de m'exposer pour épargner son sang et éloigner de moi une pareille imputation. »

Le roi rentra au Temple à cinq heures j ses défenseurs s'assirent un instant à sa tahle. Ensuite , prenant à part M. de Malesherbes, il lui dit : « Vous voyez à quel état de dénûment je suis réduit, et je ne sais comment m'acquitter envers vos deux collègues qui viennent de se dévouer pour ma défense. J'ai songé à leur faire un legs, mais on ne le paiera pas et on les persécutera. — Sire, répondit M. de Malesherbes, ils seront plus que récompensés le jour où vous leur exprimerez que vous êtes touché de leur zèle. » Louis XVI voulut effectivement leur témoigner sa reconnaissance ; l'émotion le maîtrisa malgré lui; il les serra dans ses bras sans proférer une

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parole. » pouvant plus donner les richesses, il leur donnait l'immortalité.

Le 1*r janvier 93, Cléry approcha du lit de son maître avec un redoublement de tristesse et de respect. Louis W I lui tendit la main avec affection : en se levant , il pria un municipal de monter chez la reine et de porter à sa famille ses souhaits pour la nouvelle année; les municipaux ne se refusèrent pas a cet acte de compassion , et lui rapportèrent les remerciements et les vœux de sa famille.

Pendant ce temps, la convention se livrait aux plus orageuses discussions ; les passions les plus violentes dominaient rassemblée (pii délibéra jusqu'au 16 janvier sur le sort de Louis XVI. « Par quelle lettre commencera l'appel nominal ? demanda M. de Sèze avec anxiété à un jeune ami qui l'avait aidé à soutenir M. de Malesherbes dans l'étroit escalier de leur tribune. Allez vous en informer à la tribune du logographe. » Le jeune homme 1 revient et dit : « C'est le G. — Tant mieux ! dit M. de Sèze , c'est la Gironde; leur vote nous est favorable, et son influence entraînera les autres. » L'appel nominal commence, et les premières voix qui se font entendre prononcent la mort. « Ce n'est pas la Gironde, ce jeune homme se trompe, c'est impossible! dit M. de Malesherbes. - Hélas! répond M. de Sèze , il ne se trompe pas, tout est perdu ! »»

' M. Koux-Labori»\

Aveugle lâcheté des partis! Les Girondins croyaient sauver leur vie et leur pays au prix d'un seul crime ; ils ne faisaient que livrer leur pays et leur tête à l'inflexible justice du talion.

M. de Malesherbes avait promis qu'il viendrait luimême au Temple rendre compte du résultat de l'appel nominal ; mais la séance s'étant prolongée fort avant dans la nuit, le décret ne fut prononcé que dans la matinée du 17. M. de Malesherbes entra dans l'appartement du roi, dès neuf heures. Louis XVI , en l'apercevant se leva pour le recevoir; M. de Malesherbes se précipita à ses pieds, il était étouffé par ses sanglots , et resta plusieurs moments sans pouvoir se foire entendre. Le roi le releva et le serra contre son cœur avec la plus tendre affection. Quand M. de Malesherbes eut articulé les mots de condamnation à mort, Louis XVI ne laissa échapper aucun mouvement de surprise ou d'émotion ; il ne parut affecté que de la douleur du vieillard et cherchait à le consoler.

Ensuite, le roi fit entrer M. de Malesherbes dans le cabinet de la Tourelle , et y demeura environ une heure à s'entretenir des détails de la séance. Jusqu'à l'heure du dîner il s'occupa à lire ou se promener dans sa chambre. Après le dîner , Cléry put lui dire : « Sire , espérez un sursis; M. de Malesherbes ne croit pas qu'on le refuse. — Je ne cherche aucun espoir , répondit le roi ; mais je suis bien affligé de ce que M. d'Orléans , mon parent ,

ait voté ma mort. » Et il lui remit la liste de l'appel nominal qu'il tenait à la main.

Louis XVI était préoccupé de l'idée d'éviter à la nation française toute apparence de complicité avec ses meurtriers ', et dans ce but, uniquement dans ce but, il la dit lui-même, il avait rédigé d'avance un appel au peuple, que M. de Sèze était chargé de présenter à la convention. Aussitôt qu'il eut entendu le résultat du scrutin, il lut l'écrit du roi , conçu dans ces termes :

« Je dois à mon honneur , je dois à ma famille de ne point souscrire à un jugement qui m'inculpe d'un crime que je ne puis me reprocher. En conséquence , je déclare que j'interjette appel à la nation elle-même du jugement de ses représentants. Je donne, par ces présentes, pouvoir spécial à mes défenseurs , et charge expressément leur fidélité de faire connaître à la convention nationale cet appel par tous les moyens qui seront en leur pouvoir, et de demander qu'il en soit fait mention dan» le procèsverbal de la convention. »

* Lors du procès de Charles Ier, lady Fairfax , entendant ces mots : Au nom de tout le peuple d'Angleterre , se leva et s'écria : Pas de la centième partie. — A la condamnation de Louis XVI , personne ne se leva dans les tribunes ; mais la Vendée avait pris les armes et les provinces de l'Ouest s'unissaient à cette héroïque protestation, (irâce à elle, il ne sera jamais permis de dire que le crime du 21 janvier fut le crime de la l'ranro

soti

Le 20 janvier , à deux heures , on ouvrit tout à coup le» portes du Temple; c'était le conseil exécutif : (iarat, ministre de la justice , Lebrun , ministre des affaires étrangères, Giouvelle, secrétaire du conseil, le président et le procureur-général syndic de la commune et plusieurs membres de la convention. Santerre, qui les devançait, dit à Cléry : « Annoncez le conseil exécutif. » Le roi qui avait entendu beaucoup de mouvement , s'était levé et avait fait quelques pas; mais à la vue de ce cortège, il resta entre la porte de sa chambre et celle de l'antichambre, dans l'attitude la plus imposante. Garât, le chapeau sur la tête , porta la parole et dit :

« Louis, la convention nationale a chargé le conseil

exécutif provisoire de vous signifier les décrets des 45 ,

1(>, \ 7 , 10 cl 20 janvier ; le secrétaire du conseil va vous en faire lecture :

Alors Grouvelle, secrétaire, déploya les décrets, et lut d'une voix faible et tremblante :

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