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Cette sentence de la sagesse antique l'arrête. H l'interroge; il descend sanspÛir dans le grand mystère. Tout le côté surnaturel de l'âme humaine appuyé sur les traditions est impitoyablement nié , discuté , démenti. Quand il ne nie point, il explique. Le sanctuaire n'a point de profondeurs dans lesquelles ne pénètre sa curiosité ardente. L'expérience est sa règle et son compas ; à cette mesure de certitude il rapporte les phénomènes de l'imagination. Rien ne l'étonné : les visions ? folie. 11 découvre chez les hallucinés le même ordre de merveilles qu'on admire cher les saints et les prophètes. La page des légendes est déchirée. L'homme rentre dans le cercle des faits nécessaires : plus bas, il rampe ; plus haut, il délire. D'abord ce fougueux esprit s'élance à la connaissance d'une cause première; il veut t élargir Dieu ; ■ bientôt l'orgueil le gagne, il doute ; plus tard, comme l'Être suprême tarde à se montrer, comme il manque au rendez-vous que lui avait assigné cette fîère et sombre raison, impatiente de tout soumettre à son contrôle, Diderot nie Dieu. L'athéisme de Diderot étonne : il avait tant besoin de tourner les yeui vers un ciel habité, ne fût-ce que pour supporter le poids de la lutte ! Après tout, on se demande si cet athée de génie n'est pas une démonstration en faveur du principe qu'il voulait combattre. Dieu a voulu que l'homme eût la faculté de le nier luimême; sans cela, où serait la preuve que l'âme est destinée à le comprendre f Et puis, ce que Diderot niait ce n'était pas Dieu, c'était le mot. N'était-ii point, en effet, un des plus fervents adorateurs de la vie universelle? Il a fait plus que de reconnaître l'existence de Dieu, il l'a aimé ; il l'a aimé dans la nature et dans l'humanité.
Opposer la science à la foi religieuse, secouer sur les générations modernes l'arbre de la connaissance du bien et du mal, disperser le fruit défendu, c'était le pre-
mier devoir des encyclopédistes ; car eux aussi avaient leur mission. Mais il fallait réiormer toutes les branches de la raison humaine. Après la science, l'histoire. La philosophie de l'histoire avaii été tracée par Bossuet : B L'homme s'agite et Dieu le mène ; » cette grande parole fixait la cause et la limite des événements. Bossuet avait rattaché l'histoire de tous les peuples de la terre à celle du peuple juif, pour rattacher ensuite le peuple juif à l'Église. La tentative était grandiose ; l'autorité de l'historien était imposante. Mais si ces esprits affamés de lumière (je parle des encyclopédistes) respectaient le génie, ils lui préféraient la vérité. L'éloquence de Bossuet avait beau feire, elle n'imposait plus silence aux libres penseurs. Les libertins, comme il les appelait, lui vivant, du haut de son sublime orgueil, avaient déchiré les langes du dogme. L'homme ne s'agite plus, il se conduit, il marche. L'histoire est désormais la science des progrès de l'esprit humain. Dieu a voulu, disent-ils, que les peuples fissent euxmêmes leurs destinées. Où Bossuet croyait découvrir un dessein providentiel, ils voient des lois, les lois du développement indéfini. Les sociétés humaines se succèdent et se continuent ; le progrès engendre le progrès. L'historien ne regarde plus les faits se dérouler dans la pensée divine : il assiste au spectacle de ce qui s'accomplit dans le temps et dans l'espace. Les premiers hommes sont pasteurs : de l'état pastoral ils passent à la vie agricole, de la vie agricole ils s'élèvent à un degré de civilisation croissante où les arts, les sciences, les industries, créent des besoins nouveaux ; ces besoins deviennent le germe de nouvelles découvertes. Où s'arrêtera le perfectionnement ? Nulle part, répondent fièrement ces adeptes de i'unité humaine. Leur religion (car ils en ont une] ne reconnaît plus qu'un seul principe du mal, l'ignorance. Chasser les ténèbres, feire la lumière, c'est accomplir l'oeuvre sainte i
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les philosophes sont les prêtres de l'avenir. -Tous les cultes sont nés dans le cerveau de l'homme, tous périront, ils ont eu leur raison d'être dans l'histoire : ils traduisent l'idéal de chaque époque ; mais le moment est venu où les temples sereins, édita doctrind sapientùm templa serena, s'ouvriront pour recevoir les générations futures.
