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ï88 LÉ DU-HumÈUE SIÈCLE
emmes, excepté de la sienne ; mais il ne voulait pas qu'un autre prît son bien où il le trouvait.
Après avoir, durant toute une année, filé le parfait amour aux pieds d'Omphale, Montcrifvoulut briser son fuseau ; mais la duchesse lui répondit cette fois par ces quatre vers de la fameuse romance de Montcrif :
L'époux survient. A cette vue.
Tout en fureur.
Leur a, d'une dague pointue.
Perd le cœur.
Ici l'historien entre dans la nuit des suppositions : les ' lettres de Montcrif, qui sont les seules pièces officielles, ne concluent pas, et celles de la duchesse n'existent plus. Quelques phrases seulement, citées dans celles de Montcrif, pourraient décider cette grave question', par exemple quand la duchesse dit : ( Je ne veux plus vous voir que de loin, car hier vous n'étiez plus le Montcrif que j'ai dans le cœur, <• Et plus tard, quand l'espérance s'est changée en souvenir : s Ah! te beau temps, mon ami, quand notre raison est dans notre coeur! quand nous sommes sages à force d'être fousT » Et plus loin encore, quand la rougeur ne monte plus au front, pendant qu'on écrit une page du passé romanesque ■ Je me souviens de cette nuit où notre carrosse fiit assailli au Cours-la- Reine, >
Montcrif était prédestiné â l'amour ; c'a été sa poésie et son art; et sa vraie épitaphe est celle-ci, que j'ai lue sur une pierre antique :
« Ci-gît qui aima Charmide et Myrto. Nymphes, ne t pleurez pas. L'âme de ceux-là qui ont aimé est comme t la fleur qui parfume les ruines du monument. Il aima € aussi Omphale et Chloé. Ne pleurez pas : le Temps a < emporté son âme dans leur jeunesse. 11 aima aussi f Cirrha etCIasa. Ne pleurez pas, car son âme, comme « un lEger soutSe de mai, traverse vos chevelures d'or ( et d'ébène, quand l'amour passe dans vos cœurs. »
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lbs hetes et Les romanciers 289
^ALFÎLcATKE ET GIL'BE'KT
Il y a sur Maltilâtre, ce beau vers de Gilbert :
La faim mit au tombeau Malfllâtre ignoré.
Pour parler en prose, Malfilâtre n'a pas été mis au tombeau par la faim ; c'est l'amour qui, à trente-quatre ans, l'a arraché des bras des trois Grâces pour le jeter dans les bras des trois Parques.
Malfilâtre était ignoré à sa mort, mais son épitaphe a été écrite par la postérité elle-même. Il en sera ainsi d'Hégésippe Moreau et de tous ceux qui n'ont éveillé la curiosité littéraire qu'au bruit de leurs funérailles. « Qui est-ce qui chante là-bas? — Qu'importe! je n'a; pas le temps de foire de nouvelles connaissances, > dit le public indifférent. •• Qui est-ce qu'on enterre là-bas? — C'est un poËte qui n'avait pas de place au soleil des portes. —Ahl dit le public, si j'avais su qu'il y eût un poËte du nom de Malfilâtre, de Gilbert, d'Hégésippe Moreau! » Et on venge le poËte mort sans songer qu'il y a toujours un poËte vivant qui n'a pas sa place a au banquet de la vie, »
Malfilâtre avait étudié pour sa muse, comme La Fontaine, Vart de plaire et de n'y songer pas ; il avait vécu en familiarité intime avec Ovide ; il aimait Ovide jusqu'à boire, par les lÈvres de sa muse, les Tristes et les Métamorphoses, comme Cléopâtre buvait des perles.
Dépaysé entre Jean-Baptiste Rousseau et Saint-Lambert, il est de ceux qui n'ont pas eu le bonheur de venir en leur temps. Il a cherché sa voie et n'a trouvé que le tombeau,
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LE biX-MntTiÈitE SIÈCLE
Il ne reste de lui que son nom et une strophe sur le Soleil :
Je te salue, âme du monde.
Sacré soleil, astre de feu.
De tous les biens source fécondé, Soleil, image de mon Dieu.
Aux globes qui, dans leur carrière, Rendent hommage à ta lumière, Annonce Dieu par ta splendeur :
Règne à jamais sur ses ouvrages; Triomphe, entretiens tous les âges De son étemelle grandeur.
Cette strophe, très admirée dans les collèges, vaut ce distique d'un méchant poiile qui venait de lire la Vie de Galilée :
Soleil, ime du mondé et ehànsùn des beaux jours, Ne tourne plus jamais et rayonne toujours.
11 reste aussi de Malfilâtre une belle traduction dv. Super fiumina Babylonis :
Assis sur les bords de fEuphrate, Un tendre souvenir redoublait nos douleurs; Nous pensions à Sion dans cette terre ingrate, Et nosyeux, malgrénous, laissaient couler despleuTS.
Nous suspendîmes nos cithares A ux saules qui bordaient ces rivages désetls ', Et les cris importuns de nos vainqueurs barbare! A nos tribus en deuil demandaient des concerts.
Chante^, disaient-ils, vos cantiques; Répitex-noui ies airs si vantés autrefois,
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Ces beaux airs que Sion, sous de vastes portiques, Dans les jours de sa gloire, admira tant de fitis.
Comment, au sein de l'esclavage, '
Pourrions-nous de Sion /aire entendre les chants? Comment redirions-nous, dans un climat sauvage, Du temple du Seigneur les cantiques touchants?
O cité sainte! ô ma patrie!
Chère Jérusalem, dont je suis exilé, Si ton image échappe à mon âme attendrie.
Si jamais, loin de toi, mon cceurest consolé;
Que ma main tout à coup séchét Ne puisse plus vers toi détendre désormais; A mon palais glacé que ma langue attachée Dans mes plus doux transports ne te nomme jamais!
Au XVIII* siècle, ce qui manquait le plus aux poëtes c'était la poésie. Malfilâtre a traduit une grande page biblique, mais il n'a rien créé.
La même province donnait le pur, en plein dixhuitième siècle, à un poiite et à une courtisane qui devaient mourir tous les deux d'une façon théâtrale : le poète à l'hôpital, la courtisane sur la guillotine. Vous avez reconnu Gilbert et niadame Du Barry *, beaucoup de poésie et un peu d'amour.
Je vais effaroucher toutes les blanches illusions qui protègent les tombes, en disant que Giibert est mort
* J'ai déjà rappelé que Jeanne Darc et Jeanne Vaubernier, les deux Jeanne de la monarchie, aont parties toutes deux de ce village poétique, Vaucoitleurs !