CHAPITRE
plus ardent que jamais , avait déjà fait poursuivre les vaisseaux qui s'étaient écartés du gros de la flotte française et que d’Orvilliers n’avait ni protégés ni soutenus. Les historiens disent que la disposition qu’il garda était fort savante , mais c’était un marin à qui l’inspiration manquait. Son année était diviséeen trois corps : l’avantgarde , sous le commandement du comte Duchaflaud ; l’arrière-garde, sous le commandement de Lamotte Picquet; d’Orvilliers était au centre, assisté du comte de Guichen, qui montait la / il le (le Paris. Après avoir attendu le vent plusieurs jours , l’amiral Keppcl se décida à attaquer l’arrière-garde, où se trouvaitleduc de Chartres ; il y montait le Saint-Esprit, et y faisaitscs premières armes de marin, sous le patronage dcLamotte-Piequet. D’Orvilliers, qui vit le mouvement et l’intention, manœuvra a veejustcsse pour dégager le Saint-Esprit, en renversant son ordre de bataille. Ce fut un feu de deux heures, bien nourri , bien soutenu de part et d’autre , avec une impétuosité qui ne se ralentit pas; mais ce fut tout. On se brisa des agrès et des mâtures sans se prendre un seul vaisseau. Les amiraux , s’attribuant tous deux l’avantage, allaient en profiter et pousser leur succès, mais ils ne purent se faire entendre dans leurs signaux. Keppcl établit des croisières, et d’Orvilliers rentra dans lirest. Rien ne l’y forçait cependant , et l’on eut raison de lui reprocher cette prompte rentrée. On ne gagne pas à être si modeste, et il sc contentait de peu s'il avait assez
d’unsuccès qui consistait à m’être pas une défaite. Certes» le combat de Ja Cloclicterie, cette première botte portée si résolumentà l’Angleterre, promettait mieux que cefte i indécise affaire d’Oucssant, qu’on appela un choc, ne pouvant réellement 041 faire une bataille (i).
Quoi qu’il en pût être, l’opinion était trop excitée, et se ressentaittrop de scs humiliations vis-à-vis de l’ Angleterre, pour ne pas accueillir comme une victoire une ré- | sistance que les Anglais n’avaient pas vaincue, LaFrance en était réduite à ce point que la lutte pour elle était : déjà qn triomphe. Le roi écrivit de sa main à d’Orvil- ; liers; il le félicita sur l’à-propos do ses manœuvres, et il témoigna à Sartines combien il était content de son ministère. Personne ne trouva que le roi fût allé trop loin, » et la grande majorité des esprits partagea sa joie : d’Onvilliersetson trop de sagesse se perdirent dans ce beaufeu qui avait duré deux heures; beaucoup de traits de courage individuel étaient cités, entre autres celui du comte Duchaffaud, qui, blesse, vit tomber son fils plus dangereusement blessé encore, sans quitter son poste et se détourner de sesdevoirs. Toutes ces choses, si influentes en France, prêtaient à une grande illusion.
Pendant que Louis XVI répandait sur d’Orvilliers des faveurs trop généreuses, le gouvernement anglais
(l) Le mot choc est celui dont le duc de Chartres se servit à Versailles , le 1 er août , en rendant compte au roi de ce combat.