‹ Louis XVI et sa courChapitre 55 sur 172 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

cès qu’il s’y livrait encore davantage. Il avait une ambition inquiète, l’ambition de tous ceux qui veulent plus qu’ils ne peuvent, et qui le sentent; c’était un rêvecreux de gloire. 11 s’agitait beaucoup pour s’inventer grand homme. Le voisinage de Frédéric de Prusse, qui ne s’était pas tant tourmenté pour être grand , l'empêchait de dormir.

Dans ce siècle où tous les esprits étaient tournés vers les réformes, Joseph fut aussi réformateur, et de cette race peu chanceuse de réformateurs dont étaient Turgot et Neckcr. Plus emporté qu’eux dans ses retouches d’institutions, et sentant moins qu’il était responsable, il allait plus durement en besogne. Il manqua son œuvre, lui aussi , et mourut désillusionné (i). Dépourvu de tact, et jusqu’à l’oubli de toute dignité, il dit en France, à un comédien, confident de ses dépits : u / ou s avez line reine bien étourdie » ; enfin il alla présenter d’inconcevables hommages à la honteuse maîtresse de Louis XV, madame Dubarry.

Son voyage avait un but qui a été plus entrevu que dévoilé; il l’avait entrepris au profit de la nouvelle politique de l’Autriche, de cette politique qui avait arraché le traité de 17 56 à l’abbé de Bcrnisct à madame de Pompadour; mais la légèreté de Marie-Antoinette compromettait beaucoup le succès de l’idée deKaunitz, qui

(I) Il fit graver sur sa tombe : Ci-git un prince à gui rien n'a

réussi.

lift LOUIS XVI ET SA COUR.

était de dominer l’Europe par les archiduchesses, et de refaire par des mariages la monarchie deCharlcs-Quint. Tel fut Sans doute uu des motifs de l’humeur cpie Joseph II montra contre sa sœur dans son voyage. Déjà on avait vu les princes français, lors du voyage de l'archiduc Maximilien (177 5 ), repousser les prétentions autrichiennes sur une question d’étiquette , et passer dans leurs terres le temps du séjour de l'archiduc à Versailles. En venant étudier les dispositions secrètes du gouvernement français, Joseph trouva donc bien des choses qui durent le surprendre. Vergenncs, malgré ses faiblesses , 11e continuait pas Choiscul ; l’esprit de tradition et les recommandations paternelles préservèrent en partie Louis XVI de l’influence que son beau-frère croyait prendre sur lui par son voyage. Aussi les résistances que rencontrèrent ses désirs le jetèrent dans tou tes les fautes du désappointement. Il blessa l’opinion publique, qu’il avait caressée d’abord avec son étalage de philanthropie ; il la toucha dans sa fibre la plus sensible, son enthousiasme pour la cause américaine (1).

(1) On a dit, sans trop le prouver cependant , que Louis XVI avait promis l’ouverture de l’Escaut et l’établissement d’un archiduc à Cologne, à condition que Joseph abattrait les forteresses des Pays- Bas et appuierait nos efforts dans la guerre d’Amérique ; mais les paroles si publiquement négatives que nous avons citées témoignent du peu d’accord qui existait entre Joseph et la cour de Versailles ; pressé par une dame qui lui demandait avec beaucoup d'insistance son opinion sur l’insurrection américaine , il dit le mot cité plus haut • « Mou métier, à moi, est d'étre royaliste. «

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