‹ Louis XVI et sa courChapitre 102 sur 172 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

sa fortune. Ce nouveau ministre fut M. de Galonné; il sortait, comme Turgot, de l’intendance d’une province, pour devenir aussi contrôleur général; la ressemblance entre eux n’allait pas plus loin. Parmi les intendants, M. de Galonné aussi était renommé; le rôle qu’il avait rempli fort jeune dans le procès célèbre de La Ghalotais lui avait valu le surnom de Iuiubardeniont de Calunne. Quoique sorti de la magistrature , il s’était compromis avec elle lors de sa lutte contre Maupeou; il était suspect au Parlement comme au public ; mais il avait des amis qui travaillaient à le faire ministre depuis longtemps. La reine, dès la première année du règne, l’avait mis en avant (i); mais Maurepas l’écarta tant qu’il vécut ( 2 ). La cour saisit l’occasion de le pousser au poste qu’il convoitait depuis longtemps. 11 avait pour concurrents des hommes fortement appuyés comme lui : Galonné l’emporta , grâce à l’appui des Polignac et de la reine, aux impétueuses recommandations du comte d’Artois, et, par hasard aussi , à celles du prudent Vergennes, qui fut la dupe d’une mystification (3).

(1) Chronique secrète de Paris, en 1774, par l’abbé Bandeau ; Revue rétrosp.

(2) M. de Monthyon cite un échec qu’essuya Calonne au conseil où il fut appelé. Voir p. 208.

(3) M. de Montlivon rapporte encore, à ce sujet, une anecdote dont voici le fond : « Le banquier de la cour, d'Harvelay, ami de Vergennes , lui avait chaudement recommandé Calonne , qui était l'amant de sa femme. » {Idem, p 275.)

L’état dans lequel M. de Calonne prit lesfinanees serait malaise à déterminer. Les actes publics n’en sauraient faire foi , car les édits du roi à cet égard se contredisent selon les temps. Necker avait établi que le revenu excédait la dépense de dix millions «à sa sortie du ministère ; inaisleschargcs extraordinaires, comme on l’a remarqué, ne figuraient pas dans cette balance (i). Quelques anuées après, Calonne déclarait, au nom du roi, que l’équilibre n’avait jamais existé. Après les ministères de Fleury et de d’Ormesson on retrouva le déficit plus énorme qu’il n’avait jamais été. Calonne présenta ainsi la situation : « Lorsqu’à la fin de 178^, dit-il, le roi daigna me confier l’administration de ses finances, elles étaient, on ne l’a que trop su, dans l’état le plus critique. En réalité , il y avait 220 millions à payer pour restant des dettes de la guerre; plus de 80 millions d’autres dettes exigibles, soit pour l’arriéré des dépenses courantes, soit pour l’acquittement de plusieurs objets conclus ou décidés antérieurement; 176 millions d’anticipations sur l’année suivante; 80 millions de déficit dans la balance des revenus et dépenses ordinaires; le payement des rentes excessivement retardé ; le tout ensemble faisant un vide de plus de 600 millions : et il n’y avait ni argent ni crédit (2)... »

(1) Voir Bailly, Hist. financière de France , t. II, p. 250 et suiv.

(2) Discours de Calonne à l’assemblée des Notables. Voir Histoire parlent., t. I, p. 181 à 204. — Voir aussi Bailly, qui porte la niasse

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