‹ Louis XVI et sa courChapitre 10 sur 172 · CHAPITRE HHENIF.n · texte numérisé non relu

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retraite pour entreprendre l’esprit du roi; mais elle y rencontra la plus dure résistance; le roi était prévenu contre Choiseul par les mémoires et les recommandations de son père. Il avait existé entre le Dauphin et ce ministre une hostilité si flagrante, qu’une sourde accusation fut répandue contre le duc d’avoir abrégé les jours du prince par le poison. On avait lait pénétrer ces noirs soupçons dans l’esprit de louis XVI. La famille royale, en garde contre l’influence autrichienne, en profita pour triompher «le la reine et repousser Choiseul. Mesdames, filles de Louis XV, fort écoutées du roi, leur neveu, s’armèrent contre l’homme d’Etat des souvenirs hostiles «lu Dauphin , de ses jugements, de ses mémoires, et des vieilles maximes politiques de leur maison, que Choiseul avait renversées. La reine eut le dessous dans «'ette lutte, qui fut suivieentre elleet les princesses de blessures vives et de longs ressentiments.

Le duc de Choiseul écarté, les tantes mirent en avant trois candidats, le cardinal «le Bernis, M. de Machaut et le «-ointe de Maurepas, anciens ministres tous trois, et disgraciés sous l’autre règne; ils étaient bien notés dans les instructions du Dauphin. I,e premier cependant n’était point sans repnx-hes «levant les partisans «le la tradition; il était l’un des premiers fauteurs «le l'alliance autrichienne (r); mais il avait eu bientôt le mérite d’une

(I) Hassan, llixl. de In Mplomnlie. Voir le Traité de I7.‘>(i.

disgrâce; il avait failli, et s’était montré repentant , ce qui est un grand mérite aux yeux des partis. Le cardinal de Bernis n’était point un politique de l’ordre supérieur. Esprit de second ordre , habile , propre à réussir dans les ambassades par la dextérité et le talent d’exécution , il n’avait ni qualités, ni vues conformes à la situation.

M. deMacliaut était un caractère et un esprit d’une plus haute valeur. Il fallait que sa probité eût jeté un grand éclat pour qu’il eut pu, sans se perdre aux yeux du pieux Dauphin, inquiéter l’Eglise, en portant un regard sévère sur ses revenus (i). M. de Machaut eut des idées de gouvernement; et il est resté avec tout le prestige de ces idées , parce que les circonstances ne le mirent point en demeure de les appliquer ; quoi qu’il en soit, ses qualités, ses talents étaient réels, et semblent légitimer les regrets. Si le Dauphin, comme on le rapporte, plaça son fils dans l’alternative de se prononcer entre trois candidats si bizarrement réunis , il fit preuve de bien peu de discernement politique, ou il présuma beaucoup de celui de son fils. Louis XVI eut l’instinct assez juste pour se tourner vers Machaut : il se prononçait pour le plus honnête. Mais sa résolution ne tint pas contre de futiles objections; un dernier mot renversa ce qu’il avait décidé, et fit tourner son esprit du grave

(I) Par l’édit de 1748, M. de Machaut interdit toute donation de biens- Tonds au clergé. Il ordonna en outre de cadastrer la valeur des propriétés ecclésiastiques.

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Machaut au frivole Maurepas. Ou rapporte de ce conciliabule secret une particularité singulière qui montrerait bien Louis XVI tel qu’on le retrouvera toujours. On lui suggéra l’idée d’envoyet à Maurepas cette même lettre qu’il venait d’écrire pour Machaut ; il n’y eut que la peine d’en changer l’adresse (i). Peut-être qu’on le déconcertait sans le convaincre ! Mais il n’avait pas la volonté pour défendre ce que son esprit avait conçu.

Le comte de Maurepas accourut du fond de l’exil où il avait été relégué pour des chansons. Ainsi tournait comme en moquerie, dès le début, cette physionomie sévère que Louis XVI entendait donner à son règne. Maurepas, de la famille des Phélippeaux, fils et petit-fils de ministres, secrétaire d’Etat lui-même à l’âge de seize ans , avait déjà fourni une longue carrière politique sous Louis XV. Il ne semblait [joint fait pour une disgrâce sous un tel maître , car il était le ministre véritable d’un prince paresseux et ennuyé. Peisonne ne savait mieux que M. de Maurepas se donner du loisir au sein des affaires, et amuser de plus d’anecdotes et de bons mots le travail du roi. Son esprit leste et sémillant faisait passer l'administration dans la causerie. La monarchie , il est vrai , pouvait être mieux servie que par ce conteur, qui savait faire du gouvernement un passetemps. 11 laissa dépérir la marine ; mais aucun ne se re-

(1) Soulavie, Mém. du règne de Louis XVI, t. 11, p. 146. — Mim. de madame Campait , 1. 1, p. 81.

