CHAPITRE III
laquer quclc[ues frégates d’observation, espérant cpie toute la flotte sortirait pour les défendre. 11 se trompait; d’Orvilliers resta froidement sur ses ancres. 11 avait envoyé en observation le lieutenant de vaisseau de la Cio-
cbeterie, qui commandait la Belle-Poule, avec unlougre, le Coureur, commandé par le chevalier deRazilli. L’amiral anglais avait fait immédiatement donner la chasse au bâtiment français, par une frégate de même force, l' Aréthuse, et un cutter. L' Aréthuse , selon les usages de la mer, somma la Belle-Poule de mettre en panne; mais la Clocbetcrie répondit qu’il n’avait d’ordre à recevoir que du roison maître; et, par une manœuvre adroite et hardie, il prit l’ Aréthuse à la hanche et à portée de pistolet. Ce fut à cette portée, et, presque l’un sur l’autre, que le capitaine français reçut le premier coup de canon de l’ennemi , et qu’il y répondit par toute sa bordée. Engagé ainsi, le combat dut être meurtrier. 11 dura plusieurs heures, et des deux côtés avec un long acharnement. 11 y eut sur la Belle-Poule quarante morts et cinquante-deux blessés. Le capitaine fut atteint à deux endroits ; son second tomba mort à côté de lui , et son enseigne, le bras fracassé, se fit panser et revint tranquillement à son poste. Animés par l’exemple de leurs officiers , les Français hachèrent tellement l' Aréthuse dans ses voiles, sa mâture et ses agrès, que Keppel envoya du secours pour la remorquer et la sauver. Ce fut alors que. la Clocbetcrie , dont la frégate était endommagée
par le combat, se retira fièrement devant deux vaisseaux de ligne tout frais, qui ne purent l’atteindre, et rentra à Brest, aux acclamations de la rade. Ce n’était là qu’une passe d’armes, mais elle avait été si belle et si sanglante , que l’enthousiasme populaire eut autant de part que la politique de Versailles dans le bruit qu’elle lit. La nom de la Cloclieterie, jusqu’alors ignoré, remplit toutes les bouches : Sartines lui écrivit une lettre remplie d’une émotion flatteuse. Le roi le créa capitaine de vaisseau, et répandit beaucoup de faveurs sur les officiers et les matelots de son bord. On n’eut |>as peur de se montrer trop reconnaissant pour un succès qui commençait la guerre avec éclat , et qui rangeait de notre côté tous les présages de la campagne (i).
Mais ces présages furent bientôt trompés par la fortune. Le 8 juillet 1778, la ville de Brest vit partir d’Orviliiers et sa flotte , et le a 3 du même mois , l’amiral Keppel rencontra à trente lieues d’Ouessant cette flotte de trente-deux vaisseaux et de quinze frégates, qu’il aspirait tant à détruire. Pour cela , il avait pris avec lui trente vaisseaux de ligne, dont septà trois ponts. Il avait plus de canons que l’amiral français : D’Orvilliersen avait 1 ,f) 34 , et Keppel a,a88. Les deux lignes ennemies occupaient un espace de trois lieues; Keppel , plus anime,
(I) Louis XVI , dont les scrupules tournaient souvent en illusions, crut sa conscience déchargée parce que le capitaine anglais avait tiré le premier.