‹ Louis XVI et sa courChapitre 136 sur 172 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Ainsi la question se posait de jour en jour plus rigouneuse, et elle était réduite à ces termes que le Parlement tuerait le ministère , ou que le ministère tuerait le Parlement . Quand les pouvoirs publics se font de ces guerres, ils ne reculent pas plus devant le sophisme, qui est un abus de la pensée, que devant tous les autres genres d’excès et d’abus. Un jeune conseiller, Goislard de Montsabert, soutenu par sa corporation, essaya de mettre obstacle à la levée de l’impôt, en se couvrant de la thèse déjà discutée sous Necker : que faute de représentants votant les subsides, un propriétaire est le seul juge de ce que sa terra doit payer. Ce principe était faux au point de vue de la monarchie de Louis XVI 5 le but, c’était de soustraire les terres nobles à toute vérification. Ordre fut donné aux gens du roi de surveiller la conduite des contrôleurs; ce qui mit entrave au travail de la perception. Il était évident que de tels principes étaient la négation de tout gouvernement qui n’admettait pas de représentation nationale, et semblaient autoriser le coup d’Etat projeté par le ministère. On y travaillait de longue main, mais en faisant de ces confidences malhabiles qui avertissent trop l’ennemi; même ce qu’il leur importait de cacher davantage, ces faibles courages le laissaient échapper. Des clubs s’étaient organisés chez les parlementaires. Duport avait ouvert sa

prunt négocié ne se remplit pas. (fiist. parlement., 1 . 1 . p. 228 .)

maison à ces réunions. Là, en se disposant à la défense, on commençait la lutte, car les magistrats indiquaient les projets du ministère au public, et se conciliaient d’avance l’opinion .

J«e gouvernement se préparait et agissait aussi : les commandants se rendirent partout à leurs postes ; les militaires rejoignirent leurs drapeaux. Des officiers généraux, des conseillers d’Etat, partaient pour les provinces, avec des paquets cachetés qu’ils devaient ou*, vrir le même jour et à la même heure (i). A Versailles, depuis plusieurs jours, on gardait à vue des imprimeurs qui travaillaient jour et nuit. Le Parlement, prévenu de cequi se tramait, tint séance le 3 mai. D’Espréménil, qui était le mandataire de la situation du coté de sa compagnie, avait son thème fait à l’avance. 11 proposa de publier un arrêté renfermant les principes constitutifs de la monarchie française. Dans cette espèce de manifeste, il était dit que « le système de la seule volonté, clairement exprimé dans différentes réponses surprises au seigneur roi , annonçait le funeste projet d’anéantir les principes de la monarchie, » et que pour cela, besoin était de les rappeler. Ces principes étaient : « le droit de la nation d’accorder librement des subsides, par l’organe des Etats généraux régulièrement convoqués,

les coutumes et capitulations des provinces, l’inamovi-

(•I) Hlsl. parlement., 1. 1, p. 22D.

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