‹ Louis XVI et sa courChapitre 9 sur 172 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

un instrument de domination. Ce nouveau directeur de conscience, au service de la maison d’Autriche, était pour celte jeune reine, qu’il égarait, l’infaillibilité vivante (i). Elle avait, elle, tout ce qui attire, mais il lui apprit à repousser, à blesser l’opinion; cet homme, chargé d’élever une reine de France, l’empêchait d’être Française. Un parti puissant se forma de bonne heure à la cour contre Marie-Antoinette, et la faute en fut surtout à l’intrigant obscur qu’on lui avait donné pour guide.

Dès son début à Versailles, une affaire d’étiquette l’avait compromise , et les nobles lui gardaient rancune d’une prétention inconsidérée, dictée par l’orgueil de sa maison. Deux princesses de Lorraine, ses parentes, avaient pris le pas sur les grandes dames de France, aux fêtes de son mariage. On se plaignit avec éclat, et Marie- Antoinette^ oubliant qu’elle était dauphine, répondit aux plaintes par des railleries, auxquelles sa position donnait un sens plus blessant et plus cruel. Elle s’eu prit à l’étiquette française : c’était pour elle le seul côté de la France qu’elle pût attaquer (2). En cela, elle commençait de gagner le funeste surnom qu’on lui donna plus tard, l' Autrichienne. I .a France, alors, qui s’inquiétait peu des humiliations et des blessures de l’aris-

(t) Mém.du marquis de Ilouillé, p. 33.

(2) Elle appelait la comtesse de Noailles , sa première dame d'honneur, madame F Étiquette.

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tocratie, ne prit pas garde à ce débat, et la Daupliine resta populaire jusqu’à la fin du règne de Louis XV. Elle avait été humiliée à Versailles par madame Dubarry (i); c’était bien quelque chose pour tout ce qui avait un peu de fierté en France, et la faveur publique l’avait vengée; cette faveur l’accompagna jusqu’au pied du trône.

Le premier acte politique du nouveau règne devait donnera la reine l’occasion de montrer son pouvoir. Le renouvellement du ministère était inévitable; les derniers ministres de Louis XV, détestés, avilis, ne pouvaient être maintenus sans ruiner la popularité de Louis XVI. La reine poussa la première au changement. On souliaitait ardemment à Vienne le retour du duc de Choiseul , et Marie-Antoinette y travailla de tous ses efforts. On sait ce qu’avait été Choiseul : il avait négocié le traité de 1758 et le mariage de Marie-Antoinette. C’était un Lorrain , partout vassal de la maison de Lorraine; il lui avait prêté foi et hommage à Vienne, lors de son ambassade , et lui avait tenu son serment quand il fut ministre à Versailles. La fille de Marie-Thérèse devait bien un peu de reconnaissance à cette fidélité éprouvée; une circonstance vint l’aider dans sesefforts. La maladie de Louis XV avait jeté l’épouvante, et donnait grande vogue à l’inoculation. Louis XVI et ses frères voulurent s’y soumettre. La reine profita de la

(I) I.a Dubarrv, envieuse de la jeunesse et de l'éclat de In Dauphine, l’appelait insolemment la Petite Rousse.

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