CHAPITRE II
c’était lord NortJi qui gouvernait, et lord North ne vil pas la situation de l’Amérique. Informé par des officiers mécontents qui avaient servi aux colonies, il crut qu’avec clLv mille hommes il ferait rentrer dans le devoir, comme disent les pouvoirs irrités , cette nation de puritains inflexibles qui venaient de dire le premier et le dernier mot de leurs résolutions. Iæs premiers coups de feu que fit tirer sur lesinsurgés le général Gage, qui commandait à Boston, n’avertirent pas le ministre. Ces coups de feu, qui devinrent le combat de Lexington ( ic) avril il "J 3 ) et la première victoire des Américains , doublèrent leurs forces par l’effet électrique du succès. Kn quelques jours on vit trente mille hommes sous les murs de Boston. Heureusement pour le général Gage, un convoi arriva qui portait l’armée anglaise à 1 2,000 hommes. G’ctaicut de bonnes troupes régulières, sachant leur métier, et commandées par des hommes de talent, Ilovve, Clinton, Burgoyne. Les Américains, au contraire, étaient mal eu discipline, en organisation militaire, en artillerie; ils ne savaient que marcher en avant et tirer juste. Le 17 juin, ils furentattaqués dans la redoute qu’ils avaient construite sur une hauteur nommée Brunker’shill, d’où ils jetaieut des bombes dans la ville. Les Anglais s’étaient partagés ; un corps d’année attaqua de front le poste où se tenaieut les Américains, tandis qu’un autre devait leur couper toute retraite. Pour y parvenir, il fallait s’emparer de la petite presqu’île de Charles-ïown, séparée
LOUIS XVI ET SA COUll.
de Boston par un court trajet de mer. Les Anglais, protèges par leur flotte, mirent le feu à Charles-Town ; mais ces adroits tireurs d’Amérique profitèrent de la large flainmede l’incendie pour ajuster mieux leurs coups. Ils tirèrent si bien que tous les officiers anglais furent blessés ou tués, à l’exception du général Howe. Ils épuisèrent jusqu’à leur dernière cartouche; et quand leurs fusils furent froids dans leurs mains , ils reculèrent , mais de si peu , et en si bon ordre , qu’on pouvait dire que le siège de Boston n’était pas levé, et que ces chasseurs de la veille battaient en retraite comme des soldats de dix ans. Plus que Lexington, Brunker’shill aurait dû apprendre au gouvernement anglais que ce n’était pas à de vulgaires révoltés qu’il avait affaire, mais à des hommes mûrs pour être une armée aussi bien qu’une nation.
Ils le prouvèrent bientôt , en reprenant aux Anglais la ville de Boston (avril 1 776). Après le combat de Brunker’shill , le congrès avait envoyé, pour commander l’armée, un officier qui avait fait la guerre à une autre époque, et qui depuis, et même avant que l’insurrection eût éclaté, s’était concilié tous les esprits au congrès et ! dans les assemblées par sa sagesse, son habileté, sa modération ferme et sa rare tempérance en toutes choses. Cet officier, qui plus tard devait être un grand homme, et, on l’a dit, le meilleur des grands hommes, était Washington. Son premier soin , à son arrivée devant Boston, fut d'organiser l’armée; le second, de resserrer plus