AU PRÉSIDENT DE LA CONVENTION NATIONALE
Monsieur le président , tout parait annoncer que la convention nationale va juger le roi. Je viens d'écrire à Sa Majesté pour la supplier de me choisir pour son défenseur. Je vous prie de demander à l'assemblée nationale qu'il me soit permis de remplir ce dernier devoir envers ma patrie et mon roi.
Je ne demande pas que mon nom soit effacé de dessus la liste des émigrés; je me Tais gloire de partager leurs opinions politiques et les malheurs qu'elles leur out attirés. Je demande seulement que , dans le cas où le roi daignerait m'avouer pour son défenseur, la conven-
PIÈCES JUSTIFICATIVES
lion nationale m'accorde un sauf-conduit pour me rendre à Paris , et de me dévouer à cette honorable fonction.
a La convention nationale sentira aisément que se servir de la loi qui bannit du royaume tous les Français qui sont absents , pour les fmpccher de venir défendre la cause de leur souverain , ce serait réduire cet infortuné monarque à choisir pour ses défenseurs , ou les ennemis de son trône , ou les ennemis de sa personne , ce serait pis que de le juger sans l'entendre.
CaialLs.
souili \s uld , ce 50 novembre |7W.
PIECES JISTIFM ATIVKS .77
DÉFENSE' l»K LOUIS XVI.
PRONONCÉE A LA BARRE DE LA CONVENTION NATIONALE, LE MERCREDI 26 DÉCEMBRE 1792, L'AN I DE LA RÉPt'BLIQlE, l»AR M. DESEZE, L*I N DE SES DEFENSEIRS OFFICIE! \
Citoyens représentant* de la nation .
Il fit donc enfin arrivé, ce moment oà Louis, accu-c au nom du peuple français, |>eut le faire mtrndre an milieu de ce peuple lui-même! Il est arrivé, ce moment où, entouré de» conaeili que l'humanité et la loi lui ont donné*, il peut présenter à la nation une défense que son cœur avoue, et développer devant elle les intention» qui l'ont toujours animé 1 Déjà, le silence même qui m'environne m'avertit que le jour de la justice a succédé aux jours de colère et de préventions; que cet acte solennel n'est point une vaine forme ; que le temple de la liberté est aussi relui de l'impartialité que la loi commande, et que l'homme, quel qu'il soit, qui •e trouve réduit à la condition humiliante d'accusé, est toujours sur d'appeler sur lui et l'attention et l'intérêt de ceux mêmes qui le poursuivent.
Je dis l'homme quel qu'il soit, car Louis n'est plus en effet qu'un homme, ri un homme accusé. Il n'exerce plus de prestiges ; il ne peut plus rien ; il ne peut plu» imprimer de crainte; il ne peut plus offrir d'espérance* : c'est donc le mn-
• rorrt d'écrire une dêfoii»e aussi importante en quatre nuits, pendant que l'employait te* jours mer ntes collègues a eumitier les nombreuses pièces «lotit on nous avait donne mnimunication. le n'ai pu» besoin H avertir qu'elle n resacnt de l'eitreme précipitation avec laquelle ) ai été ublipé de la reditfer. ri quelle n offre presque, en quelque sorle. que de» récoltai»-, m.iii Jsi du remplir un devoir wcre.il ) »i ronsulie mon tele seulement et ncm pa« me» force»
NfcCES JUSTIFICATIVES.