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commanda mieux aux convenances personnelles de Louis XV. I)e tous les courtisans ministres, il fut le plus frivole et le plus élégant; cependant il fut disgracié. C’cstque la frivolité de Maurepasétait si naturelle, qu’elle déjouait parfois son ambition. Il n’était point de ces politiques assez forts pour mettre leurs goûts et leurs instincts au service de leur fortune; il ne ressemblait ]>as au prince de Kaûnitz, dont la futilité réfléchie servait à masquer des desseins profonds; Maurepas était maîtrisé par la sienne ; il perdait de vue l’ambition pour les bons mots. "C'est qu’il y avait dans M. de Maurepas un page de cour sous un habit de secrétaire d’Etat. Cet esprit si léger qui s’échappait en saillies et qui oubliait tout dès qu’il y avait matière à un couplet , ne tint pas à la tentation d’en faire sur madame de Poinpadour elle-même; on ne saurait garantir si le roi y échappa ; c’était par ce point-là seulement que ce courtisan flexible bravait toute contrainte : il lui fallait, à défaut d’autre, la liberté des épigraimnes. I^es couplets du comte de Maurepas lui attirèrent une Complète disgrâce et un exil de vingt-cinq ans. 11 s’en consola comme pouvait le faire un homme de son caractère : il fit des petits vers plus que jamais, joua la comédie dans son château , et chansonna tous ceux qui avaient eu part à sa disgrâce : telle fut sa philosophie. Sa longue retraite et les années ne le rendirent pas plus grave. S’il eut du temps pour méditer, ce ne dut êtreque sur l’intrignCqui avait amené sa chute. \u reste,

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le comte de Maurepas, déchu dans la faveur du prince, s’éleva en raison de cette chute dans la faveur du public, Sous cette monarchie tempérée, comme on disait, par des chansons, celles du comte de Maurepas lui étaient comptées comme de l’indépendance.

Le rappel du vieux ministre fut bieu accueilli par l’opinion; on avait travaillé de plus d’un côté- à lui aplanir la voie. Le ministère laissé par Louis XV à son successeur l’acceptait sans résistance. Son chef, le duc d’Àiguillon, cpii était le neveu de Maurepas, crut se consolider par la rentrée de son oncle; et il mit à son service toutes les influences dont il disposait. Bien que Maurepas eût penché autrefois vers les philosophes et les parlementaires, il se vit ainsi appuyé par le parti des jésuites et du pouvoir absolu, qui se rencontraient par hasard avec l’opinion. Le chancelier Maupeou, l’abbé Terray, le prince de Soubise, de Boynes, Bertin et la Yrillière, composaient le conseil : c’était de tous les miuistères de Louis XV le plus vil et le plus liai; il avait pactisé avec la Dubarry; on avait à lui reprocher de honteuses banqueroutes , la destruction des parlements et la ruine de la Pologne. Maurepas, à peine installé a Versailles, n’eut rien de plus à cœur, malgré la parenté et les obligations qui le liaient aux ducs d’ Aiguillon et de la Vrillière, que de se débarrasser de pareils collègues. La faveur publique qui avait eu parta son rappel lui semblait bonne à conservée. D’ailleurs, le franc, es-

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prit de despotisme qui était le cachet du ministère de d’Aiguillon n’était point le fait d’un quasi-philosophe comme Maurcpas. Il n’avait ni le goût ni le courage qu’il fallait pour charger ses vieux jours d’une pareille responsabilité : « Je ne veux point, disait-il, être traîné sur la claie pour les affaires de M. de Maupeou. »

IjC comte de Maurcpas mit en œuvre tout ce qu’il avait d’adresse pour s’emparer de l’esprit du roi ; il y réussit ; il le charma en lui faisant des anecdotes sentimentales sur le Dauphin. On dit que ses goûts frivoles et ses bons mots avaient d’abord choqué Louis XVI; mais le génie souple de Maurcpas se modifia près de lui. Son facile travail, sa clarté d’exposition et ce tour élégant qu’il donnait aux affaires, plurent au petit-fils comme à l’aïeul. Louis XVI était vraiment désireux et pressé d’apprendre; il croyait se former vite dans les mains habiles de M. de Maurcpas. Cet homme si fin avait à côté de ses instincts frivoles, une intelligence nette et de l’aptitude au gouvernement : c’était un esprit lumineux, a dit M. de La Fayette, qu’on ne peut suspecter de partialité pour lui.

Le comte de Maurcpas, sous le titre modeste de ministre d’Etat, posséda le crédit (l’un premier ministre. Pour se l’assurer mieux, il en sacrifia les apparences; il n’en prit point les émoluments; sa simplicité économe plut à Louis XVI. 11 travailla sans bruit à écarter tout ce qui pouvait lui faire ombrage; il acheva de perdre

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