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la féodalité, u II fallait ordonner la suppression générale de ce droit, sauf une indemnité pécuniaire , et l’opinion publique était si fortement prononcée sur cet objet, quelle aurait imposé silence à toute réclamation et surmonté tout genre de résistance (i). »
L’idée des assemblées provinciales appartenait à Turgot, ou plutôt à tout le monde; d’Argenson l’avait inspirée à Louis XV, qui la proposa et la laissa rejeter à son conseil. Sous le ministère de Cboiseul, cette idée fut repoussée une seconde fois, et se réfugia dans les livres des économistes. Mirabeau le père y avait attaché l’éclat quelque peu dérisoire de son nom. C’était la préoccupation d’une foule d’esprits qui passaient pour très-éclairés. Sortie des mains de Turgot, qu’elle compromit, et reprise par Necker, cette idée, en somme, n’était pas heureuse, malgré l’espèce de popularité qu’on lui avait faite. M. Necker dans son Mémoire au Iioi a tracé les conditions essentielles de son administration provinciale, et quoiqu’il s’entoure de précautions pleines de prudence, il ne peut réussir à en faire une idée de gouvernement; car elle créait des centres qu’elle ne reliait pas assez fortement (2); elle perpétuait trop de diffé-
(1) Montlivon , Particul. sur les ministres des finances, p. 244.
(2) L’idée de Turgot n'avait pas tout cet inconvénient. Son plan, jugé en lui-même, est supérieur au plan de Necker; c'est du moins un bel ensemble logique ; mais Necker ne l’adopta pas. Avait-il cru que l'inconséquence était de l’habileté politique? Ul.'uv. de Necker, Notice, 1. 1", p. CXIV.
renées, nuisait à la rapidité administrative, et préjudiciait gravement à l’unité politique.
Sur ce problème, Turgot et Necker semblent être des girondins anticipés. Toutefois l’illusion entraîne pour eux une responsabilité moins pesante, car ils n’avaient point l’enseignement d’une révolution . Louis XIV appelait Fénelon « un bel esprit chimérique; » dans ce noble sens il y avait du Fénelon en Turgot et en Necker, esprits plus élevés que puissants , et dont l'heure semble passée, quand on esta la veille des révolutions.
Ce n’était point en 1 778 que l’invention des assemblées provinciales pouvait être d’une grande ressource : ce dont on souffrait précisément, c’était de l’inanité du pouvoir; la société politique n’étail ni dirigée ni maintenue. Il aurait fallu ramasser toutes ces forces divisées, éparses , et leur imprimer une concentration puissante. C’est là ce que l’invention des assemblées provinciales ne faisait point. Au contraire, elle consacrait cette division de forces, en voulant l’organiser. Si elle y était parvenue, Necker aurait eu à rendre un compte plus sévère, devant l’histoire, de la fortune que du malheur de son dessein.
Au-dessous de Turgot pour la conception systématique des assemblées provinciales, Necker fut au-dessous de lui-même quand il s’agit de réaliser cette conception. Il montra la timidité; qui tâtonne au lieu de la décision qui enlève la difficulté. Certes, on 11c put reconnaître