mont où vou* lui devez non-seulement le plu* Je justice, mai* j'oserai dire le plus de faveur. Toute la sensibilité que peut faire naître un malheur «an* terme, il a droit de vous l'inipirer; et si, comme l'a dit un républicain célèbre, les infortune* des rois ont, pour ceux qui ont vécu dans de» gouvernements monarchique*, quelque chose de bien plus attendrissant et de bien plu* sacré que les infortunes des autres hommes, sans doute que la destinée de celui qui a occupé le troue le plus brillant de Tonivers doit exciter un intérêt plus vif encore; cet intérêt doit même s'accroître à mesure que la décision que vous allez prononcer sur son sort s'avance. Jusqu'ici vous n'avez entendu* que les réponses qu'il vous a faites. Vous l'avez appelé au milieu de vous : il y est venu, il y est venu avec calme, avec courage, avec dignité; il y est venu plein du sentiment de son innocence. Fort de ses intentions, dont aucune puissance humaine ne peut lui ravir le consolant témoignage, et appuyé en quelque sorte sur sa vie entière, il vous a manifesté son âme; il a voulu que vous connaissiez, et la nation par vous, tout ce qu'il a fait ; il vous a révélé jusqu'à ses pensées. Mais en vous répondant au moment même où vous l'appeliez, en discutant sans préparation et sans examen des inculpations qu'il ne prévoyait pas; en improvisant, p ur ainsi dire, une justification qu'il était bien loin m «'me d'imaginer pouvoir vous donner ; Louis n'a pu que vous dire son innocence; il n'a pu vous la démontrer, il n'a pu vous en produire le* prêt v es. Moi, citoyens, je vous les apporte : je le» apporte à ce peuple, au nom duquel on l'accuse. Je voudrais pouvoir être entendu, dans ce moment, de la France entière : je voudrais que cette enceinte pût «'agrandir tout à coup pour la recevoir. Je sais qu'en parlant aux représentants de la nation, je parle à la nation elle-même; mais il est permis san* doute à Loui* de regretter qu'une multitude immense de citoyen» ait reçu l'impression des inculpations dont il est l'objet, et qu'il» ne soient pas aujourd'hui à portée d'apprécier les réponse* qui les détruisent. Ce qoi loi importe le plus, c'est de prouver qu'il n'est point coupable; c'est Y* son seul voeu, ta seule pensée. Louis sait bien que l'Europe attend avec Inquiétude le jugement que vous allez rendre ; mais il ne s'occupe que de la France. Il «ait que la postérité recueillera un jour toute» le* pièces de cette grande discussion qui s'est élevée entre une nation et un homme ; mais Louis ne songe qu'à te* contemporain* , il n'aspire qu'à les détromper. Nous n'aspirons non plus nous-mêmes qu'à le défendre; nous ne voulons que le justifier. Nous oublions, comme lui, l'Kurnpc qui nous écoute ; nous oublions la postérité dont l'opinion déjà *e prépare ; nous ne voulons voir que le moment actuel, nous ne sommes occupé* que du sort de Louis, et non* croirons avoir rempli toute notre tâche, quand nous aurons démontré qu'il est innocent.
Je ne dois pas d'ailleurs, citoyens, vous dissimuler, et ç'a été pour nous nne profonde douleur, que le temps non* a manqué à ton* , mal* surtout à moi , pour la combinaison de cette défense. Les matériaux les plus vastes étaient dans nos mains, et nous avons pu à peine y jeter le* yeux; il nous a fallu employer à classer le* pièce* que la commission nous a opposée, les moments qui nous étaient accordes pour les discuter. La nécessité des communications avec l'accusé m'a ravi encore une grande partie de ceux qui étaient destinés à la rédaction ; et dans une casse
PIÈCES JUSTIFICATIVES
qui, pour «on importance, pour sa solennité, ion éclat, «on retentissement dan« les siècles, ni je pub m'exprimer ainsi, aurait mérité plusieurs mois do méditations et d'efforts , je n'ai pas ea seulement huit jours. Je vous supplie donc, citoyens, de m'entendre avec l'indulgence que notre respect même pour votre décret, et le désir de vous obéir, doit vous inspirer. Que la cause de Louis oe souffre pas des omissions forcées de ses défenseurs ; que votre justice aide notre léle, et qu'on puisse dire, suivant la magnifiqne expression de l'orateur de Rome, que von» avez travaillé en quelque sorte vou«-m«mes , avec moi, à la justification que je vous présente.
J'ai une grande carrière à parcourir ; mais je vais en abréger l'étendue en la di -
Si je n'avais à répondre ici qu'à des juges, je ne leur présenterais que des principe*, et je me contenterais de leur dire que depuis que la nation a aboli la royauté, il n'y a plus rien à prononcer sur Louis ; mais je parle aussi au peuple lui-même; et Louis a trop à cœur de détruire les préventions qu'on lui a inspirées, pour ne pas s'imposer une tlche surabondante, et ne pas se faire on devoir de discuter tous les faits qu'on hii a imputes.
Je poserai donc d'abord les principes, et je discoterai ensuite les faits que Patctitation énonce.
Principes relatifs à l'inviolabilité prononcée par la constitution.
J'ai à examiner ici les principes sous deux points de vue :
Sous le point de vue où Louis se trouvait placé avant l'abolition de la royauté ;
Et sous celui où il se trouve placé depuis que cette abolition a été prononcée.
En entrant dans cette discussion, je trouve d'abord le décret par lequel la convention nationale a décidé que Louis serait jugé par elle, et je n'ignore pas l'abus que quelque* esprits, plus ardenU peut-être que réfléchis, ont prétendu faire de ce décret.
Je sais qu'ils ont supposé que , par cette prononciation , la convention avait Até d'avance à Louis l'inviolabilité dont la constitution l'a couvert.
Je sais qu'ils ont dit que Louis ne pourrait plus employer cette inviolabilité, dans sa défense, comme moyen.
Mais c'est là une erreur que la plus simple observation suffit pour faire disparaître.