De l'histoire à la politique il n'y a qu'un pas : ce pas est franchi. Avant le dix-huitième siècle, l'ordre social était un mystère. Chaque citoyen adorait en silence la main invisible qui distribuait la misère ou la richesse, qui élevait les uns, abaissait les autres, frappait ou consolait, et promenait sur toutes les têtes inégales le secret de ses impénétrables desseins. Eh bien, sur cet ordre antique dont l'obscurité faisait la force, les encyclopédistes appellent les lumières de la raison et de la science ■, pour la première fois, le monde apprend que toutes les institutions sont d'origine humaine. Les privilèges sont l'œuvre du temps: on descend jusqu'à leur base, et l'esprit découvre avec effroi que la plupart d'entre eux reposent sur une injustice, sur une violation du droit plus ou moins masquée par les artifices du violateur. L'économie politique intervient et démontre que \a création des richesses est soumise à des lois variables, dont la balance est dans la luain du travail. De cette vue hardie, on passe à îa distribution des biens ; mais ici les fondements de l'édilïce social s'ébranlent, la conscience tremble , et l'on entend dans l'ombre le rugissement des révolutions futures. La noblesse et le clergé, ces deux piliers de l'État, n'échappent point à l'examen impitoyable des faits: les membres les plus utiles de ta ^ciété sont désormais ceux qui rendent le plus de services ; le tiers État (car il n'est guère question du peuple, cette masse sombre et confuse) travaille, produit et fait circuler les richesses ; c'est donc lui qui est la tête de îa nation. Le gouvernement
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lui-mêmË a beau se dérober dans les hauteurs du droit divin, Voltaire et les encyclopédistes l'y poursuivent. La monarchie n'est plus considérée que comme une des formes variables du pouvoir : le temps l'a vu naître ; ie temps peut en précipiter le déclin. N'y a-t-il point d'ailleurs l'exemple de la Hollande, qui se gouvernait elle-même? Et puis, qu'était la vieille royauté? un prestige. Les prestiges ne résistent point à la discussion : les raisonner, c'est les détruire. La base du souverain pouvoir était atteinte. En vain, quelques-uns des philosophes se disaient les amis de l'impératrice Catherine de Russie et du roi de Prusse. Il y a quelque chose de plus fort que l'homme : sa pensée. Or, la pensée des encyclopédistes se tourne vers k soleil levant de La démocratie, t Le peuple est le souverain de droit, t Quand une semblable parole a été dite, l'histoire n'a plus qu'à compter les dernières pulsations d'une autorité qui s'éteint.
On le voit , l'Encyclopédie était un antre au fond duquel une armée de cyclopes forgeait les armes de la révolutionfrançaise. Les voyez-v ou s d'ici suant, hsletant, sombres dans la lumière, tirer une à une de la fournaise ces armes de géant que manieront les demi-dieux de la Constituante et de la Convention nationale ! Leur œuvre est de battre l'idée sur l'enclume, de lui donner la forme éclatante et solide, de la rougir au feu. D'autres la rougiront dans le sang, A eux l'iniative, à d'autres l'action. La division du travail est une loi de l'histoire.
Nul autre que Voltaire ne contribua âréformerle vieux code pénal du moyen âge, â bannir de nos mœurs ces peines vengeresses , uitrices pt^me , ^mbtes Euménides â face ridée qui planaient sur la législation du dix-huî<tième siècle. Qui n'applaudit à ses efforts pour ouvrir quelques perspectives nouvelles et éclairées à travers cette forêt peu vierge, mais sauvage, silva selvaggia,
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qu'on appelait alors la jurisprudence? Où ce ftls d'un notaire du Châtèki de Paris avait-il étudié les lois? Dans sa conscience. Il promulgue son code, et ce code sera bientôt celui de l'humanité. Qui donc a aboli en France la torture? Louis XVI, dit l'histoire; mais Voltaire lui avait fait signe. Louis XVI eût pu dire ce jourlà:! Il n'y a que deux hommes qui aiment vraiment le peuple, Voltaire et moi ! » Et cet autre jour où l'Assemblée constituante adoucit !a peine de mort, fit luire le rayon du droit dans l'antre de la vieille justice, jeta les armes rouillées de l'antique procédure dans l'abîme où venait de s'engloutir le passé féodal, ce jour-là, qui présidait? Voltaire invincible, Voltaire consolé d'avoir vécu, en voyant que la mort avait sacré sa pensée et SCS écrits.
