‹ Louis XVIChapitre 32 sur 62 · II. i.,<i-vG(H1iilc · texte numérisé non relu

II. i.,<i-vG(H1iilc

LSS SCULPTEURS ET LES PEINTRES iSç

ami Diderot, a rappelé aussi ta fraîcheur et le sourire de ce peintre. En efiet, Boucher n'est-il pour rien dans la Cruche cassée ?

David fut aussi élève de Boucher, sans doute parce qu'il était son cousin ; mais là les leçons du maître n'ont pas laissé de traces dans le disciple. Tout en aimant Boucher, David craignit de suivre son exemple. Telle est la funeste condition d'un excès dans les arts, que la réaction qui le suit ramène de prime abord l'eïcÈs opposé. Pour les esprits sérieux, Boucher qui s'en va explique peut-être David qui vient ; l'un roidira la grandeur après que l'autre aura maniéré la grâce. Boucher n'aura été qu'un peintre de fantaisie pour avoir enjolivé la nature ; David ne sera le plus souvent qu'un peintre de convention, parce qu'il cherchera la vérité dans les types d'une statuaire idéale. Ainsi tous les deux, l'un dans les vallons presque étoufies, l'autre près des fiers sommets, auront manqué le but et combattu sans triompher. La nature était là, toujours là, qui prodiguait ses merveilles sous leurs pieds, qui leur ouvrait par delà les montagnes ses horizons infinis. Mais ils ont passé devant elle sans la regarder.

Et pourtant. Boucher, presqueautant que David, vivra dans l'histoire de la peinture française. Comme un autre Anacréon, Boucher s'est couronné de pampre avec ses maîtresses, et, d'une main distraite, il a effeuillé cette guirlande de tleurs qui était à Sicyone la ceinture des Grâces, et qui était, il y a un siècle, la ceinture de la France.

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Lai TOVR,

La Tour, La Tour, ubi es? s'écria Dideroi au Salon de 1765, en voyant t toutes ces figures momes • qui tapissaient sa galerie. La Tour, La Tour, ubi es?. disons-nous en &ce de presque tous nos portraitistes modernes.

Diderot a prédit que le soleil et le vent nous effaceraient tous les chefs-d'ceuvre de La Tour, i Un portrait de La Tour a plus de mérite qu'un morceau de genre de Chardin. Mais un coup de l'aile du Temps ne laissera rien qui justifie la réputation du premier. La poussière précieuse s'en ira de dessus la toile, moitié dispersée dans les airs, toute brûlée par le soleil, moitié attachée aux longues plumes du vieux Saturne. On parlera de La Tour, mais on verra Chardin. O La Tour ! Mémento, homo, quia pulvis es et in pulverem reverleris. i Eh bien I Diderot s'est trompé. On ne voit presque pas Chardin, l'homme caché qui semble cacher encore ses tableaux, Tandis que La Tour montre tout son ceuvre dans un musée à lui ; le musée La Tour à Saint-Quentin, un musée où va tout le monde, hormis le vent et le soleil *.

*0d a élev£ une statue à La Tour en i856. Le Moniteur a raconté ainsi cette fâte des arts :

• L'inauguration de la statue de La Tour sur une des places de Saint-Quentin, sa ville natale, ■ élé une vraie solennité et aussi une f£te de famille, car les pauvres de Saint-Quentin sont un peu les enfanta de L* Tour. On remarquait dans la foule quelques beaux vieillards qui ont connu le pastelliste, un, entre autres, qui a re;u de ce maître dessinaleur ses premières leçons de dessin. A une heure, au son des cloches de la collégiale et pendant que l'horloge de

LES SCULPTEURS ET LES PErNTRES

C'est La Tour qui m'a te plus vivement détaché des rumeurs d'aujourd'hui, par Le sourire tout radieux du passé, La Tour, qui a peint toutes les femmes souriantes et tous les philosophes sévères de son temps.

Il naquit dans les premières années du dix-huitième siècle et mourut aux premiers orages de la Révolution. Que de règnes divers il a vus passer ! Louis XIV, la Régence, madame de Parabère, Louis XV, madame de Pompadour, madame du Barry, Louis XVI, Marie- Antoinette, sans compter le règne de Voltaire, qui est le vrai souverain du dix-huitième siècle.

l'hâtel de Tille chantait l'aii dei Puritains, le voile esc tombé et tout lé monde a salué un La Tour en bronze par Lenglet, qui représente fidèlement le peintre ordinaire de Louis XV. M. le-maire de Saint-Quentin, M. le comte de Nieuwerkerke, directeurgénéral des musées impériaux, M.Arsène Houssayci nspecteur général des beaux-ans, ont parlé devant cette

■ Du discours de M. de Nieuwerkerke, nous détacherons ce fragment :

a Le musée du Louvre posside onze pastels de La Tour, parmi lesquels nous comptons les deux portraits les plus remarquables de son ceuvre ; mais il envie à la ville de Saint- Quentin la nombreuse suite d'études qu'elle tient de son peintre célèbre : car ces esquisses, en initiant les jeunes artisies aux procédés du maître, servent encore à rehausser son mérite en montrant la fermeté et la hardiesse de son crayon, la sûreté de son interprétation de la nature et l'étude particulière qu'il en avait feîte.

