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Anglais gardent Philadelphie , avait-il dit; l’escadre de ïlowe a remonté la Delaware; qu’une escadre française lui coupe la retraite et vienne le brûler dans les dangereux parages ou il n’a pas craint de s’engager. Le grand sens de Franklin lui montrait ce qu’il y avait à faire , non-seulement pour les destinées de la guerre, mais pour le cas qu’il signalait alors avec l’instinct d’un amiral. Malheureusement , un gouvernement dirigé par Louis XVI et Vcrgenpes ne savait point se servir en maître de ces admirables circonstances , qui ne naissent pas tous les jours dans la vie des peuples , qui font que le parti le plus brillant est quelquefois le plus sûr, et que l’enthousiasme inspire aussi bien que la réflexion. Qu’eu résultait-il? unesituation équivoque , une perte de forces. Le cabinet de Versailles dut souffrir de la fausseté d’une telle position vis-à-vis de l’Europe , et surtout vis-à-vis de l’Autriche, lorsque Joseph II vint en France, moins encore poury étudier le mouvement des esprits que pour y nouer des engagements politiques.
Ce voyage eut lieu vers la fin de 1777; on était en pleine préoccupation de l’Amérique, et dans les commencements de l’administration de Necker. Joseph II arriva à Paris, où il passa six semaines, dans un débotté philosophique d’assez mauvais goût, surtout de la part de l’homme qui disait que son métier , à lui , était cl’ cire royaliste, pour mieux rappeler qu’il était roi. L'empereur descendit dans un hôtel garni, oii il loua un
LOUIS XVI ET SA COUIt-
appariement fort modeste: cette affectation de simplicité vulgaire plut beaucoup, grâce aux engouements de ce temps. Cette simplicité était, du reste, la critique en action des formes et du luxe de Versailles; sur ce point, il y avait un peu du Diogène dans Joseph II. Il fronda beaucoup , et on le trouva d’une originalité piquante; mais dans un temps où chaque abus faisait naître un frondeur, il n’y avait réellement d’original dans ses attaques que sa position (i). Il visita tous les monuments publics, dit des mots probablement travaillés , et s’étonna fort que Louis XVI ne connût ni l’Ecole militaire ni les Invalides. L’utile établissement de l’abbé de l’Epée attira beaucoup son attention, et lui fut une occasion de déployer une philanthropie sincère quoique exagérée à dessein; cette philanthropie était bien l’esprit du temps qui le pénétrait; mais il avait tant besoin de suc-
(I) « L'empereur voulut voir les écuries de Monsieur, qu’il admira « (grandes et petites écuries). Comme il se retirait, on lui proposa « de lui montrer les écuries de la reine. — Quoi ! dit-il , ma soeur a « des écuries ! et qu’est-ce que je viens de voir? — Ce sont celles du « roi. — Ah! voyons celles de ma sœur... Il parcourut tout. On lui « demande s’il veut voir les écuries de Monsieur. — Quoi ! est-ce « qu’il ne se sert pas des chevaux que j’ai vus ? — Non , il a des écu- « ries particulières... Il visita tout. Euün quand on lui proposa d'exa- « miner les écuries de Madame, de M. d’Artois, de mesdames tantes « du roi, etc., il s’écria : A Vienne, ma mère a quarante che- « vaux. » Mém. du duc d’aiguillon, p. 255. — Madame Campait rapporte des traits fort blessants que l’empereur adressait en public à sa sœur et au roi. Il critiqua impitoyablement les toilettes de la reine.