‹ Louis XVI et sa courChapitre 4 sur 172 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

de la science politique. La société tenait dans ses mains une telle puissance d’éducation, que la noblesse elleinême ne put y échapper. Il y avait là pour elle de la nouveauté, du mouvement, un passe-temps dans sa vie désœuvrée ; la science et la liberté de la pensée, cantine une dernière ressource, lui venaient en aide dans son ennui. Cette noblesse s’y laissa prendre, et ne trouva rien de mieux que de se persifler elle-même, se prenant aussi pour un préjugé.

Et pourtant il entrait quelque chose de plus sérieux dans la tête des ordres privilégiés. Ils étaient conduits aux idées de réforme par d’autres motifs encore; ils étaient las de leur nullité politique. Le rôle que le? institutions anglaises donnaient à l’aristocratie tentait la haute noblesse de France ; d’ailleurs, le siècle tout entier était fort occupé de l’Angleterre; c’était la tendance des politiques avancés, comme on dirait à présent. Voltaire, Montesquieu avaient mis en vogue la constitution de ce pays. 11 suffisait de voir le chemin que l’Angleterre avait fait, tout ce qu’elle avait conquis, tout ce que la France avait perdu, pour concevoir la plus liante idée du gouvernement britannique. L’orgueil et l’intérêt des grands seigneurs attiraient naturellement les plus capables et les plus fiers vers ce genre de gouvernement; l’attitude des lordsanglais, leur influence pouvait séduire un Montmorency, un la Rochefoucault, plus que la domesticité dcVersaillesou le régime des lettres de cachet. Les écri-

vains, les avocats, tous les hommes d’étude trouvaient dans le bruit qui leur venait des grands débats parlementaires un souvenir de la liberté antique et la perspective d’une gloire nouvelle. Et quelle émotion ces hommes n’en devaient-ils pas ressentir, puisqu’une femme, vivant au milieu d’eux et nourrie de leurs opinions, s’écriait avec enthousiasme : « J’aimerais mieux être le dernier membre de la chambre des communes d’Angleterre, que d’être même le roi Frédéric; il n’y a que la gloire de Voltaire qui pourrait me consoler du malheur de n 'être pas Anglais (i). »

La noblesse et le clergé des provinces, s’ils participaient à ce mouvement de réforme , tournaient leur vœu d’un autre côté. Bien plus familiers avec le passé qu’avec les institutions du dehors, ils avaient plutôt à cœur les coutumes représentatives de l’ancienne France, quelques tradilionsde libertés provinciales, où l’aristocratie locale jouait son rôle, qu’un changement de système dans le gouvernement de l’Etat. Le vœu de la petite bourgeoisie se tenait à peu près dans de pareilles limites, et n’imaginait guère de plus sûrs dépositaires des libertés générales que l’ancienne magistrature dispersée par les édits de Meaupou. On pourrait dire encore qu’animée contre les nobles d’une jalousie invétérée , la classe bourgeoise comptait toujours sur le prince, son

(I) Mademoiselle de Lespiuasse, Lettres, éd. in- 12, 1. 1, p. 302.

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