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d’assez mauvaise grâce, se montrèrent tout à fait hostiles aux assemblées provinciales. Chose toute simple : le pouvoir dont ils avaient joui allait se déplacer, et ils cherchaient d’autant plus à le défendre, que le péril était plus grand. D’un autre côté, dans le conseil, ceux des ministres qui avaient le plus à cœur les traditions de l’ancienne monarchie se sentirent affaiblis et blessés par l’essai de ces nouvelles institutions. De tous les collègues de Necker, le plus ardent contre lui était Sartines, le ministre de la marine, qui reprenait en sous-œuvre les calomnies lancées déjà contre Turgot : que le directeur général était vendu à l’Angleterre. Necker, poussé à bout , profita de la première prévarication de Sartines pour demander son renvoi. Il l’obtint, ainsi que la nomination du marquis de Castries aux fonctions de Sartines. Ce dernier avait dépassé de 20 millions les fonds extraordinaires accordés au département de la marine. La défense que Sartines publia fut un véritable pamphlet (t).
Le mécontentement plus profond des parlements, cette opposition plus enflammée du conseil , ce renvoi de Sartines, qui, quoique chassé pour un fait honteux, et sans hésitation par le roi , n’en avait pas moins laissé dans cette âme timorée des impressions que Necker devait re-
(t) Necker fit nommer aussi au ministère de la guerre le maréchal de Ségur, homme estimé, son partisan et son ami. Ces deux nominations excitèrent au plus haut point la jalousie de Maurepas.
douter, tout le décida à publier son Compte re/tdu . Mais, loin d’apaiser ses ennemis, en s’offrant par la publicité à leur jugement, Necker les irrita davantage. On l’accusa de manquer de respect au roi, parce qu’il lui disait la vérité. On vit dans son écrit une condamnation eu forme des usages et des mœurs de l’ancienne monarchie. Ceci pouvait être plus vrai que le manque de respect; mais cette condamnation n’était-elle pas dans la simple observation des faits? Le Compte rendu, tant attaqué, et si scandaleux pour un bel esprit de l’OEil-dc-Bœuf tel que Maurepas, qui ne vit de ce livre que la couverture, et qui l’appela, en riant, le conte bleu , le Compte rendu était la conséquence nécessaire du système de Necker; et dans un Etat qui n’avait ni les institutions ni les mœurs politiques de l’Angleterre, il remplaçait, autant qu’il était possible, la publicité constitutionnelle. A notre sens, Necker ne pouvait se dispenser de le publier sans nuire au crédit sur lequel il avait fondé ses finances. On en critiqua tout, et l’opportunité, et la convenance, et surtout la teneur. Au moins, s’il fallait publier les chiffres, disait-on, pourquoi les considérations d’administration et de politique? A cela ne pouvait-on répondre que tout ce qui inspirait ou fortifiait la confiance dqvait être dit? La guerre, dont Necker ne voulait pas, et qui sc faisait pourtant malgré lui, tarissait les ressources. En 1780, on n’avait trouvé que vingt et un millions d’emprunt en recourant à la bourse