CHAPITHE PH EM I ER
mettre ce soin et ce droit à un tribunal compose de magistrats qui devaient, pour S’exercer, être unanimes dansleur décision. Mais Louis XVI, quiavait souscrit à ses vues , ne les avait point réalisées; il n’avait point non plus décidé l’exécution d’un autre plan de Maleslierbes sur les arrêts de surséance , qui n’étaient qu’une suspension scandaleuse de la justice en faveur de débiteurs puissants. Ces idées restées à l’état de projet dans une réforme qui devait être large et résolue pour réussir contristaient le cœur de Maleslierbes; il avait le sentiment du bien, mais il n’en avait pas la puissance. C’était la première fois peut-être qu’une conviction profonde n’était pas une force. Maleslierbes a couvert toute sa vie avec la dernière page de l’histoire de Louis XVI et la lx-lle amitié deTurgot, et de telles choses prêtent à l’illusion ; mais, osons le dire, il n’était que la moitié d’un juste, car il faut que la vertu soit ferme pour être comptée pour vertu dans un homme public. Sa bonté, comme celle de Louis XVI, allait mourir dans la faiblesse; il gémissait du mal , et il ne le réparait pas. Chargé d’introduire les économies dans la maison du roi , il regardait passer, en s’en affligeant, tout ce flot d’abus qu’il ne put jamais arrêter. Aussi sa conscience , qui était pour lui une lumière, lui montrait-elle sans cesse la nécessité de quitter des fonctions pour lesquelles il n’était point fait. Sa fidélité à la destinée deTurgot le retenait encore. Mais quand Turgot vit s’accroître le nombre doses ennemis, quand LouisXN 1,
circonvenu , retira de fatigue sa confiance sitôt épuisée; «piaïul les entretiens du roi et de M. Turgot cessèrent, Malesherbes se crut délié delà fidelité comme de l’espérance. Il prit occasion de la première dissidence avec Maurcpas sur le compte de Turgot, qu’il défendit avec chaleur, pour demander et obtenir de se retirer. Louis XVI, dont la bonté répondait à la sienne , insista pour qu’il restât ministre , et lui dit ce mot (pii marque leur ressemblance à tous les deux : « Que ne puis-je comme vous quitter ma place! » Ainsi le jeune roi dont le règne s’était ouvert avec tant d’espoir confessait, après deux ans, l’impuissance de sa position. La forte intelligence de Turgot n’aboutissait pas plus à un résultat bon et utile, que la mansuétude de Malesherbes, ou la fougue de Saint-Germain.
la: ministre de la guerre procédait dans ses réformes autrement que ses deux collègues; il sc mit à l’œuvre avec la hâte d’un homme que l’âge presse de réaliser sa pensée. Ce qui l’offusquait dans l’année, c’étaient surtout les corps d’élite et la maison du roi; aussi est-ce là que d’abord il porta la main. Au mois de décembre >77 0, il supprima les deux somptueuses compagnies de mousquetaires gris et noirs, et la compagnie des grenadiers à cheval. 11 allait détruire aussi les gendarmes et les chevau-légers, quand Maurcpas et M. de Sou bise, effrayés de ce brusque début et compromis d’intérêt dans celte affaire, mirent obstacle à son projet. A celte pre-