‹ Louis XVIChapitre 27 sur 62 · II. i.,<i-,Gooj^lc · texte numérisé non relu

II. i.,<i-,Gooj^lc

LES SCULPTEURS BT LBS PBINTRES

FaiLC0a^E7 1716-1791.

Vien disait, au Salon de 1765, en s'arrétant devant les statues et les bas-relie& de Falconet : < Pour te coup, la sculpture l'emporte sur la peinture! » Quelle était donc la peinture exposée en 1 765 ? !1 y avait un Marc-Aurèle de Vien; des Dianes, des Vierges et des Madeleines de Lagrénée; des tableaux- païens et bibliques de Deshayes; huit pastorales de Boucher; les Grâces de Carie Vanloo; des attributs et des fruits de Chardin, un portrait de Drouais, des batailles de Casanova; des gaillardises de Baudouin, entre autres le Cueilleur de cerises et le Confessionnal; des chasses et des caravanes de Loutherbourg, des sentimentaleries de Greuze et des grivoiseries de Fragonard. La sculpture de Falconet valait-elle donc mieux que tes œuvres de tous ces petits maîtres? Je ne parle pas de Vien, qui n'était ni un grand ni un petit maître.

Falconet avait une belle exposition, parce qu'elle était variée, parce qu'elle indiquait une main savante et une imagination poétique. La première figure qui arrêtait les enthousiastes, car Falconet avait ses enthousiastes, Diderot en tête, était l'Âmilié, un marbre sentimental avec des .attributs trop pittoresques : en effet, l'ilmiïiV tient un cœur dans ses mains. Falconet a beau dire qu'il ne manque à ce symbole que ta sanction du paganisme, cette religion des belles choses, l'art sérieux n'acceptera jamais une pareille invention. Si te sculpteur ne peut pas exprimer le sentiment de l'amitié par ta douce flamme du regard et du sourire, par la candeur de l'attitude, par la beauté visible et invisible, par le rayonnement de l'âme qui prend toujours le cœur, qu'il ne fesse pas l'Amitié, parce

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qu'il aura beau mettre un cœur dans les mains de sa statue, je ne reconnaîtrai pas l'Amitîé. Falconet avait eu d'autant plus tort d'imaginer ce symbole, que sa figure était charmante et que l'air de tête était illuminé par un divin enthousiasme ; mais c'était un peu l'Amitié en&ntine. Si l'on n'eût pa$ pu l'aimer, elle se fût mise à verser de ces larmes sans douleur, comme la jeune fille de Greuse qui a perdu son oiseau. Telle peinture, telle sculpture.

Saint Ambroise farnvft Ifs jporte^ de Fégltsti 4 Théodose, appartenait au style pittoresque s'il en fut Si on l'eût mis à la porte de Notre-Dame, il [aurait empêché tout le monde d'y entrer, tant son bras étendu, tant sa colère, tant ^n apostrophe eussent effrayé ceux qui vont chercher \^ paix dans l'église. Il manquait fi ce foudroyant évêque de Falconet le sentiment religieux. Falconet qui n'était pas souque, n'était pas plus chrétien.

S'il n'était pas antique, il vivait le plus souvent de l'antiquité. Son troisième morceau du Salon de 176S était un bas-relief qui représentait le sujet tant de fois essayé par les peintres de la Renaissance : Alejfondre cédant Campaspe à ApeUes- Le pFemier tort d? Falconet a été d'appeler dans ce roman plus dp pçfsonnages que l'action ne le veut. Du reste, si i, j'en juge bien par une reproduction de ce bas-relief, la sçè»? est comprise par un homme d'esprit ; le sentiment, les airs de tête, les attitudes, les draperi#s, tout indique une pensée intelligente ; seulement la Campaspf est une Parisienne de 1765, et l'Appelles est le premier praticien venu.

Il y avait deuK autres figures de Falconet : la Reine de» fleurs et la Douce mélancolie. Qn voit que le sculpteur s'aventurait à la recherche des Mu^es nou> velles- On pressent déjà les écoles romantiques ; Fal" ponet, il faut le reconfiaître, était vn chercheur. I4

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R^ne des fieun, qui étfiit destînde à une serre, était 4rap^ avec upegrflcâ charmante qui la montrait plus niic peut-étra que lî pllp n'efit éi^ vêtue que de sa pudeuF. Quoiquç plus jolie qua belle, on peut dirç qu'elle avait la hçauté, puisqu'elle devait régner dans un palais de fçbçs, ^a Douce Mélancolie était une jeune fille appuyée sur une colonne avçc une colombe à Ift maiu.: s'était encore un symtlPle à la Falcpnet, Qu'impprtg, ta figure était charmante et exprimait bien lessouvçnirsftles aspirations dg l'amour; car toute mélanoplie, douc^ ou amëre, vient toujours deU,

