CHAPITRE PREMIER
rien, en fait d’imprévu et de brusques péripéties, que d’être tiré de l’oubli , pour monter, comme par un coup de baguette, jusqu’au faîte des honneurs. Il y avait en lui un genre de romanesque qui n’était pas de l'époque, et qui s’en détachait par un effet singulier. Il avait vécu plutôt en soldat du moyen âge qu’en officier soumis à l’organisation militaire de son temps. Il avait d’abord été jésuite; élevé dans les colleges de l’Ordre, il y avait professé les humanités; les premiers temps de sa vie restent cachés sous les ténèbres de ces maisons ; il en sortit, et se fit militaire. Il est à croire qu’avant de rompre avec ses maîtres, il s’était fort agité dans leurs mains; c’était une grande tâche qu’ils entreprenaient, et dont le succès eut fait à l’Ordre beaucoup d’honneur, que de réduire à l’obéissance passive un caractère tel que le sien. Tous les ressorts de leur puissante discipline v furent sans doute employés, et le succès ne fut point en proportion de leurs peines. Saint-Germain sortit de leurs liens le plus volontaire et le plus insoumis de tous les hommes. Il se signala presque aussitôt par un duel dans lequel il tua un officier de marque, et il s’en alla prendre du service à l’étranger. H mena dès lors, et sans guère se fixer, la vie vagabonde d’un condottiere. 11 essava de tous les drapeaux , il loua son épée à presque toutes les puissances.
Après avoir servi l’électeur palatin, il passa en Autriche, et fit, sous le prince Eugène, une campagne
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contre les Turcs. Un scrupule d’honneur l’en détacha; il prit de l’emploi en Bavière, et ensuite dans l’année prussienne, pour ne point marcher contre la France : le sentiment de la patrie parlait encore chez ce soldat de fortune, llavait del’honneur militaire, de l’activité, de la bravoure, et il acquit de la réputation dans les camps (i). Il se fitestiiner de Frédéric, qui le traita bien ; mais la discipline prussienne, exacte et dure, imposait bien des gênes, et Saint-Germain ne put l’endurer longtemps. H disparut de la Prusse, et alla s’offrir au maréchal de Saxe, qui commandait pour la France dans les Pays-Bas. Saint-Germain conserva ses grades , et fit, comme maréchal de camp , la dernière campagne contre l’Autriche (2). I.a guerre de Sept- A ns l’éleva dans le commandement ; mais le comte de Saint-Germain n’avait point laissé derrière lui , dans ses courses militaires, cet esprit ombrageux , toujours mécontent, qui l’avait jeté hors de France : il prit querelle avec la cour et avec les généraux.
Quand un prince «le Soubise et un comte de Clermont commandaient les armées, le mérite, sans doute, avait bien quelques griefs à faire valoir, et Saint-Germain fit retentir plus d’une plainte fondée; mais il n’appartenait guère à un homme qui avait ramassé ses
(1) Mém . de Bexenva! , t. Il, p. 210 et suiv.
(2) Il se distingua aux batailles de Lnxvfeld , de Raticoux, et au siège de Maestricht, 1746 à 1748.