‹ Louis XVI et sa courChapitre 137 sur 172 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

bilité dis magistrats, le droit des cours de vérifier les volontés du roi, et le droit de chaque citoyen de n’être traduit devant d’autres juges que ses juges naturels, de u’être arrêté par quelque ordre que ce soit, que pour être remis sans délai entre les mains des juges compétents (i). » La déclaration ajoutait que dans aucun cas on ne pouvait s’écarter de ces principes. Toutes les voix y souscrivirent, même celles qui semblaient le moins devoir y adhérer; ainsi les ducs de Iaiynes, de La Rochefoucauld , d’Amnont, de Villas-Brancas, de Praslin, de Fitz-James, de Luxetnhourg-Pinay, de Charost, l'évêque de Châlons, Clermont-Tonnerre, se montrèrent les pim empressés à se porter fort pour les principes que la déclaration contenait. Ils n’allaient à rien moins qu’à renverser à jamais cette monarchie militaire (ht bon plaisir, qui n’était plus que l’ombre d’elle-même, et à y substituer un régime nouveau, qui s’inspirait de l'Angleterre.

La cour, prévenue et blessée tout à la fois par cet acte solennel , expédia unelettre de cachet contre Montsabert et d’Espréménil , et cassa la déclaration ; mais elle ne l’ ôtait pas de la pensée de la France, de la mémoire de tous. Quant à Montsabert et d’Espreménil , ils allèrent chercher asile dans le sein même du Parlement ; démar-

(I) Voir Arrêté du parlement, les pairsy séant. Ane. lois franc -, règne de Louis XVI, t. VI, p. 532 et suiv. — H Ut du parlein. y par Dnfev, t. II, p. 4'2â.

chèque Brien ne eût dû prévoir et empêcher, car il en résulta une de ces scènes puissantes sur les imaginations, et d’où le pouvoir, vainqueur en fait, et le fût-il même endroit, sort toujours vaincu dans l’opinion. Les magistrats reçurent les deux conseillers avec un faste d’cgards , une pompe de protection qui était comme le sentiment d’une personnalité partagée. Le Parlement députa à Versailles pour protester contre la mesure qui frappait les conseillers d’Espréinénil et Montsabert. Il arrêta qu’il serait fait au roi des représentations, et attendit, les chambres assemblées , comme on attend l’ennemi sous les armes , la réponse de la cour à ses députés. Il resta ainsi jusqu'à minuit, le palais cerné par des milliers de spectateurs. Pour toute réponse , arriva un bataillon de gardes françaises , une compagnie de gre- * nadiers , ses sapeurs en tête et leurs haches à l’épaule , puis des gardes suisses. Le marquis d’Agoult, capitaine des gardes françaiseset maréchal de camp des armées du roi , entra hautainement dans la salle , porteur des ordres deson maître, et demanda du ton du commandement miii taireoù étaient MM. d’Espréméuil et Montsabert. Ce ne fut qu’un cri : Nous sommes tous cT Espréméuil et Montsabert, dirent les conseillers. Cette fierté des magistrats fit reculer la fierté militaire. D’Agoult fut troublé; mais, se remettant, il sortit, et rentra suivi d’un exempt de robe courte, à qui il ordonna delui désigner MM. Mon tsabert et jd’Espréménil. L’esprit de corps fit mentir

Oli A Pif RE V.

l’exempt, et releva assez noblement son mensonge : il dit qu’il ne les voyait pas. D’Agoult sortit une seconde fois; mais quand il rentra, d’Espréménil , qui sentait bien qu’une pareille scène ne pouvait se prolonger, se leva et se nomma avec dignité. Il s’informa si les soldats avaient ordre de porter la main sur lui , au cas où il résisterait, et sur la réponse affirmative de d’Agoult : « Je vais donc vous suivre, monsieur, dit-il , pour vous épargner ce scandale. » Avant de sortir, il parla, et fit d’éloquents adieux à sa compagnie. Montsabert l’imita en tout , et le Parlement rendit un arrêté à leur gloire et pour demander leur liberté. Il était reconnaissant de cette conduite qui le couvrait d’éclat , car la solidarité des membres d’un corps est étroite , et il était plus puissant quand d’Espréménil et Montsabert sortirent de la salle , qu’avant l’arrivée de l’envoyé du roi.

L'arrêté , du reste , avait tous les caractères de la situation : il était triste , ferme , respectueux encore , mais péremptoire. Le Parlement demandait avec instance qu’on relâchât les deux conseillers , envoyés l’un aux îles Sainte-Marguerite , l’autre à Pierre-Encise; il le demanda, non pour l’obtenir, il savait trop que la cour s’était aventurée dans une voie où reculer n’était plus possible , mais il le demanda pour qu’on entendît bien en France qu’il le demandait.

Peu de jours après (8 mai 1788) le Parlement fut convoqué extraordinairement à Versailles. Leroi , dans

„ LOUIS XVI ET SA f.Ol'R.

un lit de justice , ouvert avec des paroles sévères , fit enregistrer sans discussion six édits, qui renfermaient tous les projeta du ministère, tous les changements préparés avec tant de soin et de mystère inutiles. C’était le coup porté au cœur du Parlement ; c’était une révolution dans les coutumes de la monarchie , mais contraire à celle que le vœu du pays appelait. Le roi , par le plus important de ces édits, dépouillait le Parlement du droit d’enregistrer les lois; il créait une cour plénière, et l’investissait de ce droit d’enregistrement . On y faisait entrer la grande chambre du Parlement de Paris, les princes du sang , les pairs, beaucoup d’hommes de cour et d’administration. Tout le sens réel des édits portait sur ces dispositions ; |es autres n’y étaient que pour les masquer: décoration arrangée , qui ne trompait pas. On y trouvait d’utiles réformes sur la hiérarchie et les circonscriptions judiciaires , sur la justice criminelle; mais ces réformes manquèrent leur but. Elles avaient été employées comme un moyen de populariser le coup d’Etat contre le Parlement , et ce fut ce coup d’Etat qui les empêcha d’être goûtées : c’était »m piège tendu à l'opinion? On y gagnait toujours epielque chose. Ce fut là le seid profit de la France sous le ministère de Brienne. Si l'esprit île parti n’avait pas tout couvert de sa voix implacable, avec quelle reconnaissance n eut-on pas salué toute amélioration dans le régime pénaH Avec quel enthousiasme f ce n’est point trop dire) le siècle qui |K'ii-

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