‹ Louis XVI et sa courChapitre 41 sur 172 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

l'intrépide finançât r que rien n’avait arrêté, quand il avait promulgué et appliqué son système d’emprunt. C’est (pie le financier était fort, c’est qu’il voyait juste, tandis que l 'homme politique était faible, et ne discernait pas très-bien ce qu’il voyait. Un réformateur, pour réussir, ne doit pas avoir peur de sa réforme, et Neeker eut l’air d’avoir peur de la sienne, ün le vit l'opérer par parties, par tronçons, pour ainsi dire, la risquant là, n’osant pas la risquer ici, comme si des réformes étaient des essais et non plus des résultats! U espérait qu’accomplie sur un point, cette réforme rallierait l'opinion des autres provinces, qui la demanderaient au lieu de la subir. Les premières assemblées provinciales instituées par Neeker furent celles du Berri et de la liante Guienne. Elles eurent pour résultat immédiat l’abolition des corvées et la répartition plus équitable des impôta(i). C’étaient là des biens sans nul doute; mais des avantages de cette nature n’étaient-ils pas déplorablcment compensés par le désavantage politique des assemblées?

Ainsi Neeker justifiait le mot qu’il avait dit d’abord à Louis XVI, que s’il fallait un Richelieu pour rétablir les affaires, il ne pourrait les rétablir. En effet, il était si peu un Richelieu, qu’il relevait les ruines que Richelieu avait faites. 11 était évident que ces assemblées étaient instituées de manière à pouvoir être un jour in-

(I) OEttv. de Neeker. Notice, par A. de Staël, t. I, p. X.CV.

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dépendantes de l’Etat(i). Lasculcchoscqu’ilyeûtàloucr dans l’établissement désassemblées provinciales, c’était la tendance qu’elles révélaient : la nécessité , fortement sentie, d’appeler un plus grand nombre d’intelligences au maniement des affaires publiques. Mais, au jxjint de vue de l'intérêt des masses elles-mêmes, il ne fallait pas sacrifier à l’apprentissage de la vie politique l’indivisibilité du pouvoir. Necker l’oubliait trop, puisqu’il n’avait pas élevé, comme Turgot, d’assemblée supérieure au-dessus de toutes les assemblées de provinces. Un homme qui concevait et réalisait si bien l’ordre en matière de finances semble avoir peu compris, en cette circonstance, ce qui constitue l’ordre en politique, le sentiment de la hiérarchie des pouvoirs.

Les parlements, qui avaient enregistré les emprunts

(1) Le roi nommait seize propriétaires, dont trois choisis dans le clergé , cinq dans la noblesse et huit parmi les habitants des villes et des campagnes. Les seize administrateurs pouvaient en nommer trente-six autres. Nous n’avons point à discuter ce mode de nomination , qui n’appartenait ni au roi ni aux propriétaires , mais aux administrateurs eux-mêmes. A l’origino de cet établissement, les membres des assemblées durent être choisis par quart : un quart pris dans le clergé , un quart dans la noblesse , les deux autres quarts dans le tiers des villes et campagnes ; les trois ordres distincts , votant par tête et présidés par le clergé. Plus tard seulement Necker réduisit le nombre des ecclésiastiques du quart au cinquième, alors qu'on trouva qu’il leur était beaucoup trop favorable. Quand on lui adressait ce reproche , on ne réfléchissait pas assez qu’étant dans une position très-délicate vis-à-vis du clergé puisqu'il était protestant , il avait plus à faire qu’un autre pour se concilier les influences de ce corps.

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