‹ Louis XVIChapitre 59 sur 62 · DESTOUCHES · texte numérisé non relu

DESTOUCHES

- M. le régent l'envoya en Angleterre, chargé des affeires de France. Il y demeura septans.ety épousa une jeune Anglaise. Il se retira dans sa terre de Fort-Oîzeaui, près de Melun, y composa toutes ses pièces, venait à Paris les communiquer à ta &mille des Quinaut, qui les lui disait refaire presque ep entier, lui fournissant des traits dont il manquait absolument, et en fitant des choses de mauvais goût, dont il était rempli. Il s'en retournait la veille de la première représentation. Il était d'une pesanteur et d'un ennui délestables, mais fort honnête homme. Il a fini ses jours dans sa campagne, après avoir fait une Réfutation de Bayle, que les partisans de ce dernier auraient bien désiré qui fût imprimée. ]i avait composé un recueil de huit cents épigrammes; c'en eût été une cruelle que de le fiiire paraître.

On a beaucoup dit que Voisenon avait fait les opérascomiques de Favart. « Favart inventait la fable, et Voisenon habillait la poupée, j Je le veux bien. Si on le leur demandait aujourd'hui, ils répondraient peut-être : Aï l'un ni l'autre, comme dans l'épigramme de Ra-

Mais il y a une œuvre que Voisenon peut revendiquer aujourd'hui après un siècle. Cette œuvre, c'est ce mot qui peint deux hommes et deux rois. < Henri IV fut un grand roi, Louis XIV fut le roi d'un beau règne. > Tacite n'eût pas mieux dit.

Après plus d'un demi-siècle de folies, madame Favart

Coo'ilc

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étant morte, il jugea que le temps était venu de se faire enterrer. !1 partit pour le château de Voisenon, où il se fit apporter un cetcueil de plomb. • Voilà donc, dit-il avec plus de philosophie que de religion, voilà donc ma dernière redingote. * Et se tournant vers son laquais, qui était devenu presque aussi riche que lui : • J'espàrc qu'il ne te prendra pas envie de me voler celle-là. »

Le cercueil était ouvert, mais la mort n'était pas encore là. Voisenon fit connaissance avec quelques voisins de campagne, même avec son curé. II chassait, jouait au trictrac et lisait Voltaire, disant qu'il lisait son bréviaire. Quoique ce fUt toujours un gai vivant, les paysanscriaient au fantôme ; lui-même disait : m J'ai l'air d'un revenant de la famille. ■ Quelquefois il se mettait au lit, croyant ne plus se relever, c Adieu, mes amis, c'en est fait ; venez demain à mon enterrement. • Le lendemain, on venait en habits de deuil, et on trouvait Voisenon à table, occupé à griser son médecin. Un jour, il était tout à fait mort ; le médecin l'abandonna. Les domestiques effrayés coururent au village chercher le viatique. L'abbé de Voisenon sonne ; on ne répond pas. 11 s'effraye ; il devient furieux, il a une crise terrible, après quoi il se lève, s'habille, prend son fusil, et le voilà parti pour la chasse. Sur son chemin, U rencontre le viatique et tout le village en procession. Il se met à genoux, comme'un bon chrétien, et poursuit sa chasse. Pendant qu'il tue un lièvre, le prêtre arrive au château pour administrer le moribopd. On ie cherche partout, même dans son cercueil ; son valet de chambre effrayé le poursuit en pleine campagne. Il finit par le joindre tout essoufflé. < Ah! monsieur l'abbé, vous n'en ferez jamais d'autres. Vous nesavez doncpasque M, lecuré vous attend pour vous donner l'exlréme-onction ? *

Sa dernière heure vint pourtant ; mais ce ne fut pas l'heure de la pénitence. Le curé l'exhortait à se réconçiliçr avec Dieu en lui montrant Iç crucifix. * Rupture

Les poeïes fï tzt ROMAHccEhs

entière, monsieur le curé, dit le sacrilège abbé ; je vous rends lettres et portraits. » Les lettres, c'était le bréviaire ; le portrait, c'était le crucifix! O Voltaire! voilà quel fut le 71" volume de tes œuvres 1

On chanta ainsi l'oraison funèbre de Voisenon ;

L'académicien Voisenon

A rendu son âme légère,

Et va dans le sacré vallon

Composer un nouveau bréviaire

A l'usage de t'Opéra.

Près de l'Amour il obtiendra

L'emploi de premier secrétaire,

Et Vénus le pensionnera

Pour être aumônier de Cythère.

Voltaire, qui avait été son parrain au Parnasse, ne le laissa point partir pour l'autre monde sans lui faire son épitaphe. En effet, Voltaire avait déjà un pied dans la tombe. Ils s'en allaient tous gaiement. Ils avaient fait rire l'enfer : ils espéraient continuer par là à débiter des contes en prose et en vers. Ils ne désespéraient pas de souper chez Satan en compagnie de Nion, pendant que tous Us blasphémateurs du roi Voltaire, Fréron, Desfoataines et les autres, grimaceraient dans les flammes de leurs libelles.

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