I.OlilS XVI ET SA coin
lions; mais nonobstant cela , la réussite se conçoit à peine. la' second ministère de Necker est sa gloire comme financier, bien qu’il ait opéré avec moins d’éclat, et sur un champ moins vaste que dans l’autre. L’esprit public, tourné vers un point plus haut que les finances, fut moins attentif à ce que Necker faisait pour, le trésor qu’à ce qu’il préparait pour les institutions. Mais quoique préoccupé lui-même de la grande, affaire des États généraux, il mit en œuvre tout ce savoir-faire qu’il possédait; il lui fallut ses plus industrieuses ressources pour traverser chaque jour, assurer tous les services, pour faire honneur, comme il le fit, à tous les engagements, sans ajouter rien à la dette ni à l’impôt. Un homme de renom, expert en ces matières, qui juge Necker d’ailleurs avec la dureté d’une religion politique opposée à la sienne, M. de Monthyon rend pleine justice au financier : « La banqueroute de l’État , dit-il, semblait inévitable, et cependant fut évitée sans coup de force, sans contrainte, sans impôts, sans emprunts, sans ces billets d’État si effrayants , si funestes, dont il ne fut fait aucun usage et qui même ne parurent point; il fut pourvu à tous les besoins séparément et pour le moment ; tous les expédients, tous les revirements, toutes les ressources de banque dans lesquellesexcellait M. Necker, furent mises en œuvre; nombre de moyens de détails furent employés, faibles séparément, forts par leur réunion; et ce fut un grand acte de sagesse de n’admettre
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dans ri; moment aucune grande disposition <|ui eût trouvé des obstacles insurmontables dans la faiblesse et le discrédit du gouvernement... 11 n’est aucun temps de l’administration deM. Neckeroîi il ait montré autant de courage, d’adresse, de sagacité et de talent. Scs. industrieuses et justes combinaisons, et le succès qu’elles ont obtenu, tiennent du prodige; et cependant cc*n’est point l'époque de son administration qui a été l’objet des éloges de ses partisans , parce que les hommes sont plus touchés, plus reconnaissants du bien qu’on leur fait que des maux qu’on leur évite, lors même que le service est le plus grand i). »
En effet, l’œuvre administrative de Necker était éclipsée par la grande question politique qui s’agitait. Tout était rempli de l’attente des Etats généraux; le gouvernement les avait promis et les devait assembler pour le i" mai de l’année suivante. Mais ce grand pouvoir de la nation mal défini , tombé dans l’oubli depuis deux siècles, soulevait les questions les plus controversées. Comment se composerait l’assemblée? Quelle part v aurait le tiers état? Quel caractère donner au droit électoral? Où serait le siège de l’élection ? Enfin coinment se ferait le vote au sein des Etats généraux ? En consultant le passé, on y trouvait autant d’irrégularité dans la forme de ces assemblées, qu’il y avait eu d’irré-
(I) Monthyoït, Particularités et Observai ions sur tes ministres des finances, p. 312.
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gularité (tans leur convocation. Brienne, qui manquait d’idées sur tous ces points, avait invite les cours, les académies et tous les habiles à donner leur avis; mais il ne voulait qu’embarrasser le débat dans un conflit d’opinions contraires, et y trouver un prétexte d’échapper à ses engagements. Toute la France fut agitée d’écrits sur la matière. Le Parlement de Paris, rentré en fonctions le 24 septembre, arrêta, en enregistrant l’édit, dès le jour de son installation , ([ue les Etats généraux seraient assemblés selon la forme des États de 1 6 1 4 • Le souvenir de ces États lui était cher parce qu’ils avaient fléchi sous la verge du Parlement; parce qu’ils avaient offert la composition la plus aristocratique; parce que le tiers état y avait été faible et humilié , et qu’ils n’avaient rien donné qu’un vain spectacle. C’en fut fait dès lors de la popularité du Parlement. L’opinion , trompée par cet arrêt , se retourna contre son égoïste allié, et jeta une clameur terrible contre lui. On repoussa, on flétrit l’arrêt, en dévoilant dans mille écrits ce qu’avaient été cesÉtatsde 1614, que le Parlement offrait comme modèle : on put juger de la bonne foi qu’il avait mise à les demander.
Il appartenait au gouvernement de régler ces questions, tant que le pays n’était pas assemblé. Mais Neeker 11e l’osa pas; avait-il lui-même des vues affermies? Savait-il bien d’avance où l’on allait?
Ce giand financier n’avait en politique que des idées