‹ Louis XVI et sa courChapitre 50 sur 172 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

L’opinion sc prononçait assez pour que le gouvernement n’osât pas employer contre les Américains beaucoup de troupes britanniques. Il louait des troupes allemandes, des troupes suisses, « à ces petits misérables princes , comme disait Cliatam avec un mépris superbe , qui vendent et expédient leurs sujets pour les boucheries d'un prince étranger. » Mais en vain la résistance allait croissant et devenait plus invincible , l’orgueil anglais ne se révoltait pas : l’opinion docile se maintenait du côté de Cliatam , qui continuait de s’élever avec une inextinguible ardeur contre les mesures violentes du gouvernement de son pays.

Il protestait toujours, mais toujours en vain. C’est un grand spectacle que cette persévérance de Cliatam à vouloir retirer le gouvernement anglais de la voie funeste oii il s’était laissé entraîner, c’est un grand et triste spectacle , mais dont nous ne pouvons cependant partager la tristesse. Cliatam , s’il eût réussi à faire accepter son système de concession généreuse et liabile au gouvernement de la Grande-Bretagne, aurait fait un acte méritoire au point de vue de son pays ; peut-être aurait-il ajourné ce grand démembrement, cette rupture de la colonie et de la métropole; mais au point de vue des intérêts de la France, qui étaient aussi les intérêts généraux du monde, ce succès eut été fatal. Il eût retardé la naissance d’un peuple, et rompu de plus en plus l’équilibre que l’Angleterre avait fait perdre à l’Europe. L’Angle-

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terre, d’une prospérité si arrogante après la guerre de Sept-Ans, aurait pesé plus durement sur l’Europe et principalement sur la France. Il faut se rappeler cpie notre abaissement, à nous, était le but de la politique de Châtain. Il faut se rappeler qu’il avait signé contre nous la -terrible paix de 1763, et qu’il est mort en poussant des cris de guerre presque sauvages contre la maison de Bourbon. Le succès de sa politique nous eût donc enfoncés plus avant dans la honte que Louis XY nous avait faite, et à laquelle notre alliance avec l’Amérique devait un jour nous arracher.

C’est ce sentiment de honte nationale qui explique et justifie l’intervention, cachée d’abord, puis patente, de la France dans l’insurrection d’Amérique. On a prétendu sans le prouver que, dès 1770, le duc deChoiscul avait cherché à soulever les colonies anglaises. Toujours est-il que le cabinet de Versailles, bien avant l’acte d’indépendance qui créa les Etats-Unis, avait appuyé les Américains comme des alliés naturels, soit en permettant à des spéculateurs tels que Beaumarchais de leur expédier des fusils, soit en leur faisant tenir sous main des secours d’argent. Il existe une lettre de M. de Vergennes au roi, en 1776, dans laquelle il s’agit de fournir un million de livres pour le service des colonies anglaises (1). « Il

(1) Lettre du comte de l'ergennes à Louis XL’l , du 2 mai 1776; Archives du Corps législatif ; et Flassnn, Histoire de la diplomatie, t. VII , p. 149.

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