‹ Louis XVI et sa courChapitre 52 sur 172 · C H A P I T II F. II · texte numérisé non relu

C H A P I T II F. II

L’occasion était venue trop belle, trop favorable pour que le gouvernement le moins habile, le plus faible «le regard, ne la vît pas; car la nation la lui montrait d’un geste souverain : elle qui saisissait cette occasion magnifique avec l'enthousiasme des représailles, et qui reçut Franklin les bras ouverts, quand il fut envoyé par le congrès auprès du roi . Rien 11e montre plus ce qu’était alors le sentiment public que la résolution de La Fayette et son départ pour les Etats-Unis. Ce jeune homme, qui appartenait à la haute aristocratie de son pays, devenant tout à coup le croisé d’une cause populaire, sacrifiant au service de cette cause, les jouissances naturelles qu’il devait à son rang, aussi bien que ses jouissances de cœur, car il venait d’épouser une femme qu’il aimait , est un exemple assez fort de l’exaltation qui inspirait de tels dévouements. Il a lui-même donné plus tard le dernier mot de sa conduite , qui n’était pas seulement ce que les talons rouges de Versailles appelaient, dans leur dédain superficiel, un engouement de liberté. « L’Angleterre, a-t-il dit dans ses Mémoires, se voyait enlever avec les nouveaux États un grand commerce tout à son avantage, enfin plus que la moitié et la plus belle moitié du territoire britannique; tandis que si elle se réunissait à ses treize colonies, c’en était fait de nos Antilles, de nos possessions d’Afrique et d’Asie, de notre commerce maritime, de notre marine, de notre existence politique.

A la première connaissance de cette querelle (177G),

mon cœur fut - donc enrôlé, et je ne songeai plus qu’à suivre mes drapeaux, » Ainsi ces drapeaux du volontaire de l’Amérique n’avaient pas cessé d’être français.

Ce fut avec Silas Deane , envoyé du congrès auprès du cabinet de Versailles , que La Fayette s’entendit (i). Mais la nouvelle des désastres de New- York, de Long- Island , des White-Plains , du fort Washington et des Jerseys , oii les forces américaines s’anéantirent successivement devant trente-trois mille Anglais et Allemands, changèrent les termes de l’engagement, et La Fayette n’hésita pasà fréter unnavireà ses frais. Les irrésolutions du gouvernement français étaient encore si grandes, si puissante était l’influence de l’Angleterre, que La Fayette en passant aux Etats-Unisbrava les ordres positifs de son gouvernement et les châtiments les plus sévères. Mais ces irrésolutions ,duessurtout au faible caractère de LouisXVI et à la trop inquiète prudence de Vergennes, allaient être bientôt entraînées par l’opinion, qui grandissait avec les événements , et qui poussait tout vers l’alliance.

Cette alliance ardemment désirée, ardemment demandée, Franklin, l’adroit négociateur de Londres, était venu la préparer, la proposer et la conclure. Le congrès, qui ne pouvait placer mieux sa foi et son espérance qu’eu ce grand homme, l’avait adjoint à Silas

(t) Voir les Mémoires de l.a Fayette, t. I e1 ', p. 11.

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