‹ Louis XVI et sa courChapitre 36 sur 172 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

s’attachait au nom de M. deTrudaine; au sein du conseil d’Etat, dont Necker ne faisait point partie, beaucoup de jalousies couvaient également. Sartincs, ministre de la marine, déclamait publiquement contre son collègue des finances; Vergennes procédait avec une réserve plus dangereuse, et Maurepas, qui mettait les petites vanités d’une femme dans la possession d’un pouvoir qu’il n’exerçait pas, abandonnait son protégé, sans doute parce qu’il exerçait le sien trop énergiquement.

En effet, ce n’était pas l’énergie qui manquait à Necker. 11 était peu habile à manier les hommes; mais ce n’était pas faute de les prendre d’une main ferme. Il avait fait embastiller Pclisson , qui avait critiqué ses opérations, et plus tard , quand fut déclarée l’opposition des parlements de Rouen et de Grenoble, il décida le roi à accepter les démissions de tous ces corps. Il avait l’aplomb d’un homme convaincu de la bonté de son système : et réellement ses idées , issues des plus saines conceptions de Law, étaient, dans les circonstances, les meilleures qu’on pût appliquer. Qu’on y songe bien : la France était fort endettée; on ignorait même quel était le déficit, puisque tous les ministres qui se succédaient, a dit un historien, « démentaient, en arrivant, les comptes de leurs prédécesseurs. »

Mais ce n’était pas tout : elle succombait aussi sous un

grand déficit politique. L’organisation des temps anciens

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ne tenait plus; lcsabuspullulaient.il fallait avoir raison de ces abus , ou du moins montrer la bonne volonté de les combattre, et le système de Necker promettait cela. Il faisait dépendre les ressources financières d’une réforme politique; l’action du financier qui emprunte et celle de l’homme d’Etat qui réforme étaient simultanées; le ministre ne se détournait pas de l’une pour accomplir l’autre. Très-certainement on voit dans cette conception une logique de procédés qui honore grandement M. Necker. Si le succès ne fut |>as au bout , c'est que les circonstances étaient telles que l’homme alors n’en voyait pas la portée ; c’est que, surtout, ses moyens d’exécution ne répondirent pas à son dessein. Necker n’avait pas la vertu de la séduction , cette grande vertu nécessaire aux réformateurs, qui ont tant besoin d’enthousiasme. Il n’avait rien de ce qui plaît, éblouit ou subjugue ; sa fermeté même, la seule qualité d’exécution qu’il possédât, safermeté ne maîtrisait point : elle indisposait. Ainsi, quand il s’agit de juger Necker, on peut dire que ce ne fut pas le système qui manqua à l’homme, mais l’homme au système. Seulement, l’histoire, qui évalue tout l’ensemble de la personnalité humaine , si décisif dans les affaires , l’histoire tient rigueur à ces esprits qui gâtent la justesse de leurs vues en les appliquant .

Dès le 7 janvier 1777, Necker avait proposé un emprunt ; dans le préambule, il déclarait que l’Etat était déjà grevé de quarante millions de rentes viagères, et ses

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