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A la table du cabaret.
Si, frappé de quelques alarmes.
Mon cceur éprouve du chagrin.
Soudain on voit couler mes larmes; Mais ce sont des larmes de vin.
Je bois, je bois à tongue haleine :
Du virt tel estrheureux effa.
Le malheureux n'a plus de peine, N'a plus de peine au cabaret.
Si fêtais maître de la terre, Tout homme serait vigneron; Au dieu d'amour toujours sincère, Bacchus serait mon Cvpidon; Je ne quitterais plus sa mère :
Car de la cour un juste arrêt Ferait du temple de Cythtre Tout un féerique cabaret.
Mais î'aime mieux les tableaux de Lantara que ses airs bachiques.
Une grande vérité de site, un ciel merveilleusement nuage, un feuille agréable, des loiotains légèrement touchés, un heureux effet de lumiÈre, voilà ce qui distingue ses paysages. Nu! ne s'était mieux pénétré des jeux bizarres de la nature. Il exprimait, à ne s'y pouvoir tromper, le caractère de toutes les heures du jour. Ses matinées respirent une fraîcheur ravissante qui vous remplit de jeunesse ; ses après-midi, une agitation amoureuse qui vous va au cœur; ses soirées, une mélancolie sereine qui éveille la rêverie ; ses soleils levants, ses soleils couchants, ses clairs de lune, portent l'empreinte d'un génie original, II excellait dans la perspective aérienne ; !a vapeur de ses paysages approche beaucoup de celle de Claude Lorrain, Il aime mieux la poésie que le pittoresque ; sa nature n'a ni
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déserts ni précipices; à peine çà et là an ravin sauvage, une roche alpestre, pour donner plus de charme encore à ses bois touffus, à ses chemins verts, à ses doux horizons. Lantara n'avait jamais voyagé, si ce n'est de Montargis à Paris. 11 n'avait pas jugé à propos d'aller plus loin chercher la nature. Avant lui, que de paysagistes flamands ont créé des chefs-d'œuvre sans faire tant de chemin et sous un ciel avare ! *
Un paysage de l'ancienne galerie du {>alai5*RoyaI prouve que ce peintre souriait malgré lui dans la nature la plus sauvage. Des ânes, des chèvres, des vaches, traversent un marais bordé de roches gigantesques, de monuments en ruine et d'arbres centenaires à demi brisés. Vous croyez que l'effet est attristant : point. Ces roches no sont pas désertes ; le framboisier y traîne ses rameaus rampants, l'aubépine y fleurit; quelques bouquets d'arbres frémissent au sommet; ces eaux vous charmenî plutôt qu'elles ne vous glacent : on y mouillerait son pied avec plaisir, à la suite de l'âne rêveur et de la petite chèvre surprise. Ces monuments en ruine vous invitent presque à les habiter, vous qui n'êtes ni misanthrope ni cénobite •*.
* Set detiina, encore recherchéf] Boat à la pierre noira sur papier blanc, le plus louvent sur papier bleu rehauu< de blanc. S» clairs de iune, pour la plupart admirables, sont toujours sur papier bleu.
On a grjïé d'après quelques tableaui de Lantara. Daret ■ gravé la Rencontre fâcheuse, le Berger amoureux, l'Heureux Baigneur, le Pécheur amoureux; Piquenot, la Napft d'eau et le» Chcuse-Marie ; Lebas, le premier livre des Vues des environi de Paris. Mais la gravure n'd pu reproduira cette fraîcheur de coloris et cette vapeur aérienne que Ltatara trouvait sana chercher.
•• M. Paul Msnti, qui, dîna une étude npide mail lumineuM publifie par VArtiste, a montré i l'œuvre les paysagistes du dix-buitième liècle, dit avec nÏMO qu'il ne &ut
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Les sculpteurs et les PEiKTBZS 191
Ces arbres à demi brisés n'attendent qu'un printemps réparateur ; en un mot, ce sombre paysage est des plus souriants. Le ciel y fait bonne figure, comme tous les ciels de Lantara.
pu juger Lantant sur son E^et du Matin qu'on voit au Lourre : ■ L'oeuvre e«t un peu molle ; bien qu'elle abonde en grÏE charmants, j'aime mieux rappeler aei crépuscules attiédis, ses aurores voilées, ses toirs étincetants. Bel dairs de lune argentés, ses nuits transparentes. Lantara s'y montre — avec quelques-uns det dé&uts de son tecnpa — la disciple posthume di Claude Lorrain, et c'est mime là une des aingultrités de son talent : il n'a pas quitté tes environs de Paris et il semble avoir étudié lea douces splendeurs du eiel italîen. Qui sait même si ce priocipe d'imitation, si la volonté évidente chez lui de rappeler les grands horizons de Claude n'ont pas géoé Lantara, et n'ont pas diminué la Irancbise et la liberté de son pinceau f Pourquoi, homme simple égaré au milieu d'un monde compliqué, n'a-t-il pas accepté avec courage le caractère pittoresque de la nature au sein de laquelle il avait grandi .' Pourquoi a-t-il essayé trop souvent de faire du style i S'il avait été plus naïf et plus courageux, il serait resté 1b peintre des ciels profonds et des horizons dorés; mais il eût donné plus d'accent i sa couleur, et au lieu de faXTt si souvent des verdures cendrées et des terrains plies, il aurait abordé trancbementles tons verts et les tons bruns. Un dessin plus individuel, une coloration plus écrite, un peu plus de drame dans les efTels, un pinceau plus ferme, voilà ce qu'on voudrait trouver dans les paysages de Lantara. Le règne de Boucher et de madame de Pompadour était une heure mauvaise pour ce peintre timide et charmant. Grâce aux concessions qu'il a'est cru obligé de faire, le pauvre Lantara a vécu t s'il avait voulu, seul et sans soutien, rompre brutalement en visière aux préjugés de son temps, ce n'est pas à quarante-neuf ans, nuis à trente et plus tôt peut-être, qu'il serait venu frapp» aux potles de la Charité. 1
Je crois que Lantara n'a pas songé 4 mettre son talent au diapason de Boucher et de madame de Pompadour. 11 a été Lantara sans souci des modes de son temps.