I.EI KULPTHURE ET LBS PEINTRES
l'Institut, OBI un barbarisme de marbre. Quand on tait la statue d'un grand homme, c'est pour montrer sa tête. Pigalle n'a fait qu'une curiosité en détaillant toutes ses nudités appauvries, tout au plus digne de surmonter le tombeau du poète ou de servir d'étude à l'École de médecine. Qu'il y 9 loin du Voltaire de Houdon au Voltaire de Pigalle l
Pigalle avait songé longtemps à tailler du marbré pour Voltaire. Il était comme cet orateur qui attendait que •en héros eût gagné sa demiire bataille, saufà ne faire que son oraison funèbre. Mais Voltaire ne mourait pas; Voltaire, qui était tout esprit, semblait oublier ses devoirs envers Pigalle ; il voulait prendre encore beaucoup de café, feire une ou deux tragédies, plaider une
l'ouvrage mimai et je compte auei sur l'amitié de moa c)ier ^ illustre eonlrère, pour oser me promettre qu'il fera pour
[i)ot ce qu'en pnrf il ca^ il ^e doit pas doutar que je n'eusse Ait pour liji, 5'il m'ep ayait jugé digne! qi^'il S* chargera volontiers dç teriqincr ce qui ge trouvera manquer à mon ouvrage BU jour de mon décis. Je lui en réitère ma prière, et je souhaite, s'il s'y rend, ainsi que je l'espÈre, qu^l s'entende sur cela avec mes héritiers, et que les modèles et dessins que j'ai dëji préparés pour cette an d'ouvrage, et qu'il estimera lui itre nécessaires, lui soient remis, sous la bon plaisir de la ville, afin qu'il puisse mieux juger de mes intentions; et 9n les remplissant, autant qu'il le jugera à propos, qu'il travaille pour ma gloire et pour la sienne; car, quoique je sois IrÈS cqnv^incu qu'il ne serait pas difficile de fcire inieiii, je crois devoir déclarer que dans l'état où j'ai amené l'ouvrage, il serait dangereux d'y rien changer, tant par rapport à l'ordonnance générale que pour la disposition de chaque figure. Aussi est-ce par cène considération, et parce que je connais le goût et la fefon d'opérer de M. Pigalle, que j'ai principalement jeté ]es yeux sur lui, sans vouloir faire tort à aucun de mes confrirea, dont je respecte les talents, s Edhb Bqv
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belle cause comme celle de Calas, travailler au Dictionnaire de l'Académie, en un mot vivre une belle heure avant son immortalité. De guerre lasse, Pigalle part pour Femex. ( C'est bien la peine de vivre ! > pense-t-il en voyant Voltaire cassé en deux, répondant de travers comme un homme qui n'y est plus, et suppliant sa nièce de le coucher dans son tombeau. Mais tout à coup PigalTe parle de la Pucelle, Voltaire se redresse, le sculpteur récite tout un chant du poëme, le poète bat des mains, embrasse Pigalle et redevient le Voltaire des plus belles années. Pigalle s'écria : « j'ai ma statue! »
Le lendemain il partit sans vouloir saluer Voltaire, il craignait de retrouver le vieillard cacochyme, il emportait l'homme de génie : ce n'était pas la peine.
Parmi les élèves de Pigalle, faut-il parler de Mouchy, un servile imitateur qui trouvait la vie çà et là? Quel est le praticien qui n'a ses bonnes fortunes? Mouchy épousa pourtant la nièce de Pigalle à la pointe de son ébaucboir. Voici ce qui se passa. Quand Mouchy demanda la jeune Me en mariage, Pigalle lui dit : ( Prends-moi de la terre glaise et fais-moi une belle ligure ; c'est comme cela qu'on demande une fille en mariage à un sculpteur. •• Mouchy fît une figure et fiit accepté; mais je crois que l'amour vota avec Pigalle, ou plutôt ce fui par les yeux de sa nièce que Pigalle vit l'œuvre de Mouchy. Malheureusement, l'amour ne donna pas de génie au jeune homme. Quand il fut agréé â l'Académie, il demanda à un de ses camarades pourquoi il ne se faisait pas recevoir : « Tu en parles bien à ton aise ; je n'ai pas d'oncle, moi, s dit le camarade.
Ce fut à propos de la Vénus de Pigalle qu'on rappela le mot d'un ancien à Praxitèle : ■ Vénus est donc descendue de l'Olympe, puisque Praxitèle l'a si bien vue î — Non, dit un poète, mais Phryné a passé devant lui. » Pigalle avait vu Phryné, mais la Phryné française qui sait quand elle est vue ?