‹ Louis XVIChapitre 37 sur 62 · II.. ■, Cookie · texte numérisé non relu

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l86 LE DIS-HUITIÈHK SIÈCLE

tant à ce paysage, il lui répondit : t Vous n'entendes donc pas chanter Jacqueline dans ce paysage? >

Si je voulais parler des autres amours de Lantara, je serais fgrcé de descendre trop bas; j'aime mieuK passer outre. On a dit qu'il avait rencontré madame Dubarry. En effet, ils ont traversé le même chemin, lui pauvre amoureux de hasard, elle foUe pécheresse de vingt ans. D'ailleurs^ Lautarq connaissait je ne sais comment, peut-être par sa mÈre, une tantç de madame Dubarry, la Cantini, célèhre marchande à la toilette.

Avec son genre de vie, Liintara déviait mourir à l'hôpital ; tout le monde lui prédisait ce dçmier reftige. Loin à& s'effrayer de cet horizon, il en parlait avec cDipplpisance ; aussi, étant tombé malade, il se tît conduire à la Charité tout naturellement. Il ne mourut pas è ce premier voyage. Le supérieur, sachant à qui il avait affaire, le garda Iç plus longtemps possible eu convalescence, lui persuadait qu'il y aurait du danger à sortir trop tôt. On comprend bien quç le supérieur y trouvaitsoqcompte.Lantarqlui faisait des dessins surdes cartes, moyennant la clef de la cave, f Voilà donc I4 carte à payer 1 1 disait-il en se mettant au travail. 11 promit bien de revenir en si bon lieu ; il y retourna bientôt, pais, cette fois, en compagnie de la mort.

Lantara se sentit mourir. Quand, un jour, le verrç et le crayon lui tombèrent des mains, il comprit qu'il était au bord de la tombe. Il ne s'effraya point, il se résigna de bonne grâce. < Si l'âme est Immortelle, devait penser Lantara, la mienne ne risque pas d'habiter un plus mauvais gîte. Les cabarets et les paysages d'outre-tombe sont curieux à connaître. Si l'âme n'est point immortelle, il restera bien quelque chose de moi dans cette vie, une touffe d'herbe, une petite fleur sur ma fosse, un paysage dans une galerie, à l'ombre de mon ami Claude Lorrain. *

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Avant de reprendre le chemin de l'hospice, il voulut encore une fois revoir la nature, sa première et dernière amie içi-bas. Où aller ? il n'a plus que la force d'arriver â la tonibe ; mais, pour ce rendez-vous d'àdieu, il va retrouver ses jambes de vingt ans. Jl suivit le cours de la Seine jusqu'à Meudon ; il monta dans les bois, foui:) avec délices les feuilles jaunies, s'é^tn avec ivresse dans les sentiers, jusque iaas tes broussailles. U descendit le versant du château de MeudoR du côté de Valaisy, et se trouva, comme par enchantement, dans une patita vallée d^rte et silencieuse entourée de boii, soupée de quelques étangs, où de toute trace humaine on ne voyait alors qu'une chaumière. Vous dire la joie du paysagiste, je ne l'essayerai point. Il se promena jusqu'au soir, heureux du silence, ' respirant l'odeur des regains fanés et des pommes tombées sur l'herbe, cueillant comme un enfent le fruit de l'églantier, les grappes violettes de la bruyère, la dernière campanule des prés, admirant les jeux du soleil sur les étangs et dans les fcuiiles d'automne, enfin, heureux comme Jean-Jacques dans l'tle de Salnt- Pierrc.

Au retour, le soir, Lantara frappa pour la seconde fois â la porte de la Charité.

A l'heure suprême, le confesseur de l'hospice lui donna l'absolution, après quoi il fit un discours sur les bienfaits de la mort. Le confesseur termina par ces mots : I Vous êtes heureux, mon fils, vous allez passer à l'éternité, vous verrez Dieu fece à ikce. — Quoi t mon père, murmura le moribond d'une voix éteinte, toujours de face et jamais de profil ? >

C'est là son dernier mot. Il mourut en même temps que Gilbert, jeune comme lui. Gilbert et Lantara étaient un peu frères en dehors de la pauvreté ; ili aimaient du même amour la forSt et la montagne, la prairie en fieurs et le chemin perdu. Un autre rêveur de la même

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famille est venu depuis souffrir sur la couche de GU- . bert et mourir sur celle de Lantara : )'ai nommé Hégésippe Moreau. Celui-là aussi avait été à l'école de la nature. Comme Lantara, il dédaignait les entraves des vanités humaines. Pendant que son pied s'égarait à la poursuite des tristes voluptés, son âme fuyait en toute liberté dans les verts bocages ou dans le bleu des nues. Aussi bien qu'Hégésippe, Lantara pouvait dire à son âme prête à quitter la terre : t Fuis sans trembler 1

De mes erreurs, ô colombe endormie.

Tu n'at iti cwnpUce m témoin I •

Comme Greuze, Lantara a été la proie du vaudfr ville. Ils se sont mis quatre, Picard, Barré, Radet et Desfontaines, pour g3ter sans façon cette physionomie originale. Savez-vous ce qu'ils ont fait de Lantara? un peintre d'histoire. Ils l'ont représenté peignant Bélisaire ! Est-ce que lantara a jamais connu Bélisaire ? Il n'a jamais entendu i>arler des Grecs ni des Romains. Sous les mains maladroites des vaudevillistes, ce charmant ivrogne n'est plus qu'un buveur vulgaire qui philosophai lie au lieu de boire. En outre, ils ont augmenté ses œuvres d'une fille posthume, qui est à marier. Vous comprenez que tous ces dialogues sans verve et sans raison, toutes ces bouteilles de vin bleu, tous ces couplets sans traits, aboutissent à un mariage, sur quoi Lantara se met à chanter qu'il va peindre pour la gloire et pour la nature!

Lantara chantait mieux qu'eux. Le glouglou de sa bouteille est d'un bon coin :

A boire je passe ma vie.

Toujours dispos, toujours eonteid; La bouteille est ma bonne amie.

Et je suis un amant constant.

Au cabaret j'attends l'aurore :

Du vm tel est Fheureux effet.

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