‹ Louis XVI et sa courChapitre 37 sur 172 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

ennemis se hâtèrent de dire qu’une telle déclaration était une faute. Avaient-ils raison? Necker, investi de la confiance de tous les hommes d’argent de l’Europe , ne pouvait pas dissimuler la situation ; pour être fort, il fallait qu’il fût franc, et il l’avait compris. Les banquiers, qui savaient apprécier le financier, avaientrcmpli l’emprunt avant même qu’il fût enregistré. Mais le Parlement opposa sa résistance; l’ancien adversaire de Necker dans l’affaire de la compagnie des Indes, Duval d’Eprémenil , combattit , avec l’ardeur d’une position déjà prise contre l’homme, toute espèce d’enregistrement. 11 critiqua passionnément les vues du directeurgénéral , et l’accusa de tout ce dont les hommes qui allaient en arrière accusaient ceux qui allaient en avant , c’est-à-dire d’idées anglaises. Cependant , malgré les efforts de d’Eprémenil et les sympathies que ses attaques avaient rencontrées dans la compagnie, l’enregistrement eut lieu. Cet emprunt fut attaqué par les gens de finance, en haine des banquiers, à qui l’emprunt constituait de certains avantages. On reprocha à Necker de n’être qu’un Tartufe de moralité sans profondeur, parce qu’il convertissait l’emprunt en rentes viagères, opération dont le caractère, disait-on, contrastait déplorableinent avec les prétentions vertueuses du ministre. Madame de Staël, dans sa belle plaidoirie filiale, qu’elle croyait sincèrement de l’histoire , et qui souvent en mérite le nom, madame de Staël dit que l’intérêt

viager, tel qu'il avait été combiné par Necker , était une combinaison tout aussi légitime que l’intérêt perpétuel. Elle montre l’exemple de l’Irlande, où il existait des tontines viagères; elle parle de la France, qui en avait aussi depuis longtemps; puis elle ajoute ce mot inflexible : « Il faut se servir des différents genres de spéculations pour captiver les diverses manières de voir des capitalistes (i). » Certes, plus d’un financier sera de cet avis ; mais la conduite de Necker, c’est-à-dire de l’homme qui s’est le plus travaillé pour réaliser l’accord delà politique et de la morale, est-elle justifiée suffisamment par cet il faut? L’homme qui soutenait comme une thèse que nulle nécessité ne doit faire plier la liberté morale, avait-il bon air de se montrer si docile aux prescriptions de la nécessité? Dira-t-on que Necker n’aurait pas trouvé d’argent en empruntant au perpétuel , tandis que, pour ïes rentes viagères, les prêteurs lui venaient en foule. Comme financier, on peut l’absoudre; mais lui, ne donnait-il pas un avantage à ses ennemis? On jiaye toujours un jour ou l’autre les prétentions que l’on affiche, et celles de Necker l’obligeaient à ne pas se montrer si financier, quand d’abord il s’était montré si scrupuleux.

Cette création de rentes viagères fut une des meilleures armes que purent employer les adversaires de Necker; aussi ne manquèrent-ils pas de s’en servir : les

(t) Considérations sur fa Révol. française , livre I, chap. 5.

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