Diderpt n'i pas marchand^ le# élçgfH 4 Falconçt. U lui pqcorde \ç talent, il lui accorda le g^piç. ^fcc pour ifs figufes qu'il fait? nqn- « C'est qu'il est rustre «t poli, atfaljle et brusque, ,t«ndre et dur; c'est qu'il pétrit 1« (erre et le marbre, et qu'il lit ^t pi^dite; c'est qu'il est doux et caustique, sériçu* çt plaisant; c'est qu'il est philosophe, qu'il nç (;rpit rien et qu'il ^it bien pourquoi : c'est qu'il est bop pf FCi et que son fils s'est sauvé de cbea luîl c'est qu'il aimait sa maîtresse è la folie, qu'il la fait mourir dç douleuF, qu'il est devenu triste, sombre, mélancolique, qu'il en a pensé mourir de regret, qu'il y a longtemps qu'il l'a perdue et qu'il n'en est pas consolé, Ajoutes à ^a qu'il n'y a pas d'homme plus jaloux du suffrage de se» contemporains, et plus indifférent sur celui de la postérité. U porte la philosophie à un point qui ne se conçoit pas, et cent fois il m'a dit qu'il ne donnerait pas un écu pour assurer une durée éternelle à la plus belle de ses statues. PigsUe, le bon Pigalle, qu'on appelait à Rome le Mulet de la sculpture, à forçç de faire, a su faire la nature et la faire vraie, chaude et vigoureuse, mais n'a et n'aura, ai lui pi son compare l'abbé Qougenot, l'idéal de Falconeti et Falcqnet a déjà le fiiirede Pigalle. Jl est bien sûr que vous n'obtiendrez pas de Pjgiille ni le Pxgmflion, ni VAIeMm^tVi ni

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YAmitié de Falconet, 'et qu'il n'est pas décidé que celui-ci ne refit le Mercure et le Citoyen de Pigalle.

Au demeurant, ce sont deux grands hommes, et qui, dans quinze ou vingt siècles, lorsqu'on retirera des ruines de la grande ville quelques pieds ou quelques têtes de leurs statues, montreront que nous n'étions pas des eniants, du moins en sculpture. ■

Falconet et Pigalle ne s'aimaient pas, mais aimaient leur sculpture. Pigalle, voyant Pygmalion de Falconet, lui dit : < Je voudrais bi^n l'avoir &it. > Quand le monument de Reims fut exposé au Roule, Falconet lui dit : « Monsieur Pigalle, je ne vous aime pas et je crois que vous me le rendez bien. J'ai vu votre Citoyen; on peut Élire aussi beau, puisque vous l'avez fait; mais je ne crois pas que l'art puisse aller une ligne au-delà. Cela n'empgche pas que nous ne demeurions comme nous sommes. »

Falconet a été le sculpteur ' ordinaire de Catherine II. Son chef-d'œuvre est la statue équestre de Pierre le Grand, une statue colossale, si colossale qu'il âdlut quatre cents mulets pour la traîner. * Quelque simple que paraisse cette image, l'attitude du cavalier, son air, l'extension de sa main droite, expriment en caractères intelligibles pour tout œil poétique les réflexions profondes du fondateur d'un empire. Le galop de son cheval signifie clairement l'étonnante rapidité avec laquelle il a produit l'incroyable révolution dans les mœurs et les coutumes de son peuple. Les difficultés qu'il a rencontrées dans l'exécution de ses projets sont désignées avec beaucoup de justesse parle roc escarpé sur lequel son cheval gravit et qui sert de base à l'ouvrage. L'artiste a même trouvé le moyen d'indiquer la période de la vie du héros, en coupant le roc à pic parndevant, pour &ire entendre qu'il n'a point atteint le déclin de l'âge. » Ainsi parlait un critique anglais. Mais à critique, critique et demi.

Falconet, qui écrivait à la Diderot sur les arts, se moqua du critique anglais avec beaucoup d'esprit. Il avait voulu être plus éloquent et moins profond. II avait voulu faire une belle statue et non un chapitre de Plutarque.

Dans ses quatre volumes sur les Beaus-Arts, Falconet a'prouvé que la critique ancienne s'était beaucoup trompée; que la critique moderne ne s'était pas moins trompée; mais il a prouvé aussi ' que Falconet se trompait comme tout le monde.

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