Les anciens rois cassaient les arrêts des tribunaux quand les tribunaux leur semblaient avoir mal jugé. Au dix-huitième siècle, ce droit souverain remonte i Voltaire. Sa conscience est le tribunal d'appel auquel ^adressent en dernier ressort les innocents frappés par là sentence des cours officielles. Ce tribunal vivant avait l'opinion publique. 11 y a quelqu'un qui a plus de conscience que tous les juges, c'est tout le monde. La force de Voltaire, dans toutes les questions de droit, c'est d'avoir été le roi du sens commun, le roi de l'opinion universelle. Ce qu'il dit, tout le monde l'a pensé ou le pensera demain. Avec une telle autorité, on peut absoudre Calas et les autres victimes des erreurs de la justice humaine. La révélation dugénie appuyée sur le sentiment des multitudes, c'est l'esprit de Dieu porté sur les eaux : cela féconde le chaos, même le chaos des
Les.encyclopédistes ne laissèrent aux assemblées politiques, la Constituante, la Législative, la Convention, que la peine de décréter leurs pensées. Après eux, l'ancienne France était effacée de la carte de l'intelli-
gence humaine ; ils avaient démoli l'édifice des anciennes croyances religieuses, politiques, sociales, ils avaient ouvert dans la sombre forêt de l'avenir des perspectives éclairées par la lumière de la raison ; ils avaient reconstruit parmi les mines la citadelle de la cité nouvelle', Montaigne et Pascal doutaient: ils affirment. Les voyez-vous s'élever de degré en degré sur cette échelle de Jacob, construite pour escalader le ciel ? Rien ne les arrête : ni le génie de Bossuet, dont la majestueuse figure gardait le seuil de l'histoire universelle, ni la grâce toute puissante de Fénelon. Ces hardis envahisseurs s' élancent en tumulte sur le champ illimité des connais-
* Tout le monde a reconnu que Voltaire a fait la préface du Code civil.
• Être Français, s'écrie-t-il, Cest Être libre ! On a réformé toutes les coutumes, pourquoi hésiterait-on de réformer les absurdités des Goths at des Vandales t 11 allait donc crain~ dre de renverser leurs huttes pour bâtir à la place des maisons commodea> Les lois et la jurisprudence sur la mainmorte, nées en raSme temps que les îois sur la magie, les sortilèges, doivent finir pour elles. La France ne connaît pas d'esclaves; elle est l'asile et le sanctuaire de la liberté; c'est là qu'elle est indestructible, et que toute liberté perdue retrouve la vie.
Et plus loin : ■ Il est un peu fâcheux pour la nature humaine qu'un père déshérite ses enfents vertueoi pour combler de biens un premier-ué qui souvent le déshonore; qu'un malheureux qui tait naufrage ou qui périt de quelque autre ftçon dans une terre étrangère laisse au fisc de cet Etat la fortune de ses héritiers; on a presque peine à voir, je l'avouerai encore, ceux qui labourent, dans la disette; ceux qui ne produisent rien, dans le luxe; de grands propriétaires qui s'approprient jusqu'à l'oiseau qui vole et au poisson qui nage; des vassaux tremblants qui n'osent délivrer leurs moissons du sanglier qui les dévore; le droit du plus fort faisant la loi, non-seulemjnt de peuple à peuple, mais encore de citoyen à citoyen. <•
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San ces humaines : 1 Amoiia science, i dit l'un; f à moi l'histoire, » s'écrie l'autre ; « à nous la philosophie, à nous l'univers moral, à nous le fini et l'infini, l'alpha et l'oméga! nous sommes les rois de l'empire des idées. Christophe Colomb a découvert un monde; nous marchons sur les flots, au milieu des éclairs et des tonnerres, à la découverte du Dieu inconnu. •
Que fUt-il advenu si les encyclopédistes eussent été là pour soutenir la guerre dont ils avaient préparé les armes ? Ce qui manqua vers les derniers temps de la Révolution française, ce fut la défense morale des principes. Le glaive avait pris la place de la discussion : on frappait, on ne répondait plus. Les hommes de 93 ont trop compté sur la force du silence. Si le mouvement eût continué par la parole; si, au milieu de cette grande confusion des éléments, de ce chaos d'un monde bouleversé, iejiat lux de la raison humaine eût éclairé les sommets de l'avenir, les multitudes épouvantées ne se fussent point retournées vers les ténèbres. Les encyclopédistes ont abandonné trop tôt le champ de bataille. Eux vivants, la révolution eût été la lutte des idées : la révolution moins l'échafaud; on aurait vu plus tôt la terre promise sans traverser la mer Rouge.
