CHAPITRE V
tait jamais que la sœur de Joseph II. Plus elle grandissait à Versailles, plus la haine croissait à Paris. On l’avait insultée publiquement à l’Opéra : on l’avait appelée madame déficit. Quand lo roi sortait, on le saluait encore; les acclamations l’accompagnaient et le suivaient après qu’il était passé; mais elle , d’une beauté si électrisante, ne faisait plus jaillir de la foule , quand elle se montrait, que de sombres regards ou de haineuses imprécations (i). Elle eh pleurait dans sa fierté courroucée; elle aurait voulu les hommages, et elle n’avait que la puissance! Pour une femme comme elle, ce n’était pas assez. Elle se plaignait du peuple au roi: semblable à à un enfant gâté qui demanderait l’impossible, elle venait lui demander les adorations des Français, comme si elles eussent fait partie des attributions de la couronne que Louis XVI lui abandonnait!
Ce ministre qu’elle venait de donner au roi malgré lui, ce Loménie deBrienne, jugé si capable dans les salons de la reine, était le digne descendant d’une race intrigante et spirituelle. Il était d’une ancienne famille; des idées d’ambition, singulièrement prématurées,
(1) Lors de in procession des États généraux , des femmes du peuple, en voyant passer la reine, crièrent : l'ire le duc ([Orléans'. avee des accents si factieux , qu’elle pensa s’évanouir. On la soutint, eteeux qui l'environnaient craignirent un moment qu'on ne fût obligé d’arrêter la marche de la procession. La reine se remit , et eut un vif regret de n’avoir pu éviter les effets de ce saisissement. ( Mém. de madame Campan,[>. 227 ) t ,
LOlilS XVI ET SA CO ER.
avaient caractérisé sa première jeunesse. On l’avait vil, presque enfant au séminaire , dessiner le château do lirienne, qui devait coûter une somme immense, et s’eii remettre à l’avenir, avec une assurance inouïe, pour en réaliser l’exécution. Meme alors, il disait qu’il deviendrait ministre : préoccupation d’homme médiocre, qui chez plus grand que lui eût été la divination du génie 1 .
Il était entré en Sorbonne, oii , dit un de ses anciens compagnons f i ), il étudia la théologie pour devenir évêque, et le cardinal de Retz pour être homme d’É* tat. Il y soutint une thèse athée, avec les réserves d’un 1 jésuite; car il avait imaginé d’avoir un pied dans chaque parti qui pouvait saisir le pouvoir (a); ét là question était encore entre les jésuites et les philosophes. Quand elle se fut déplacée, Lottiénie ne se montra plus que ce qu’il était au fond, c’est-à-dire incrédule; le 'due de Choiseul, à qui il était dévoué, le fit nommer par M. de Jarente, ce prêtre simoniaque et dissolu, évêque de Condom, et trois ans après, archevêque de TôulouseJ C’était lui qui avait désigné l’abbé de Yermondà M. de Choiseul, quand on eut Ix'soin d’envoyer à Vienne un précepteur qui apprît la France à Marie-Antoinette; et Vermond reconnaissant répétait journellement à la reine : a que lirienne était l’homme qu’il fallait faire mi-
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(t) HJém. de l’abbé MorcUet. i„i. „|,
(2) Voir Soulavïe, Mém. du règne de Louis A fl, t.,VJ, p. 219. — J)roz, Uid. de Louis Xf'I, t. I, p. 54. -....