‹ Louis XVI et sa courChapitre 156 sur 172 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

1a conséquence du principe qu’adoptait le gouvernement.

l)u côte de la noblesse, cette résolution fut dénoncée comme une insulte aux Notables, comme un acte audacieux, indécent (i); on n’avait pris leur avis, disait-on, que pour se ménager un triomphe à leurs dépens, en faisant plus qu’ils n’avaient voulu; on ne les avait mis en scène que pour les humilier. On accusa Necker d’avoir manquéà toutes les convenances, en donnant rie la publicité à son opinion personnelle dans un rapport fait en son nom pour exposer les motifs de l’arrêt. Necker, en effet, ne résistait pas là où il avait à recueillir des bénédictions et des hommages; il ne mettait passa gloire à s’effacer. Lors même qu’il se montrait vacillant et timide, il avait besoin d’être vu ; il avait dans sa fonction toute la splendeur d’un sacerdoce. Mais cet orgueil était de noble origine : s’il goûtait tant la considération et le crédit de son caractère, il n’en faut pas faire un trop dur reproche à un homme qui sentait là sa force; il avait grand besoin, en effet, d’être soutenu par l’esprit public dans sa position hérissée d’obstacles : ses embarras étaient écrasants ; les affaires de finances, l’administration, compliquée de circonstances terribles, traversaient à toute heure ses projets politiques. Necker avait subvenu aux premiers besoins dut résor ; mais ces he-

(I) Monthvon, Partie, sur les ministres des finances, p 319.

soins ne finissaient pas, et il s’épuisait à y foire face. L’effort était de conduire sms secousse et sans moyens violents cette machine épuisée jusqu’à l’ouverture des Etats. Ce fut l’honneur de Necker : honneur sans gloriole cette fois, car le succès passait inaperçu. La question du déficit, comme le disait Mirabeau, était noyée dans celle de la double représentation du tiers. Mais le ministre sentait le poids de l’un et de l’autre; il y avait autant de difficultés du côté des subsistances que du côte des institutions. •.!,

La disette et l’hiver sévissaient cruellement (i). Le blé manquait ou ne circulait pas; les moulins , arrêtés par les glaces , ne marchaient plus ; la spéculation , la terreur augmentaient le mal, dont on ne saurait calculer l’étendue, si à toutes ces calamités se fût joint le fléau d’un ministre comme Brienne. La présence de Necker fut un incontestable bienfait; il fallut les immenses ressources de son crédit personnel pour tirer des grains de l’étranger, car la récolte avait aussi manqué au dehors. « L’Amérique, les côtes de la Méditerranée, l’Angleterre , la Hollande et Dantzick furent mis à contribution pour les besoins de la France. Necker suivait de sa main cette vaste correspondance, et ses sollicitations

(I) Le thermomètre descendit à trente degrés Réaumur au-dessous de glace. La Seine était prise dès les premiers jours de décembre ; on trouve une ordonnance à la date du 9 décembre , qui fait défense d’y patiner, (.-/ne. lois fr. Règne de Louis XVI. t. VI, p. 632. y

CHAI'ITUK VI.

instantes étaient presque toujours couronnées <le succès (i). » U uc «le ses premières mesures, sitôt qu’il fut à même d’apprécier le déficit des récoltes , fut d’interdire l’exportation (arrêt du 7 septembre 1788 ). Tl proposa îles primes au* négociants; il forma des entrepôts, rétablit à l’intérieur les transj>orts arrêtés par l’hiver ; mais tout était difficulté : tous les liens politiques étaient relâchés; les subordonnés n’obéissaient plus; le travail était en stagnation; le négoce, effrayé de l’effervescence populaire, se refusait à agir pour son compte, et refusait même les commissions du gouvernement. L'Etat fut obligé de traiter lui-même , et ses achats s’élevèrent à plus de soixante-dix millions. Il fallut trouver du numéraire, car on refusait le papier de France à l’étranger. On s’explique à peine comment fut rassemblée une pareille somme. M. Nécker engagea sa fortune; il donnait sa caution pour l’État (a). Honorons ces grands exemples de générosité politique ; les qualités de Necker par leur contraste, font de lui un homme à part : esprit pratique, rompu aux affaires, avec un caractère dont la pureté touchait à la grandeur : capacité de détail, génie d’administration et de finance, avec un tour de pensée contemplatif et généralisateur.

Au moment de l’ouverture des États généraux, Nec-

(1) OLuc. compl. de Decker, Notice, 1. 1, p. 284.

(2) Idem, Md., p. 260. >

ker proposa à im négociant étranger <lc se charger des approvisionnements de Paris; et comme la situation de la France inspirait peu de confiance à cette maison, Necker offrit sa caution particulière sur toute sa fortune. « De quels moyens n’ai-jc pas fait usage? s’écrie-t-il. C’était l’occupation de tous tfies jours et de tous mes instants; car, indépendamment de la situation critique de Paris , les courriers arrivaient de toutes parts pour m’annoncer des besoins imminents , tantôt dans un lieu et tantôt dans unautre. Un jour, après trois heures d’absence et en descendant de clic? le roi , ma cour m’en parut remplie; ils s’empressèrent de me remettre tous ensemble les dépêches dont ils étaient cliargés... Dans le cours de la nuit, on venait me réveiller pour signer, pour dicter une instruction pressante , pour donner les ordres qu’exigeait un secours indispensable, pour faire cesser par quelque voie d’autorité l’interception d’un convoi , pour suppléer par une disposition extraordinaire à des fonds qui avaient manqué dans un lieu où des achats avaient été commandés, etc. (i). »

(I) Voici un fait qui permettra de juger le caractère de Necker et celui de sou successeur, en juillet 1789. La première lettre que reçut le baron de Breteuil , en entrant au contrôle général , fut la réponse de MM, liope à l'offre que M. Necker leur avait faite de sa caution... « Que signifie cette lettre? demauda M. de Breteuil. — Vous lesavez , lui répondit- on ; ce sont MM. IJope qui acceptent la caution personnelle de M. Necker, et lui demandent ses engagements : doisje leur écrire que vous leur donnerez la garantie promise par votre

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