Le dix-huitième siècle fut la fin d'un monde. Ainsi s'accomplit ce passage do la Bible : « Ils buvaient, ils mangeaient, ils faisaient l'amour, et les grandes eaux du déluge les surprirent dans les bras des femmes. »
Le dix-huitième siècle est un drame shaltspearicn qui commence par la comédie de la Régence et qui a pour dénoûment la Révolution. — Drame étrange, avec ses intermèdes comiques. — Le prologue, c'est la mort de Louis XIV, qui lègue tous les orages. Les
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figures de ta comédie et les figures du drame, amis et ennemis, prêtres et philosophes, noblesse et tiers État; . tout concourt à ca dénoûmeot. Où trouverait-on une époque où s'imprime plus vivement la marque divine de l'histoire, c'est-à-dire la direction supérieure des laits, la marche providentielle des idées? Louis XIV, à son déchn, par ses guerres désastreuses, par son despotisme taciturne, par ses persécutions religieuses, prépare la Régence; la Régence, par sa démorahsation, son incrédulité, ses instincts novateurs, creuse l'abîme sous le trône de Louis XV; le règne de Louis XV, avec ses maîtresses et ses philosophes qui se donnent la main, creuse l'abîme où Louis XVI ne voit que des roses. En politique et en religion, tout est en dissolution, tout chancelle, tout tombe- Les ruines s'amoncellent; et sur les ruines, l'esprit du siècle monte, monte toujours. Après Louis XIV, on était fiitig^ié du sublime ; aprÈs Louis XV, on est las du charmant : la philosophie va régner.
Louis XVI monta sur le trône et y fit remonter la vertu et la religion. Le carnaval de la royauté était fini ; les philosophes, devenus vieux, se tournaient vers l'église. Un jour Diderot s'attarda à la messe, s Vous â la messe! — On a bien vu quelquefois Épicure au pied des autels, i On se croyait au Sunium.
Le christianisme élevait plus haut sa voix éloquente. L'abbé de Boismont, un des quarante, prononça son fameux sermon contre les philosophes : t ... "Terminons cette scandaleuse guerre'de l'athéïsme, assignez à Jésus-Christ son partage; vous lui avez ravi au milieu de nous une portion de son héritage, souffrez qu'il règne du moins sur les générations destinées encore à le connaître; laissez-leur nos fêtes, nos cérémonies, nos enseignements, nos promesses, nos consolations; gardez pour vous l'espérance du néant; nous ne vous troublerons point dans cette poussière éternelle où
vous pr«meuez de descendre; mais s'il est un Dieu rémunérateur, s'il est une félicité sans mesure attachée à des vertus consacrées par une foi pleine et généreuse, ne nous l'enviez pas. Assez vaste est le champ de la politique et des arts! Portez-y vos talents et vos lumiÈres, étendez les découvertes utiles, dirigez le commerce, unissez, éclairez les deux mondes, mais abandonnez-nous ce monde invisible que vous ne connaissez pas; mais ce peuple pauvre et languissant, qui souffre et qui gémit, pourquoi vous obstineriezvous à lui disputer un Dieu pauvre et souffrant comme lui ? Erreur pour erreur (vous me forcez à ce blasphème que ma foi désavoue, mais l'horreur même de cette supposition impie ne laisse aucune ressource à votre doctrine), ce que nous professons, ce que nous annonçons, ne pénètre-t-il pas dans l'âme avec plus de charme et de douceur que toutes ces vaines déclamations que l'esprit d'indépendance accumule? Nos secours, nos remèdes ne sont-ils pas plus populaires?... Ah! que les heureux se permettent de ne rien croire, je puis me rendre raison de ce délire; mais où sont-ils les heureux? Si l'œi! d'un philosophe perçait les replis de tous ces cœurs dont la surface est si calme et si riante, il en frémirait et voudrait peut-être y replacer lui-même le Dieu qu'on s'efforce aujourd'hui d'en arracher. Dans les conditions obscures, et surtout parmi cette foule d'indigents pour qui la Providence semble n'avoir balancé le malheur de naître que par l'espérance de mourir, si vous exilez Dieu de l'univers, quel adoucissement peut rester .à des peines renaissantes? Est-ce donc un si grand bien que d'ajouter au tourment de vivre la certitude de n'avoir rien à espérer? C'est pour cette portion d'hommes que nous invoquons votre pitié; laissez-nous les malheureux, vous n'avez d'autre présent à leur faire que le triste problème de je ne sais quel sombre avenir. Quelle
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attente pour des forçats courbés sons le poids de leurs chaînes! Nous, du moins, nous enlevons ces chaînes qui les accablent, nous en partageons te poids, nous le supportons avec eux. »
C'était éloquent. C'était trop philosophique pour l'Église et trop chrétien pour la philosophie, ce qui mécontentait tout le monde.
