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248 tH DW-HOrriÈHE SIÈCLE
« Dorat eut beau dire que le ciel l'avait fait naître mousquetaire, que le temps seul lui manquait pour devenir maréchal de France, la vieille tante fut inflexible ; et, comme elle avait des écus qui parlaient encore plus haut qu'elle-même, Dorat se résigna ; il fit des vers pour se consoler. Savez-vous qui il chanta dans ses premiers vers ? Le malheur. Quel contre-sens ! Il arrive dans le monde à dix-huit ans avec le plus riant cortège, et le voilà qui chante le Malheur, quand les Chloé, les Zulmis et les Thémire attendent à la porte !
* Dorat ne resta pas longtemps dans le grand chemin du Parnasse, où il se fût perdu. Il fit bien encore une ou deux tragédies, mais la tragédie était alors, suivant un mot de Diderot, l'antichambre de la poésie ; il &ilait bien passer par là. Dorat se mit bientôt à soupirer des héroïdes; il rima sans perdre haleine les plaintes amoureuses de je ne sais combien de colombes infortunées; il attendrissait tous les coeurs, excepté le sien.
€ Il a pourtant tenté la fortune littéraire par une tragédie, Zulica, qui obtint la plus belle chute du monde. Crébillon le tragique avait pris la pièce sous ses auspices; il avait voulu refaire à son gré le cinquième acte. « Ah! quelle était mon ivresse! disait
< Dorat ; je voyais déjà ma pièce aux nues, j'écoutais t les applaudissements, je n'aspirais pas à moins qu'à « l'immortalité. Le jour fatal arrive : c'est le coup de ( baguette qui change en désert les jardins d'Armîde. * Mes quatre actes cependant &rent reçus avec transt port; mais l'acte de Crébillon le tragique fut siffié à ( outrance. Hélas! le charme s'évanouit, et le temple
< de la postérité se ferma pour moi. ■
c 11 voulut se venger de cette défaite par Théagène et Ckariclée; mais, là, ce fut bien pis. Cette pièce n'eut pas une chute éclatante comme l'autre ; elle tomba en silence. Dorat supporta cette chute avec beaucoup de
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philosophie. 11 avertit gaiement son monde qu'il renonçait aux honneurs du sublime pour les baisers d'Eglée.
( En effet, partant de là, il s'appuya gracieusement sur son insouciance et voyagea dans l'île ds, CythÈre avec la troupe folâtre des Jeux et des Ris, des Grâces et de Cupidon. On peut dire qu'il fut le Printemps en personne de l'empire de Vénus. Chaque année, on voyait éclore sous ses pas toutes les fleurs de l'amour et de la poésie. Que de bouquets! que de guirlandesl que de couronnes I que d'épîtres fugitives! que de contes en l'air] que de baisers de feul Jamais la muse Erato n'avait été si bien encensée. A tout propos il jetait les fleurs à pleines mains. Il célébrait en même temps les reines et les bergères, les marquises et les comédiennes, les philosophes et les comètes. Quel joli persiflage ! quel babil léger ! quelle gracieuse enluminure I mais surtout queUe aimable insouciance !
« Un soir, il rentre gaiement en son logis, en fredondant je ne sais quel air de Rameau; il trouve le marquis de Pezay gravement incliné sur un in-folio. 1 Que diable faîs-tu là, mon cher? — J'ai de l'arabi- « tion depuis ce matin, répondit le marquis; je veux a gouverner la France, ni plus ni moins. — En vérité I ■ « reprit Dorât; mais voilà que ton ambition me passe « par la tête : je veux arriver aussi, moi. — A quoi < donc?...* Dorât réfléchit un peu. •< Au cœur de la s petite Julie, de la Comédie-Italienne. >
t Les deux amis passèrent deux heures à dresser leurs batteries. Comme c'était sérieusement, ils arrivèrent tous les deux. Pezay donna des leçons de tactique à Louis XVI, qui le nomma grand inspecteur des côtes, aux appointements de soixante mille livres. 11 se plaça bientôt si haut à la cour, que le premier ministre trembla de perdre son portefeuille. C'est par lui que^Necker arriva; ainsi il a presque, en effet, gouverné la France pendant cinq n '