‹ Louis XVIChapitre 39 sur 62 · II. i.,<i-,Gooj^lc · texte numérisé non relu

II. i.,<i-,Gooj^lc

192 LE DIS-HUmÈHE SIÈCLE

On s'étonne à bon droil que cet homme étrange ait trouvé l'art de peindre seul en fece de la nature, A peine eut-il la palette en main, qu'il fut maître de la couleur. Ses premiers paysages sont les plus francs et * les plus beaux. Il peignait de souvenir dans son triste logis, mal éclairé, sans feu, sans livres, sans amis. Sans Jacqueline, jamais une jolie bouche n'eût souri à son talent ou à son cœur. La pâle misère, la solitude désolée, le cabaret bruyant, rien n'a pu étouffe» en lui le grain de génie que le Créateur y avait semé. Il était né paysagiste ; il fut paysagiste toute sa vie, aussi iacilement qu'un autre est tailleur de pierres. On a dit qu'il devait son talent au cabaret. Si Lantara eût passé à étudier le temps qu'il a perdu à boire, il fût devenu une des gloires du paysage français, lui qui n'est que le clair de lune de Claude Lorrain.

Lantara trouvait souvent du premier coup la lumière et l'ombre, le rayon de soleil qui passe dans le bois, l'image brisée de la lune dans les flots agités. Il arrivait tout naturellement à des effets surprenants. Il a créé des bocages que l'imagination traverse dans le parfum des fraises ou des mûres, dans le gazouillis des oiseaux qui jouent. Comme ses eaux sont claires ! comme ses rives sont mouillées l comme ses horizons se perdent bien dans le ciel ! M^s son côté faible, c'est la tîgure. Fallait-il peindre une figure, sa touche si légère devenait lourde et niaise. Ses hommes respirent moins que ses arbres ; point d'expression ; point de mouvement ; il ne peint pas la figure, il la pétrifie. Aussi ne voulait-il jamais mettre personne sur la scène. Mais, comme un paysage en France ne piquait guère la curiosité que par les figures, le premier barbouilleur venu, croyant donner du pris aux paysages de Lantara, y répandait des chevsux, des vaches, des pécheurs, des bergers. C'était presque un sacrilège. La créature n'est pas déplacée sur la terre : un cavalie» qui fuit au coin d'un

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