M. de Boufflers répondait à ce sermon par son poëme impie, la Création du monde.
La même année, Diderot publiait une nouvelle édition de l'Encyclopédie, qui trouvait trois mille souscripteurs enthousiastes en l'espace d'un mois. L'évêque de Salamanque, inquisiteur général, — inquisiteur général! — inscrivait son nom à la tête des souscripteurs espagnols. On traduisait le livre en italien, et le grand-duc encourageait cette traduction par un don de 60,000 ducats; l'impératrice de Russie payait au poids de l'or son exemplaire sur grand papier de Hollande. Il est curieux d'étudier cette liste de souscripteurs; jamais les grands noms ne s'étaient si gaiement donnés à l'ennemi.
Le citoyen Mercier écrivait son Tableau de Paris, à Neufchâtelil est vrai. Ce livre original était la guerre d'escarmouche aux abus. On disait que c'était le bréviaire du lieutenant de police. Il conseillait à la France endormie de se retremper dans la guerre civile. « La nation ne reprendra sa grandeur qu'en repassant par ces épreuves terribles, mais régénératrices. La guerre civile dérive de la nécessité et du juste rigide, u Le gouvernement saisissait l'ouvrage, mais, par contrecoup, il permettait à Lingùet de sortir de la Bastille et de continuer son journal.
La société, déjà malade, s'agitait sans cesse ; elle voulait croire sinon à Dieu, du moins aux illuminés. On traduisait déjà Swedenborg; Mesmer montrait le seuil du monde inconnu ; le prédécesseur de Mongol-
fier inventait un cabriolet volant destiné à courir les airs avec un parachute et un paramer*.
Vaucanson venait de faire une révolution par son génie. Je ne parle pas de ses automates, mais de ses moulins et de ses métiers. II supprimait le travail des bras, disait à l'ouvrier : « Relève-toi de tous tes esclavages, deviens maître à ton tour, commande aui machines. > Ce qui n'empêchait pas les Lyonnais de se révolter. «Qu'allons-nous faire de nos bras? — Eh bien ! raes braves gens, disait Vaucanson, vous aurez le temps d'embrasser vos femmes. ■
On traduisait et on lisait Lavater, on aspirait à la science universelle, on croyait que Dieu allait dire son dernier mot. Lavater venait d'arracher un masque à la nature ; il continuait enfin Aristote. Connaître, désirer, agir, voilà ce qui rend l'homme un Être physique.
n du chevalier d'Au-
Que tout Paris encouragt
L'auteur du bateau volast.
Qui promet qu'au Jirttuiment
Nouî irons en équipage :
Eh I qu'est qu'fa m'/ait à no j t
Je ne suis pas du voyage;
Eh ! qu'est qu'fa nf/ail à moi ?
Quand j' chante et quand je boi?
C'était le temps des coiffures échafaudéei; ai couplet était un des plus applaudis, surtout i
Que folles de leur coijure, Nos alarmantes de latour Imaginent chaque jour De quai gSter la nature: .
Ehl qu'est qu'ça m'fail à mol?
Lise est si bien sans paruref Eh I qu'est qu'fa m'/ait à moi Quand je chante et quand je boi?