• Quelque altération que le temps ait déjà produite dans leur coloris, ces portraits ont conservé l'accentuation de la vie, la vérité de k nature. La Tour, à une Époque où chaque artiste se distinguait par une manière particulière, fut avec Chardin l'amant du vrai et le portraitiste le plus réaliste de

- Malheureusement, le temps eulèvera peu à peu la fraî-

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l63 LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE

La Tour est né à Saint-Queiîtin, la capitale du Vermandois, cité laborieuse et intelligente qui a donné à la France Ramus. Ii^ rue où est mort La Tour porte aujourd'hui son nom. Son père était musicien du chapitre de la collégiale. C'était un de ces oaïfe artistes qui sont heureux de vivre oubliés dans l'étude et le loisir, un vrai musicien allemand comme ceux que maître Hoffmann a crayonnés sur les murs de sa tabagie ; non pas tout à fait Krespel, moins de sentiment, moins d'imprévu, mais plus de gaieté el plus d'insouciance.

Sa marraine l'avait recommandé au patron de la ville, au grand saint Quentin, en lui donnant ce nom

cheur encore persistante des pastels de la Tour ; cette admirable poussière si merveilleusement fiiie sur le papier pâlira et pcrJra tout son éclat; mais si la prophétie de Diderot, Mémento, homo, quia pulvis es et in putverem revtrteris, s'accomplit pour l'œuvre, la gloire de l'homme, la renommée du grand artiste ne^sera point atteinte; sa mémoire échappera à cette loi fatale de la destruction. Son pajs perpétuera le souvenir de notre admiration pour son talent et lui conservera sa place parmi les grands artistes de notre pays. C'est en glorifiant ses hommes illustres qu'une nation leur donne des successeurs et qu'elle se grandit dans l'eslime des peuples étrangers. La ville de Saint-Quentin remplit aujourd'hui cette noble mission, à laquelle l'Académie des beaia-

• Voici les paroles de M, Arsène Houssaye :

■ M. de Nieuwerlcerke a salué l.a Tour homme de talent et homme de bien, grand aniste et grand cœur. Je veux saluer La Tour historien sévère sous son masque souriant. La Tour avait étudié à l'atelier de Plutarque ; il a écrit l'histoire de la cour de Versailles comme Van Dyck a écrit l'histoire de la cour d'Angleterre. Ce pastel est sérieux ; c'est plus qu'une fleur de vie, c'est une âme immortelle. Oui, tous ces portraits de La Tour sont les pages les plus vivantes de l'histoire du dix-huitiènie siicle ; jle dix-huitî*f"e siècle philo-

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poétique. Heureusement qu'aux siècles pass^ on se contentait d'illustrer son nom sans s'inquiéter de son prénom : La Tour laissa son prénom à Saint-Quentin. Il étudia sérieusement le latin et le grec jusqu'à dix- ■ huit ans. Un pastel de Rosalba lui arracha le cri révélateur du Corrége. Il n'eut jamais d'autre maître que cette vision magique. Il voulut aller à Venise demander à San-Marco la main de Rosalba, pour cueillir avec elle des roses dans le brouillard du matin ; mais il n'avait pas d'argent.

Un matin, pourtant, il dit adieu à son père et au violon de son père, ce doux violon qui avait poétisé,

•ophe, Voltaire et Diderot, Jean-Jacques ec BufTon, il est U, qui'pense devant nous am destinées du monde ; le dix-huitième siicle spirituel et léger, galant et moqueur, le voilà ; il se nomme Louis XV ci madame de Pompadour, mademoiselle de Camargo et madame Favari; là est 1e théâtre, là ut la cour, là eat l'Encyclopédie. La Tour avait voulu, lui aussi, signer sa comédie humaine. Voyez avec quelle sollicitude il avait conservé autour de lui toutes ces' physionomies variées, qui étaient l'esprit, la passion, le génie, la beauté de ses contemporains. Le musée de La Tour, que la ville reconnaissante inaugure aujourd'hui avec joie, est plus qu'un muaée; c'est, je l'ai dit, une page d'histoire de France. Et tout historien qui voudra peindre le dix-huitième siècle devra venir ici étudier son maître, Maurice-Quentin La Tour, disciple de Plutarque et rival de Van Dyck. « « La f£ie ne s'est pas terminée devant la statue : te Le soir, devant un public trop nombreux, moitié Paris, moitié province, M. Leroui, mademoiselle Judith et mademoiselle Soubise, de la Comédie-Française, ont joué le Duel La Tour, une comédie faite le matin pour être jouée le soir, que la ville de Saint-Quentin avait demandée à M. Arsène Houssaye. C'a été un vrai succès; on a redemandé tout le monde, les acteurs, l'auteur, La Tour lui-même, qui n'a p«« voulu reparaître, non plus que M. Arsène Houssaye. ■

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