CHAPITRE IV
qu’aux singularités les plus caractéristiques île l’époque île Lavv ; ce temps ouvrait aux imaginations tant île perspective vers l’inconnu, que la richesse avait ses chimères et ses superstitions, de même que la science, de même que la politique.
La banque de Saint-Charles et les Philippines vinrent renouveler toutes les merveilles du Mississipi; les actions de celte banque espagnole, fondées sur l’appàt de profits fantastiques au delà des mers, étaient plus recherchées à Paris qu’à Madrid ; car le prestige augmentait avec la distance. Cette folie coûta à la France une somme de soixante millions. Des compagnies particulières profitèrent du moment, et lancèrent dans le tourbillon une multitude d’actions qui s’élevèrent rapidement pour retomber plus vite. Ce fut un emportement inouï; les esprits les plus ardents y étaient entraînes. Mirabeau , payé par Galonné , dirigeait alors toute sa fougue contre l’entreprise des eaux de Paris, que Beaumarchais employait sa plume caustique à défendre.
Mais ce turbulent spéculateur occupait alors l’attention d’unc autre manière : au milieu de ses opérations financières il fit le Mariage de Figaro. Ce fut une date politique que la représentation de cette comédie. JiC gouvernement laissa faire, ou plutôt il n’y avait plus de gouvernement ; les vieilles institutions ne se défendaient plus; cette société, qui s’en allait, n’avait la force ni de s’amender, ni de se défendre; elle vou-
282 LOUIS XVI ET SA coun.
lait rire seulement; à l’occasion elle riait d'elle-même et de la maladie qui l’emportait. Les hommes du pouvoir, les hommes de la cour furent les plus ardents à prôner la pièce ; ils voulurent qu’elle fût représentée :
, elle le fut, et ils se trouvèrent aux premières places pour l’applaudir; il leur parut plaisant de s’appeler Almaviva, de se voir lancer à la tête, en une soirée, tout ce que le dix-huitième siècle avait amassé contre eux d’accusations et de moqueries. Ouvrage d’une terrible portée , qui rendit plus familiers par la scène , et plus frappants par le ridicule, tous les abus de la vieille société. C’était unecomédie encyclopédique, comme on l’a dit. Cette exorbitante intrigueétait, sous toutes ses laces, le miroir du temps, et par ses côtés sérieux, et par ses côtes frivoles. Le dix-huitième siècle y trouvait jusqu’à cette licence du discoure , livrée d’opposition que les hommes les plus grands de l’époque, Montesquieu luimême, avaient portée. Le cercle s’était ouvert par les Lettres persanes , et venait se fermer par le Mariage de Figaro.
C’est là un fait digne de remarque et trop sérieux pour que la frivolité seule l’explique : la loi morale était compromise dans le vaste ensemble des choses qu’on attaquait ; par la licence on bravait en même temps la prescription religieuse et la convenance du monde ; cela semblait du courage encore; chez les écrivains, c’ér tait de l’esprit fort encore plus que de l’immoralité.